Les financements de la BEI ne sont pas distribués directement aux entreprises. Ils transitent par des banques locales telles que Société Générale Cameroun, Commercial Bank of Cameroon, PROPME et CCA Bank. Ce modèle permet d’augmenter la capacité de prêt du système bancaire en faveur des PME, notamment dans les secteurs productifs. En théorie, cela réduit la pression sur la trésorerie des entreprises et stimule l’investissement local.
Mais dans la pratique, beaucoup d’entrepreneurs continuent de dénoncer la difficulté d’accès au crédit : exigences élevées en matière de garanties, taux parfois jugés dissuasifs, lenteur des procédures. Les 26,2 milliards de FCFA mobilisés représentent un signal positif, mais ils doivent encore mieux irriguer le tissu des très petites entreprises, qui forment l’essentiel de l’économie nationale.
Miser sur les chaînes de valeur et la transformation locale
Les discussions entre les deux parties ont élargi le champ de la coopération. Il a été question du soutien aux chaînes de valeur agricoles, de la digitalisation des villages artisanaux, de la structuration des clusters et de la promotion de l’inclusion financière. Ces axes sont stratégiques. L’agriculture, par exemple, reste un pilier de l’économie camerounaise, mais souffre d’un faible niveau de transformation locale. En soutenant les chaînes de valeur — de la production à la commercialisation — l’objectif est de créer plus de valeur ajoutée sur le territoire et de réduire la dépendance aux importations.
La digitalisation des villages artisanaux, quant à elle, peut améliorer la visibilité des produits, faciliter l’accès aux marchés et renforcer la formalisation. Mais cela suppose un accompagnement technique solide, sans quoi les outils numériques risquent de rester sous-utilisés.
Vers un partenariat plus structurant
Dans le cadre de la Stratégie nationale de développement 2020–2030 (SND30), le ministère souhaite aller plus loin. Parmi les propositions figurent une ligne de crédit dédiée à la BCPME, un assouplissement des conditions d’accès aux financements et la mise en place d’un mécanisme conjoint de suivi entre l’administration et la BEI. L’idée est d’améliorer la traçabilité et l’efficacité des fonds engagés. Combien d’entreprises financées ? Dans quels secteurs ? Combien d’emplois créés ou maintenus ? Sans indicateurs clairs, le partenariat risque de rester perçu comme un appui financier classique, alors qu’il pourrait devenir un levier structurant.
Un enjeu économique plus large
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse la seule relation avec la BEI. Dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires et une forte demande sociale, le financement des PME est crucial pour stimuler la croissance et absorber le chômage, notamment des jeunes. Les 40 millions d’euros déjà mobilisés constituent une base. Mais face aux besoins du tissu entrepreneurial, ils restent limités. Le défi est donc d’utiliser cette enveloppe comme un catalyseur : attirer d’autres partenaires, renforcer la confiance du secteur bancaire et créer un environnement plus favorable à l’investissement privé. La coopération Cameroun–BEI ne sera jugée ni sur les annonces ni sur les montants affichés, mais sur sa capacité à produire des entreprises plus solides, plus compétitives et capables de créer des emplois durables.
