Le marché du ciment au Cameroun est passé, en une décennie, d’une situation de quasi-monopole à un environnement fortement concurrentiel. Après près de 48 ans de domination de Cimencam, l’arrivée de Dangote Cement Cameroun en 2015 a ouvert la voie à de nouveaux investisseurs, notamment Cimaf, Medcem, Mira Company et plus récemment Cimpor. Depuis 2025, plusieurs cimenteries à capitaux chinois sont également entrées en production, accentuant la concurrence.
À ces producteurs s’ajoutent désormais Central Africa Cement (CAC), Sinafcam et Yousheng Cement, qui portent progressivement la capacité nationale au-delà de 10 millions de tonnes par an, alors que la demande intérieure est estimée autour de 8 millions de tonnes par les autorités . Cette projection traduit l’entrée du secteur dans une phase de surcapacité, susceptible d’inciter les producteurs à se tourner davantage vers les marchés d’exportation Mais derrière cette montée en puissance se cache un autre défi : la maîtrise des matières premières, en particulier du clinker.
Le clinker, le véritable nerf de la guerre
Le clinker est le principal composant du ciment. Il est obtenu par la cuisson, à près de 1 450 °C, d’un mélange de calcaire et d’argile. Or, jusqu’à récemment, la majorité des cimenteries camerounaises importaient cette matière première, ce qui augmentait considérablement leurs coûts de production.
Cette dépendance explique en partie pourquoi, malgré l’arrivée de nombreux concurrents, le prix du sac de ciment reste élevé sur le marché camerounais. Face à cette situation, plusieurs industriels ont engagé une stratégie d’intégration verticale consistant à contrôler directement leurs propres gisements de calcaire.
Cimencam, pionnier de l’intégration minière
Le leader historique est aujourd’hui l’entreprise la plus avancée dans cette stratégie. À Figuil, dans la région du Nord, Cimencam exploite depuis plusieurs années des carrières de calcaire alimentant sa cimenterie intégrée. Plus récemment, sa filiale Quarrycam a obtenu un permis d’exploitation du gisement de Bidzar B, riche en marbre-calcaire.
L’objectif est double : produire localement du clinker et incorporer de la poudre de marbre comme substitut partiel au clinker afin de réduire les importations et l’empreinte carbone des ciments. Selon l’entreprise, le gisement de Bidzar présente une durée d’exploitation estimée à environ vingt-cinq ans. L’entrée en production de la nouvelle ligne de clinker de Figuil constitue ainsi une étape majeure vers l’autonomie du Cameroun dans cette filière.
Mira Company mise sur les gisements de Batao et Mboursou
Deuxième acteur à s’engager dans cette logique, Mira Company prépare également son intégration minière. L’entreprise dispose de projets portant sur les gisements de Batao et Mboursou, dans la région du Nord. Les données publiées par le ministère des Mines indiquent des réserves estimées à environ 28 millions de tonnes pour Batao et 36,2 millions de tonnes pour Mboursou. Ces ressources devraient alimenter la future unité intégrée de production de clinker du groupe, réduisant ainsi sa dépendance aux importations.
Dangote, Cimaf, Medcem et Cimpor restent dépendants des importations
Contrairement à Cimencam et Mira, les autres grands producteurs ne disposent pas encore, à ce jour, de gisements officiellement attribués au Cameroun. Dangote Cement Cameroon, pourtant l’un des leaders du marché, continue principalement d’importer son clinker. La même situation prévaut pour Cimaf, Medcem et Cimpor, dont les usines sont essentiellement des stations de broyage recevant du clinker en provenance de l’étranger. Cette dépendance constitue un handicap économique, notamment dans un contexte de hausse des coûts du transport maritime et des fluctuations des marchés internationaux.
Mintom, le prochain eldorado ?
Parmi les gisements encore peu exploités, Mintom, dans la région du Sud, attire particulièrement l’attention. Les études géologiques du ministère des Mines estiment les ressources en calcaire à plusieurs centaines de millions de mètres cubes, faisant de cette localité l’un des plus importants réservoirs du pays.
À mesure que les capacités nationales augmentent, ces réserves pourraient susciter l’intérêt de nouveaux investisseurs souhaitant développer des cimenteries intégrées ou produire du clinker destiné aussi bien au marché national qu’à l’exportation.
Une bataille qui dépasse le ciment
La compétition autour des gisements ne concerne pas uniquement les producteurs de ciment. Elle s’inscrit dans la stratégie nationale d’import-substitution, qui vise à transformer localement les ressources minières et à réduire les importations de produits intermédiaires. Produire le clinker localement permet de diminuer la facture des importations, d’améliorer la balance commerciale, de créer davantage de valeur ajoutée et de renforcer la compétitivité de l’industrie camerounaise.
