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Côte d’Ivoire : du fait de la forte demande, la filière porcine offre des opportunités d’investissement

La viande porcine a toujours occupé une place centrale dans l'alimentation des ivoiriens, se positionnant comme la deuxième source de protéines animales, juste après la viande bovine. Des plats populaires comme le kédjénou de porc et le porc braisé font partie intégrante du quotidien, en particulier dans les grandes agglomérations telles qu'Abidjan. Cette forte demande a contribué à un essor significatif de la consommation, mais elle a également mis en lumière, une faiblesse structurelle dans la production locale.

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Les importations de viande porcine et de produits dérivés en Côte d’Ivoire ont connu une hausse constante, atteignant 121 055 tonnes en 2023, contre 55 712 tonnes en 2019, un bond de 21,41 % par an, selon les données de la FAO. Selon les estimations, la demande annuelle en viande de porc dépasse les 15 000 tonnes, tandis que la production locale peine à couvrir plus de 60 % de cette demande. Le reste est comblé par des importations, et le Brésil est rapidement devenu un fournisseur clé. Les chiffres de l’Association brésilienne des protéines animales (ABPA) révèlent une progression significative des exportations de viande porcine brésilienne vers la Côte d’Ivoire, passant de 6 674 tonnes en 2019 à 18 170 tonnes en 2023, soit une augmentation annuelle moyenne de 28,46 %. En 2023, la Côte d’Ivoire s’est positionnée comme la deuxième destination africaine de la viande porcine brésilienne, juste derrière l’Angola. 

Cette dépendance accrue vis-à-vis du Brésil repose sur plusieurs facteurs : d’abord, la qualité des produits brésiliens, conformes aux standards internationaux et avec des prix compétitifs. Ensuite, la capacité d’approvisionnement du Brésil, avec une industrie porcine bien structurée, capable de répondre rapidement à la demande croissante, y compris celle de la Côte d’Ivoire. Cette situation offre une opportunité évidente pour les investisseurs locaux et internationaux. Le gouvernement ivoirien, conscient du potentiel de cette filière, a intégré son développement dans le Plan National de Développement (PND) 2021-2025. Des incitations fiscales et des programmes de soutien sont mis en place pour encourager les investissements dans l’élevage porcin, la transformation et la logistique. 

La production locale de viande porcine reste limitée

En effet, malgré la demande croissante, la production locale de viande porcine reste limitée. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, parmi lesquels, les épidémies récurrentes de Peste porcine africaine (PPA). Entre 2015 et 2023, la Côte d’Ivoire a dû faire face à cinq épizooties majeures de PPA, engendrant des pertes directes estimées à 9,2 milliards de FCFA (environ 15 millions USD). En avril 2024, un nouveau foyer de PPA à Daloa a conduit à l’abattage de 100 000 porcs, avec des pertes financières avoisinant les 20 milliards de FCFA (31 millions USD). 

La faible vulgarisation des bonnes pratiques d’élevage constitue également un frein important à la productivité. Nombreux sont les éleveurs locaux qui manquent de formation adéquate pour moderniser leurs exploitations, ce qui limite leur capacité à augmenter leur rendement. À cela s’ajoute un accès restreint au financement nécessaire pour développer des infrastructures modernes et améliorer la génétique du cheptel. Enfin, la structure du cheptel ivoirien, où une majorité de porcs sont élevés en liberté (78 %), favorise la propagation rapide des maladies, notamment la PPA.

Le chantier de la modernisation 

Pour répondre à la demande croissante, la Côte d’Ivoire s’est lancée dans un vaste chantier de modernisation de sa filière porcine. En 2023, seulement 30% de la production porcine provenait d’élevages modernes, le reste étant assuré par des exploitations traditionnelles de petite taille. Pour inverser cette tendance, le gouvernement a initié la construction de plusieurs fermes modernes et unités de transformation à travers le pays. 

En mars 2024, une ferme porcine moderne a été inaugurée à Bouaké, dans le Centre du pays. D’une capacité de production de 5 000 porcs par an, cette ferme a nécessité un investissement de 10 milliards de FCFA (environ 16 millions de dollars). Financée par un partenariat public-privé, elle dispose d’équipements de pointe et respecte les normes sanitaires internationales. 

Dans la même dynamique, une unité de transformation de viande de porc a été mise en service à Yamoussoukro, en juillet 2024. D’une capacité de traitement de 10 tonnes par jour, cette unité a été réalisée avec le soutien de la Banque africaine de développement (BAD) pour un montant de 12 milliards de FCFA (environ 20 millions de dollars). Elle vise à produire des produits à valeur ajoutée, tels que des saucisses et des charcuteries, destinés aux marchés urbains et régionaux. 

Des initiatives encourageantes

Plusieurs initiatives privées et publiques témoignent de l’engouement pour cette filière. En janvier 2024, la société Ivoire Porc, spécialisée dans l’élevage et la transformation de viande de porc, a lancé une ferme pilote à Daloa. D’une capacité de 3 000 porcs par an, cette ferme utilise des technologies innovantes pour optimiser la production et réduire les coûts. 

Par ailleurs, en juin 2024, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Kobenan Kouassi Adjoumani, a annoncé la création d’un fonds de garantie de 20 milliards de FCFA (environ 33 millions de dollars) pour soutenir les petits éleveurs. Ce fonds vise à faciliter l’accès au crédit et à encourager l’adoption de pratiques modernes d’élevage. 

Malgré ces avancées, la filière porcine ivoirienne fait face à plusieurs défis. Le manque d’infrastructures de stockage et de transport réfrigéré limite la qualité et la distribution des produits. De plus, la concurrence des importations, souvent moins chères, représente un obstacle majeur pour les producteurs locaux. Pour surmonter ces difficultés, les autorités ivoiriennes ont mis en place des mesures protectionnistes, notamment des taxes à l’importation sur la viande de porc. Parallèlement, des campagnes de sensibilisation sont menées pour promouvoir la consommation de viande locale auprès des ménages. 

Selon les projections, la production locale pourrait atteindre 25 000 tonnes d’ici 2030, contre 9 000 tonnes en 2023.Pour atteindre cet objectif, le pays mise sur l’intégration régionale. En 2024, la Côte d’Ivoire a signé un accord avec le Ghana et le Nigeria pour faciliter l’exportation de viande de porc transformée vers ces marchés voisins. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie « Vision Côte d’Ivoire 2030 », qui vise à transformer localement plus de 50% des productions agricoles du pays. 

Des investissements étrangers à l’assaut du marché

Les opportunités offertes par la filière porcine séduisent de plus en plus d’investisseurs étrangers. En septembre 2024, lors du Forum international de l’investissement agricole à Abidjan, la société française PorcInov a annoncé un investissement de 15 millions de dollars dans la construction d’une ferme porcine moderne à Korhogo. D’une capacité de 10 000 porcs par an, cette ferme devrait créer plus de 500 emplois directs. 

De même, en novembre 2024, la société chinoise AgriFood a signé un partenariat avec le gouvernement ivoirien pour la construction d’une unité de transformation de viande de porc à San Pedro. D’un montant de 25 millions de dollars, ce projet vise à exporter des produits transformés vers les marchés asiatiques.

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