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Riz en Afrique de l’Ouest : le plan à 8,5 millions $ pour briser la dépendance aux importations

Face à une dépendance persistante aux importations de riz et à une pression démographique croissante, l’Afrique de l’Ouest amorce un nouveau virage stratégique. Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), en partenariat avec AfricaRice et la CEDEAO, a lancé le programme REWARD, une initiative régionale dotée de 8,5 millions de dollars destinée à transformer durablement les chaînes de valeur rizicoles dans 14 pays de la sous-région sur la période 2025-2029.

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L’enjeu dépasse la simple amélioration agricole. Il s’agit d’un projet structurant visant à renforcer la souveraineté alimentaire, stimuler l’emploi rural et consolider l’intégration régionale autour d’une denrée stratégique pour la stabilité économique et sociale.

Une filière sous pression structurelle

La production rizicole ouest-africaine reste confrontée à des contraintes majeures. Les rendements moyens oscillent entre 2,2 et 2,5 tonnes par hectare, bien en deçà du potentiel agronomique régional. Dans certaines zones, les pertes post-récolte peuvent atteindre jusqu’à 40 %, faute d’infrastructures modernes de stockage et de transformation. Résultat : la production locale couvre à peine 60 % de la demande régionale, obligeant les États à importer massivement, principalement d’Asie, avec un impact significatif sur les balances commerciales et les réserves en devises. Cette dépendance rend la région vulnérable aux chocs extérieurs, notamment aux fluctuations des prix internationaux et aux perturbations logistiques mondiales.

REWARD : un levier de transformation intégrée

Le programme REWARD adopte une approche systémique. Il agit simultanément sur l’amélioration des semences, la diffusion de pratiques agricoles climato-intelligentes, la modernisation des systèmes de transformation et le renforcement des mécanismes de coordination régionale.

L’ambition est d’augmenter significativement la productivité grâce à des variétés améliorées et à une meilleure gestion des ressources hydriques. Les projections indiquent qu’un passage progressif vers des rendements pouvant atteindre jusqu’à 6 à 7 tonnes par hectare est envisageable dans les zones à fort potentiel, à condition que l’encadrement technique et les investissements suivent.

Des impacts économiques mesurables

Au-delà de la productivité, l’impact attendu est aussi social et commercial. Les estimations officielles évoquent la création potentielle de près de 78 000 emplois sur l’ensemble de la chaîne de valeur, dont environ la moitié pourrait bénéficier aux femmes. Le revenu annuel moyen des producteurs pourrait progresser de manière significative grâce à l’amélioration des rendements et à un meilleur accès aux marchés.

Le programme vise également à dynamiser le commerce intrarégional avec un objectif de circulation pouvant atteindre 250 000 tonnes supplémentaires de riz entre pays ouest-africains. Cette dynamique contribuerait à réduire la facture d’importation tout en renforçant l’intégration économique sous-régionale.

Un signal stratégique pour la souveraineté alimentaire

Avec une enveloppe de 8,5 millions de dollars, REWARD n’est pas qu’un projet technique ; il représente un signal politique et économique fort. Il traduit la volonté de repositionner l’agriculture comme moteur de croissance inclusive, en s’appuyant sur la recherche scientifique, l’innovation variétale et la coopération régionale.

Dans un contexte de volatilité mondiale et de pression climatique accrue, la transformation des chaînes rizicoles devient un impératif stratégique. Si les objectifs sont atteints, la région pourrait réduire sensiblement sa vulnérabilité extérieure tout en consolidant les revenus ruraux et la stabilité macroéconomique.

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