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Africa CEO Forum 2026 : Kigali sonne le réveil industriel

L’édition 2026 de l’Africa CEO Forum 2026 s’est ouverte ce jeudi 14 mai à Kigali, capitale du Rwanda, et s'est poursuivit jusqu'au 15 mai 2026. L’événement réunit des chefs d’entreprises, investisseurs, décideurs publics et institutions financières venus de plusieurs pays, autour des enjeux liés à la transformation économique du continent africain.

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Paul Kagame

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L’édition 2026 de l’Africa CEO Forum 2026 s’est ouverte ce jeudi à Kigali, capitale du Rwanda, et s’est poursuivit sur deux jours. L’événement réunit des chefs d’entreprises, investisseurs, décideurs publics et institutions financières venus de plusieurs pays, autour des enjeux liés à la transformation économique du continent africain.

Organisé par Jeune Afrique Media Group en partenariat avec l’International Finance Corporation, ce forum s’est imposé comme une plateforme centrale de dialogue entre le secteur public et le secteur privé africain.

L’objectif de cette rencontre est de favoriser l’émergence de solutions concrètes aux défis structurels qui freinent la croissance du continent, notamment l’industrialisation, le financement des économies, le développement des infrastructures et l’intégration régionale à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Dans un contexte mondial marqué par la concurrence accrue entre blocs économiques et la reconfiguration des chaînes de valeur, le forum vise également à accélérer la montée en puissance d’entreprises africaines capables de rivaliser à l’échelle internationale.

Plus de 2 500 à 2 800 chefs d’entreprises, investisseurs, responsables politiques et dirigeants d’institutions financières venus de plus de 75 pays prennent part aux travaux organisés à Kigali. Placée sous le thème « Scale or Fail : Why Africa Must Embrace Shared Ownership », cette 13e édition met au centre des débats la création de groupes africains capables de rivaliser à l’échelle mondiale, le financement des économies africaines et l’accélération de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Une Afrique encore fortement dépendante des matières premières

L’Africa CEO Forum intervient à un moment où plusieurs économies africaines cherchent à réduire leur forte dépendance aux exportations de matières premières brutes. Selon le rapport « The State of Commodity Dependence 2025 » publié par la CNUCED, 46 des 54 pays africains demeurent dépendants des produits de base, c’est-à-dire que plus de 60 % de leurs exportations proviennent des hydrocarbures, des minerais ou des produits agricoles.

L’Afrique concentre ainsi près de 46,6 % des pays dépendants des matières premières dans le monde. Entre 2021 et 2023, les recettes africaines issues des exportations de produits de base se sont établies autour de 467 milliards de dollars, soit une baisse de plus de 25 milliards de dollars par rapport à la décennie précédente.

En Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, la totalité des pays restent dépendants des matières premières. Certains États affichent des niveaux particulièrement élevés de concentration des exportations, notamment le Soudan du Sud, le Tchad, la Libye et l’Angola, où les matières premières représentent plus de 95 % des exportations totales.

La transformation locale des ressources au centre des discussions

Dans le secteur minier, plusieurs économies africaines continuent de tirer l’essentiel de leurs recettes extérieures de quelques minerais stratégiques. Le Botswana dépend à plus de 91 % des exportations minières, contre 85,2 % pour la Guinée, 84,3 % pour le Mali et 81,5 % pour la République démocratique du Congo.

Cette dépendance relance les débats sur la transformation locale des ressources naturelles africaines. Dans son rapport 2024 sur le développement économique en Afrique, la CNUCED souligne que la faible transformation industrielle des matières premières continue de limiter la création de valeur ajoutée sur le continent. L’institution estime que l’exportation de produits bruts expose davantage les économies africaines aux fluctuations des cours mondiaux et réduit les revenus liés aux chaînes de transformation industrielles.

La Banque africaine de développement défend également depuis plusieurs années le développement de chaînes de valeur régionales dans les secteurs minier, énergétique et agricole. Selon l’institution, l’Afrique détient environ 30 % des réserves minérales mondiales, mais reste faiblement positionnée dans les activités de transformation industrielle.

À Kigali, plusieurs sessions de l’Africa CEO Forum 2026 portent justement sur la montée en puissance des industries locales de transformation, notamment dans les filières du cobalt, du lithium, du manganèse et du graphite.

« Scale or Fail » : vers l’émergence de champions africains intégrés

Cette édition met particulièrement l’accent sur la capacité des entreprises africaines à atteindre une taille critique dans un marché continental estimé à plus de 1,4 milliard d’habitants. Sous le thème « Scale or Fail », les échanges s’articulent autour de plusieurs leviers structurants de la transformation économique du continent.

Les discussions portent d’abord sur l’accès au financement. Selon la Banque africaine de développement (BAD), le déficit annuel de financement des infrastructures en Afrique est estimé entre 68 et 108 milliards de dollars par an, un écart qui limite fortement la réalisation de projets industriels et logistiques structurants sur le continent. Dans le même temps, la Banque mondiale souligne que les coûts d’emprunt en Afrique figurent parmi les plus élevés des marchés émergents, ce qui réduit la capacité d’investissement des entreprises et des États.

Les dirigeants présents évoquent également la nécessité de renforcer les investissements transfrontaliers. Selon la CNUCED, les échanges intra-africains représentent environ 15 à 18 % du commerce total du continent, contre plus de 60 % en Europe, ce qui met en évidence la fragmentation des marchés africains.

Un autre axe majeur concerne les infrastructures logistiques. La BAD estime que les coûts logistiques peuvent représenter jusqu’à 30 à 40 % du prix final des marchandises dans certaines régions africaines, contre des niveaux bien plus faibles dans les économies industrialisées.

Les débats s’étendent également aux chaînes de valeur régionales, avec l’objectif de réduire l’exportation de produits bruts au profit d’une transformation locale plus avancée. Cette orientation s’inscrit dans un contexte où près de 46 pays africains restent dépendants des matières premières, exposant leurs économies aux fluctuations des marchés mondiaux.

Enfin, la question du développement de groupes panafricains capables de rivaliser à l’échelle internationale revient avec insistance. L’enjeu est de structurer des entreprises capables d’opérer au-delà des marchés nationaux dans un espace économique encore fragmenté malgré la mise en œuvre progressive de la ZLECAf.

La ZLECAf face à des obstacles structurels mesurés

Les discussions portent également sur la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), officiellement lancée en 2021 et destinée à créer un marché de plus de 1,4 milliard d’habitants avec un PIB cumulé supérieur à 3 000 milliards de dollars. Toutefois, plusieurs indicateurs montrent que l’intégration économique reste freinée par des contraintes structurelles mesurables.

Sur le plan logistique, la Banque africaine de développement estime que les coûts de transport en Afrique représentent en moyenne 30 à 40 % du prix final des marchandises, contre environ 8 à 12 % dans les économies développées. À cela s’ajoute un déficit d’infrastructures évalué entre 68 et 108 milliards de dollars par an, ce qui freine la modernisation des corridors routiers, ferroviaires et portuaires.

Concernant les barrières tarifaires, la CNUCED indique que les droits de douane appliqués en Afrique sur les échanges intra-régionaux varient encore en moyenne entre 6 % et 12 %, avec des niveaux plus élevés dans certains secteurs comme l’agroalimentaire et l’industrie manufacturière.

Les lenteurs administratives constituent également un frein identifié par la Banque mondiale, avec des délais de dédouanement pouvant atteindre plusieurs jours à plus d’une semaine dans plusieurs pays africains, contre moins de 48 heures dans les économies les plus performantes.

Enfin, les difficultés de financement des projets industriels et énergétiques restent importantes. La Banque africaine de développement estime ce déficit entre 68 et 108 milliards de dollars par an, limitant la capacité des États et du secteur privé à soutenir l’industrialisation et l’intégration économique du continent.

À travers les discussions engagées à Kigali, les dirigeants politiques et économiques africains cherchent à accélérer la transformation structurelle du continent. Entre industrialisation, montée en puissance des groupes panafricains et développement des chaînes de valeur locales, l’Africa CEO Forum 2026 apparaît comme une étape clé dans la volonté de repositionner l’Afrique dans l’économie mondiale.

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