Le Cameroun veut transformer ses zones industrielles en véritables pôles de compétitivité capables de soutenir l’industrialisation et les exportations vers le marché africain. Cette ambition était au centre de l’atelier de restitution et de plaidoyer stratégique organisé le 11 juin 2026 à Yaoundé par la Mission d’Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles (MAGZI), avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI).
Présidée par le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, le Pr Fuh Calistus Gentry, la rencontre a permis de présenter les résultats d’une enquête réalisée auprès de 200 entreprises installées dans les zones industrielles camerounaises. Les travaux visent également à définir une feuille de route pour améliorer l’attractivité des espaces industriels nationaux dans un contexte marqué par la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Des zones industrielles au poids économique important
Malgré les difficultés structurelles, les zones industrielles de la MAGZI occupent une place stratégique dans l’économie camerounaise. Selon les données officielles publiées par la MAGZI, les entreprises installées dans ces espaces ont généré un chiffre d’affaires cumulé de 6 695,8 milliards FCFA en 2024, pour une production totale estimée à 6 985,3 milliards FCFA. Ces performances représentent 16,2 % de la production nationale, contre 15,8 % en 2023.
Les données officielles indiquent également que 424 entreprises étaient actives sur 528 lots industriels recensés dans les différentes zones gérées par la MAGZI. Ces entreprises emploient plus de 17 800 personnes, soit environ 6,2 % de la main-d’œuvre formelle du pays. Créée pour accompagner la politique industrielle du Cameroun, la MAGZI dispose aujourd’hui d’un domaine foncier estimé à 1 265 hectares répartis dans huit zones industrielles implantées dans sept régions du pays.
Une modernisation devenue urgente
Au cours des échanges, plusieurs contraintes structurelles ont été mises en avant par les entreprises interrogées. Les industriels dénoncent notamment le coût élevé des facteurs de production, la dépendance aux intrants importés, les insuffisances logistiques ainsi que l’état parfois vétuste des infrastructures industrielles.
Les filières agroalimentaires, chimiques, métallurgiques et les matériaux de construction demeurent les secteurs les plus dynamiques. À elles seules, elles représentent plus de 68 % de la production globale enregistrée dans les zones industrielles de la MAGZI. Dans ce contexte, l’appui de l’ONUDI vise à accompagner le Cameroun dans la mise à niveau de ses infrastructures industrielles, la digitalisation des services, l’amélioration de la gouvernance des zones industrielles et le renforcement de la compétitivité des PME locales.
La ZLECAf comme nouvel horizon industriel
Pour les autorités camerounaises, la modernisation des zones industrielles constitue un enjeu stratégique dans la perspective de la ZLECAf, qui ouvre l’accès à un marché continental de plus de 1,3 milliard de consommateurs.
Le gouvernement veut ainsi faire des zones industrielles des espaces capables d’attirer davantage d’investissements productifs et de favoriser la transformation locale des matières premières. Cette orientation s’inscrit dans les ambitions de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui fait de l’industrialisation un pilier majeur de la transformation structurelle de l’économie camerounaise.
L’objectif affiché est de réduire progressivement la dépendance du pays aux importations manufacturières tout en augmentant les exportations à valeur ajoutée vers les marchés africains. À travers ce partenariat avec l’ONUDI, le Cameroun tente de donner un nouveau souffle à ses zones industrielles confrontées à d’importants défis de compétitivité. Malgré un poids économique significatif de près de 7 000 milliards FCFA de chiffre d’affaires en 2024, les autorités reconnaissent la nécessité d’accélérer la modernisation des infrastructures et l’amélioration du climat industriel. L’enjeu, pour Yaoundé, est désormais de transformer ces espaces en véritables moteurs de croissance capables de soutenir l’ambition industrielle du pays dans le cadre de la ZLECAf.
