Longtemps considéré comme l’une des économies les plus stables d’Afrique de l’Ouest, le Ghana a traversé à partir de 2022 une crise économique majeure marquée par une envolée de l’inflation, une forte dépréciation du cedi, un alourdissement de la dette publique et une perte d’accès aux marchés financiers internationaux. Face à cette situation, les autorités ghanéennes avaient sollicité l’appui du Fonds monétaire international afin d’éviter une crise de paiement plus profonde.
En mai 2023, le FMI approuvait ainsi un programme d’assistance financière de 3 milliards de dollars dans le cadre de l’Extended Credit Facility (ECF), un mécanisme destiné aux pays confrontés à de graves déséquilibres macroéconomiques. Trois ans plus tard, le Ghana annonce la fin de cette phase de financement direct et son passage vers un nouveau cadre de coopération avec le FMI basé davantage sur le suivi des réformes que sur les prêts d’urgence. Cette transition intervient alors que plusieurs indicateurs économiques du pays montrent une amélioration progressive après des années de fortes tensions budgétaires et monétaires.
3 milliards de dollars mobilisés pour stabiliser une économie sous pression
Lorsque le Ghana sollicite officiellement le FMI en 2022, l’économie nationale fait face à une détérioration rapide de ses équilibres financiers. Selon les données du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, l’inflation avait atteint plus de 54 % en décembre 2022, tandis que le cedi ghanéen enregistrait l’une des plus fortes dépréciations monétaires observées sur le continent africain. La dette publique dépassait alors les 100 milliards de dollars, avec un ratio dette/PIB supérieur à 90 %, plaçant le pays dans une situation jugée critique par plusieurs institutions financières internationales.
Dans ce contexte, le FMI approuve en mai 2023 un programme de soutien de 3 milliards de dollars destiné à rétablir la stabilité macroéconomique du pays. Les décaissements ont été effectués progressivement, au rythme des évaluations du Fonds. Environ 600 millions de dollars ont été débloqués dès l’entrée en vigueur du programme, suivis de plusieurs autres tranches, dont plus de 360 millions de dollars lors de la troisième revue, 367 millions de dollars pendant la quatrième revue et 385 millions de dollars lors de la cinquième revue du programme. Au total, près de 2,8 milliards de dollars avaient déjà été transférés au Ghana avant la clôture du mécanisme.
Ces financements visaient principalement à soutenir les réserves de change, réduire les tensions budgétaires, restaurer la confiance des investisseurs et permettre au gouvernement de continuer à assurer certaines dépenses prioritaires malgré la crise de liquidité qui frappait le pays.
Les réformes du FMI ont profondément restructuré les finances publiques ghanéennes
L’assistance financière du FMI était conditionnée à l’application de plusieurs réformes budgétaires et structurelles destinées à rétablir la discipline financière de l’État ghanéen. Le gouvernement devait notamment réduire les dépenses publiques, augmenter les recettes fiscales, renforcer le contrôle des entreprises publiques et restructurer une partie importante de sa dette.
Dans le cadre de ces engagements, plusieurs ajustements fiscaux ont été introduits. Les autorités ont procédé à une augmentation de certaines taxes et à un élargissement de l’assiette fiscale afin d’améliorer les recettes de l’État. Le FMI exigeait également un excédent budgétaire primaire équivalant à 1,5 % du produit intérieur brut afin de freiner l’accumulation de la dette publique.
Le secteur énergétique faisait également partie des principaux foyers de déséquilibre identifiés par le FMI dans l’économie ghanéenne. Selon les documents officiels du programme Extended Credit Facility 2023-2026, les entreprises publiques du secteur accumulaient des pertes financières importantes qui pesaient directement sur le budget de l’État. Le gouvernement ghanéen a ainsi été contraint d’engager plusieurs réformes structurelles destinées à réduire les déficits du secteur électrique et améliorer la rentabilité des sociétés publiques énergétiques.
Dans le cadre de ces réformes, les autorités ont procédé à plusieurs ajustements tarifaires de l’électricité validés par la Public Utilities Regulatory Commission (PURC). En 2023, certaines catégories de consommateurs ont subi des hausses de tarifs dépassant 18 %, tandis que les ajustements successifs appliqués pendant la période de crise ont considérablement augmenté les coûts énergétiques pour les ménages et les entreprises. L’objectif affiché était de limiter les transferts financiers de l’État vers les sociétés publiques déficitaires et réduire les subventions jugées trop lourdes pour les finances publiques.
Le FMI exigeait également un renforcement du recouvrement des factures d’électricité, une réduction des pertes techniques et commerciales dans la distribution énergétique, ainsi qu’un contrôle plus strict des contrats d’achat d’énergie conclus avec les producteurs indépendants. Selon les documents du Fonds, les passifs accumulés dans le secteur énergétique représentaient plusieurs milliards de cedis et contribuaient fortement à la détérioration du déficit budgétaire du pays. Les réformes engagées devaient ainsi permettre d’améliorer progressivement la soutenabilité financière du secteur et réduire la pression exercée sur les finances publiques ghanéennes.
La Banque centrale du Ghana a également maintenu une politique monétaire stricte afin de ralentir l’inflation. Les taux directeurs ont été relevés à plusieurs reprises dans le but de contenir la hausse des prix et stabiliser le cedi face aux pressions monétaires.
La restructuration de la dette est devenue l’un des piliers du redressement économique
La question de la dette représentait l’un des principaux défis du programme soutenu par le FMI. En décembre 2022, le Ghana avait officiellement suspendu le paiement d’une partie importante de sa dette extérieure dans un contexte de forte dégradation de ses finances publiques et de crise de liquidité. Selon les documents officiels du Fonds monétaire international relatifs au programme de restructuration, le pays cherchait alors à réorganiser environ 30 milliards de dollars de dette publique totale, dont près de 13 milliards de dollars d’euro-obligations détenues par des investisseurs internationaux.
Cette suspension concernait notamment les eurobonds, plusieurs prêts commerciaux ainsi qu’une partie des engagements financiers envers les créanciers privés étrangers. Le gouvernement ghanéen avait parallèlement lancé un vaste programme d’échange de dette intérieure destiné à restructurer plusieurs dizaines de milliards de cedis d’obligations détenues par les banques, les fonds de pension et les investisseurs locaux. Cette opération visait à réduire la pression sur les remboursements à court terme et à restaurer progressivement la soutenabilité budgétaire du pays.
Selon les projections du FMI, l’ensemble du processus de restructuration devait permettre une réduction d’environ 4,7 milliards de dollars de dette obligataire ainsi qu’un allègement de trésorerie estimé à près de 4,4 milliards de dollars sur la période 2023-2026. Le Fonds considérait cette restructuration comme une condition indispensable à la mise en œuvre du programme de soutien de 3 milliards de dollars accordé au Ghana afin de stabiliser son économie après la crise de 2022.
Les indicateurs macroéconomiques montrent une amélioration progressive après trois années de crise
Après plusieurs années de fortes tensions économiques, plusieurs indicateurs commencent à évoluer favorablement selon les projections du FMI. L’inflation, qui avait dépassé 54 % en 2022, devrait progressivement ralentir pour se situer autour de 7,9 % en 2026. Cette baisse est présentée comme l’un des principaux résultats de la politique monétaire restrictive et des mesures budgétaires mises en œuvre depuis le début du programme.
Le FMI projette également une croissance économique d’environ 4,8 % pour le Ghana en 2026, portée notamment par les exportations d’or, de cacao et par la reprise progressive de certains secteurs productifs. Les réserves internationales du pays sont désormais estimées à environ 6,7 milliards de dollars, alors que les tensions sur les devises s’étaient fortement aggravées pendant la crise.
Le cedi ghanéen montre lui aussi des signes de stabilisation après plusieurs épisodes de forte volatilité. Les autorités ghanéennes estiment que cette amélioration progressive des indicateurs économiques traduit les effets combinés des réformes fiscales, du contrôle des dépenses publiques et de la restructuration de la dette engagée avec le soutien du FMI.
Le Ghana entre désormais dans une nouvelle relation avec le FMI sans prêt direct
Après l’achèvement du programme Extended Credit Facility, le Ghana souhaite désormais fonctionner sous un mécanisme appelé « Policy Coordination Instrument » (PCI). Contrairement au précédent dispositif, ce nouveau cadre ne prévoit pas de prêt direct du FMI mais maintient un suivi technique et des évaluations régulières des politiques économiques du pays.
Le Fonds continuera notamment d’examiner la gestion budgétaire, les réformes fiscales, la soutenabilité de la dette publique, la politique monétaire ainsi que les performances des entreprises publiques. Les programmes sociaux et les dépenses de protection des populations vulnérables resteront également suivis dans le cadre de cette coopération.
Pour les autorités ghanéennes, ce changement marque une volonté de sortir progressivement d’une logique de financement d’urgence tout en conservant l’accompagnement technique et la crédibilité internationale associés au FMI. Le gouvernement estime désormais disposer d’une marge de manœuvre plus importante pour conduire ses politiques économiques sans dépendre immédiatement de nouveaux prêts internationaux.
La sortie du Ghana du programme de financement direct du FMI constitue une étape importante dans le processus de stabilisation engagé après la crise économique de 2022. Soutenu par une enveloppe de 3 milliards de dollars et par une série de réformes budgétaires, fiscales et monétaires, le pays tente désormais de consolider son redressement économique sans recourir à un nouveau plan de sauvetage financier.
Même si le FMI continuera d’évaluer les politiques publiques ghanéennes à travers le mécanisme PCI, Accra cherche désormais à afficher une plus grande autonomie dans la gestion de ses finances publiques. Dans un contexte africain marqué par les débats sur la souveraineté économique et la dépendance aux institutions financières internationales, l’évolution récente du Ghana apparaît aujourd’hui comme l’un des cas les plus suivis sur le continent.
