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À Paris, Louis Paul Motaze tente de rassurer EDF et les bailleurs de fonds de Nachtigal sur la gouvernance et la dette

En marge de la 13ᵉ conférence du Forum de Paris, tenue le 24 juin 2026 au Centre de conférences Pierre Mendès France, le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, a rencontré les responsables d'EDF. Au cœur des échanges : les difficultés financières autour du barrage de Nachtigal, les perspectives du projet hydroélectrique de Kikot, l'apurement de la dette intérieure et les mesures envisagées pour restaurer la confiance des investisseurs. Face à la presse, le ministre revient sur les principaux enjeux.

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Louis-Paul Motaze, Ministre des Finances du Cameroun

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Monsieur le Ministre, vous êtes à Paris en marge de la 13ᵉ conférence du Forum de Paris. Vous venez de rencontrer les responsables d’EDF. Quel était l’objet principal de cette réunion ?

Les responsables d’EDF ont souhaité me rencontrer afin d’échanger sur notre partenariat dans le secteur de l’électricité. EDF est un partenaire historique du Cameroun, notamment sur le projet du barrage de Nachtigal, et nous envisageons également de poursuivre cette coopération avec le futur barrage de Kikot. Il était donc important de faire le point sur les difficultés actuelles et sur les perspectives.

Justement, vous avez évoqué des difficultés autour de Nachtigal. Quelle est aujourd’hui la principale préoccupation des partenaires ?

Le principal problème provient des difficultés financières rencontrées par ENEO (nouvellement dénommé SOCADEL Ndlr), qui ne parvient plus à honorer régulièrement ses paiements envers Nachtigal. Or, ce projet repose sur un partenariat public-privé dans lequel des investisseurs privés attendent les revenus de la vente d’électricité pour rembourser les financements mobilisés. En conséquence, le Trésor public est amené à intervenir pour assurer certains paiements, alors que cela n’était pas prévu initialement.

Cette situation risque-t-elle de compromettre la réalisation du futur barrage de Kikot ?

Les investisseurs qui ont financé Nachtigal sont, pour une grande partie, ceux qui devraient participer au financement de Kikot. Ils souhaitent naturellement avoir des garanties sur la bonne gestion du premier projet avant de s’engager dans le second. Notre rôle consiste donc à restaurer la confiance et à leur apporter les assurances nécessaires sur les mesures prises par le gouvernement. Il y a un projet de développement du secteur de l’électricité qui est géré au niveau de Monsieur le Ministre de l’Eau et de l’Énergie. Je leur ai rappelé que ce projet existe. Je leur ai rappelé que certains partenaires, notamment la Banque mondiale, sont désireux de nous accompagner.

Vous avez également évoqué un audit concernant le projet Kikot. Pourquoi cette décision ?

Nous avons constaté que les estimations de coût du projet ont fortement évolué. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette hausse, notamment les conséquences de la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques internationales. L’objectif de l’audit n’est pas de désigner des responsables, mais d’apporter de la transparence afin que tous les partenaires disposent des mêmes informations avant le lancement du projet.

Vous avez aussi insisté sur la nécessité d’améliorer la gouvernance entre les différents acteurs du projet. Que souhaitez-vous changer concrètement ?

Lorsque l’on conduit des projets de cette envergure, il est indispensable que le Conseil d’administration, la Direction générale et l’ensemble des partenaires travaillent dans un climat de confiance. Chacun peut défendre ses intérêts, mais l’intérêt supérieur doit rester celui du projet. Sans une gouvernance apaisée, il devient difficile d’avancer efficacement.

Vous avez annoncé des avancées importantes concernant la dette intérieure. Où en est le gouvernement sur ce dossier ?

Le Président de la République nous a autorisés à mobiliser des ressources destinées à apurer une partie des arriérés de la dette intérieure. Nous avons déjà engagé ce processus, notamment grâce à des conventions signées en début d’année. Nous considérons que les difficultés financières du secteur de l’énergie font partie de cette dette intérieure et elles bénéficieront donc de ces ressources.

Vous avez également parlé d’un prêt relais récemment obtenu. Quel impact aura-t-il sur le secteur énergétique ?

Ce financement permettra de renforcer rapidement la capacité de l’État à répondre aux besoins urgents du secteur. Les ressources mobilisées seront orientées en priorité vers l’énergie, car il s’agit d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.

Pourquoi le gouvernement accorde-t-il une telle priorité au secteur de l’énergie ?

Parce que sans énergie disponible, fiable et à un coût compétitif, il est impossible d’industrialiser le pays. Les ménages, les entreprises et l’ensemble de l’économie dépendent de l’électricité. L’énergie constitue l’un des piliers de la stratégie de transformation économique voulue par le Président de la République.

Quel rôle attendez-vous désormais de la Banque mondiale dans ce processus ?

La Banque mondiale accompagne déjà le Cameroun dans la réforme du secteur de l’électricité. Nous souhaitons qu’elle continue à jouer un rôle moteur auprès des autres partenaires techniques et financiers afin de renforcer leur confiance et de faciliter la mobilisation des financements nécessaires.

Après cette rencontre avec EDF, repartez-vous confiant quant à l’avenir des projets énergétiques du Cameroun ?

Nous repartons avec la conviction que toutes les parties souhaitent poursuivre cette coopération. L’État prendra les mesures qui lui reviennent et travaillera avec le ministère de l’Eau et de l’Énergie, le ministère de l’Économie ainsi qu’avec l’ensemble des partenaires afin de lever les obstacles et de garantir la réussite des projets Nachtigal et Kikot.

Source : Séverin Alega Mbele

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