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Yvon Sana Bangui (BEAC) : « la réglementation des changes s’appliquera à toutes les entreprises, y compris au secteur pétrolier »

Gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui défend avec fermeté la réforme du cadre réglementaire des changes en zone CEMAC. Pour lui, cette réforme a consolidé les réserves de devises, renforcé la stabilité macroéconomique et permis de mieux encadrer les flux financiers. Alors que certains opérateurs économiques, notamment dans le secteur pétrolier, continuent d’émettre des réserves, le gouverneur affirme que la réglementation s’appliquera sans exception. Dans cet entretien, accordé à la Rédaction de Invest-Time, lors de la 3e édition de la Finance Week, Yvon Sana Bangui revient sur les résultats déjà obtenus, les résistances rencontrées et les leviers structurels pour réduire la dépendance aux importations.

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Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la BEAC

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Vous avez indiqué que la nouvelle réglementation des changes a permis de rationaliser les réserves de change, et que la CEMAC peut désormais viser plus de 10 mois d’importation. Comment cela est-il possible ?

Face aux mutations de l’économie mondiale et à la nécessité de diversifier nos économies, il est devenu essentiel de moderniser nos cadres de gestion des réserves de change. L’objectif est de garantir une meilleure traçabilité des capitaux, de renforcer la stabilité de notre monnaie et, surtout, d’optimiser la mobilisation des réserves pour financer nos économies. L’objectif de 10 mois d’importation est ambitieux, mais atteignable. Pour cela, les acteurs économiques doivent s’entendre et définir ensemble des solutions concrètes. Il est tout à fait envisageable que les pays producteurs de pétrole aillent au-delà de 10, 15 voire 20 mois d’importation. Malheureusement, ceux qui génèrent ces recettes ne les rapatrient pas systématiquement.

En 2018, nos réserves s’élevaient à environ 3 000 milliards de FCFA. Elles sont passées à 13 000 milliards en 2025. Parallèlement, les importations ont aussi augmenté. Nous sommes ainsi passés de 3 000 à 13 000 milliards de FCFA d’importations. Cela traduit notre dépendance excessive aux produits étrangers, en particulier les produits finis. Le poste le plus pesant sur nos réserves demeure l’importation de carburant, de lubrifiants et de bitumes.

Que proposez-vous concrètement pour réduire cette dépendance aux importations ?

La mise en place d’une raffinerie dans les deux ou trois prochaines années, que ce soit au Cameroun ou dans la sous-région, permettrait d’économiser près de 2 000 milliards de FCFA, soit le montant annuel consacré à l’importation de produits pétroliers. Nous avons la matière première et la tendance des prix est plutôt favorable. Dans la logique d’import-substitution, nous devons transformer localement notre pétrole. Cela permettra de produire des routes à moindre coût, grâce à la production locale de bitume, de lubrifiants et même d’engrais.

Nous devons aussi miser sur d’autres projets structurants. La CEMAC compte 60 millions d’habitants. Si nous développons une industrie textile locale, nous pourrions réduire les importations et économiser jusqu’à 100 milliards de FCFA. Il en est de même pour d’autres secteurs. Je salue d’ailleurs les efforts de certains opérateurs économiques dans la rationalisation des changes. Citons par exemple Cimencam, qui a récemment lancé sa production de clinker, ou encore Prometal, qui a étendu ses capacités de production. Ces initiatives participent à notre souveraineté économique.

Quant à l’alimentation, nous importons encore du riz. Pourtant, nous avons la capacité de produire localement. Si nous savons produire sur 100 hectares, nous pouvons le faire sur 1 000. Nous maîtrisons les techniques et les circuits. Il est temps de s’y engager. Après le riz, vient le poisson. Nos eaux regorgent de richesses halieutiques. Le développement de la pêche industrielle réduirait fortement nos importations de poisson. Des exemples sont multiples il faut juste être pragmatique.

Quel bilan tirez-vous après neuf ans d’application de cette réglementation de change ?

Le bilan est globalement positif. Nous avons des preuves tangibles de l’efficacité du dispositif. Il a permis une amélioration du rapatriement des recettes d’exportation et une consolidation de nos réserves de change. Actuellement, nous couvrons entre 4 et 7 mois d’importation, ce qui nous donne une marge de manœuvre face aux chocs exogènes. Grâce à la centralisation, nous assurons la stabilité monétaire et financière de la sous-région.

Pourtant, certains opérateurs économiques restent critiques. D’où vient le problème ?

Il s’agit souvent d’un problème d’appropriation. Beaucoup ne maîtrisent pas encore les procédures. Certains dossiers sont incomplets ou rejetés. D’autres importateurs n’apurent pas leurs opérations. Ces difficultés ne relèvent pas du dispositif lui-même, mais plutôt de son application. La Finance Week est justement une opportunité pour écouter les préoccupations et recueillir les recommandations.

La BEAC entend jouer pleinement son rôle d’accompagnement pour favoriser l’investissement et le développement dans la sous-région. Nous restons ouverts au dialogue et prêts à examiner les ajustements sectoriels nécessaires. Toutefois, les résistances rencontrées sont souvent dues à une mauvaise interprétation des textes… ou à une volonté manifeste de ne pas s’y conformer, notamment dans le secteur pétrolier.

Justement, où en êtes-vous dans les négociations avec le secteur pétrolier ? On évoque une demande de levée de l’immunité de la BEAC ?

Nous faisons face à un blocage. Cela fait maintenant 5 ans que les négociations n’aboutissent pas. Les perspectives ne sont pas encourageantes. Toutefois, avec la tenue de cette assise, nous espérons identifier les mesures à prendre. Ce que je peux vous dire clairement, c’est que la réglementation de change s’appliquera à toutes les entreprises, tous les agents économiques et à tout le secteur pétrolier, sans exception.

Pour conclure, peut-on imaginer une BEAC davantage tournée vers l’incubation de projets stratégiques d’investissement ?

Pour ce qui est du financement du développement, la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) joue ce rôle. La BEAC, en tant qu’actionnaire, soutient ses actions. Mais nous disposons également d’outils monétaires spécifiques. C’est le cas du guichet de refinancement, ouvert aux entreprises. Les dossiers soumis sont analysés avec rigueur : notation, fiabilité des états financiers, soutenabilité… tout est passé en revue selon les normes en vigueur. Nous contribuons ainsi, à notre manière, au soutien des projets porteurs de croissance dans la sous-région.

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