La Banque des États de l’Afrique centrale change de cap. À l’issue de sa deuxième session ordinaire de l’année, présidée par le gouverneur Yvon Sana Bangui, le Comité de politique monétaire a annoncé une série de mesures destinées à soutenir le financement de l’économie dans les six pays de la CEMAC. L’institution estime que les fondamentaux macroéconomiques de la sous-région permettent désormais un assouplissement prudent de la politique monétaire, malgré un environnement international marqué par des tensions géopolitiques et un ralentissement de la croissance mondiale.
Des taux directeurs revus à la baisse
Le CPM a abaissé le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) de 4,75 % à 4,50 %, soit une diminution de 25 points de base. Le taux de la facilité de prêt marginal recule de 6,25 % à 5,75 %, soit une baisse de 50 points de base, tandis que le taux de la facilité de dépôt est maintenu à 0 %.
Parallèlement, les coefficients des réserves obligatoires sont également réduits. Celui applicable aux exigibilités à vue passe de 7 % à 6,5 %, tandis que celui des exigibilités à terme est ramené de 4,5 % à 4 %. Ces mesures doivent permettre d’améliorer la liquidité bancaire et de faciliter l’accès au crédit pour les entreprises et les ménages.
Une économie régionale qui résiste malgré le ralentissement mondial
Le communiqué du CPM souligne que, selon les prévisions actualisées du Fonds monétaire international (FMI), la croissance mondiale devrait ralentir à 3,1 % en 2026, contre 3,4 % en 2025, sous l’effet notamment des tensions géopolitiques.
Dans la CEMAC, les perspectives demeurent néanmoins favorables. Les services de la BEAC anticipent une croissance économique de 3,2 % en 2026, contre 3,4 % en 2025. L’inflation devrait s’établir à 2,4 %, restant en dessous du seuil communautaire de 3 %.
Les finances publiques poursuivraient leur amélioration, avec un déficit budgétaire ramené de 3,7 % du PIB en 2025 à 1,9 % en 2026. Le déficit du compte courant reculerait également de 4 % à 2,9 % du PIB.
Des réserves de change en progression
Le Comité de politique monétaire prévoit également une amélioration de la position extérieure de la sous-région. À fin 2026, la masse monétaire devrait progresser de 13,1 %, tandis que les réserves de change représenteraient 4,72 mois d’importations, contre 4,12 mois un an plus tôt.
Le taux de couverture extérieure de la monnaie est attendu à 70,7 %, contre 65,2 % en 2025, traduisant un renforcement de la solidité financière de la zone CEMAC.
Une politique monétaire orientée vers le financement de l’économie
En réduisant simultanément ses taux directeurs et les réserves obligatoires, la BEAC cherche à accroître la capacité des banques à financer les entreprises et les projets d’investissement. L’objectif est de soutenir la croissance économique tout en maintenant l’inflation sous contrôle et en préservant les équilibres macroéconomiques de la sous-région.
L’assouplissement décidé par la BEAC marque un tournant dans la conduite de la politique monétaire de la CEMAC. Soutenue par une inflation maîtrisée, des finances publiques en amélioration et des réserves de change plus solides, la Banque centrale entend créer des conditions plus favorables au crédit et à l’investissement, tout en restant vigilante face aux incertitudes de l’environnement économique international.
