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Afrique : Transformation de l’avocat, un marché à capitaliser

Dans les collines verdoyantes du Kenya, des milliers d’avocats mûrissent sous le soleil tropical. Pourtant, une fois cueillis, la majorité de ces fruits prendront la direction de l’Europe ou des États-Unis, sans aucune transformation locale. Un paradoxe, alors que le marché mondial des avocats transformés, huile, purée, poudre, explose, porté par une demande en hausse de 10 % par an. L’Afrique, qui produit 10 % des avocats mondiaux, reste encore à la traîne dans cette course à la valeur ajoutée.

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« L’avocat, c’est l’or vert du XXIe siècle », lance Jean Dupont, consultant en commerce international basé à Bruxelles en Belgique.  Et pour cause : en 2022, le marché mondial de l’avocat était estimé à 13 milliards de dollars, selon un rapport de Market Research Future. L’huile d’avocat, en particulier, est très prisée dans les secteurs cosmétique et alimentaire, avec un prix au litre pouvant atteindre 20 dollars, selon l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 

L’Afrique, avec des pays comme le Kenya, l’Afrique du Sud et le Maroc, dispose d’un potentiel énorme pour répondre à cette demande. En 2022, le Kenya a produit environ 200 000 tonnes d’avocats, dont 60 % ont été exportées sous forme brute. L’Afrique du Sud a produit environ 120 000 tonnes, dont 70 % exportées. Le Maroc, quant à lui, a produit 80 000 tonnes, avec 50 % exportées. Pourtant, moins de 5 % de cette production est transformée localement, contre 30 % en Amérique latine, leader mondial du secteur. 

La transformation de l’avocat en Afrique présente un potentiel économique énorme. Selon la FAO, si seulement 20 % de la production africaine d’avocat était transformée localement, cela pourrait générer des revenus supplémentaires de plus de 500 millions de dollars par an. Cela créerait également des milliers d’emplois locaux, notamment dans les zones rurales où la pauvreté est la plus élevée. En outre, la transformation de l’avocat pourrait contribuer à réduire les pertes post-récolte, qui sont estimées à 30 % de la production totale en Afrique. En transformant l’avocat en produits à plus longue durée de conservation, comme l’huile ou la poudre, les producteurs pourraient réduire ces pertes et augmenter leurs revenus. 

Les défis de la transformation en Afrique

La transformation de l’avocat en Afrique se heurte à plusieurs obstacles majeurs. Le manque d’infrastructures de transformation est le premier défi. La plupart des pays africains n’ont pas d’usines de transformation modernes, et les rares qui existent sont souvent sous-équipées et ne répondent pas aux normes internationales. Selon la FAO, moins de 5 % de la production africaine est actuellement transformée, contre 30 % en Amérique latine, leader mondial du secteur, ce qui limite considérablement la valeur ajoutée pour les producteurs locaux. 

Le financement est un autre frein majeur. Les petites et moyennes entreprises (PME) peinent à accéder à des prêts à des taux abordables. Les banques locales considèrent l’agro-transformation comme un secteur risqué, ce qui limite les investissements. Selon la Banque africaine de développement (BAD), seulement 20 % des PME africaines ont accès à des financements adaptés pour investir dans la transformation agricole. 

Par ailleurs, l’accès aux marchés internationaux reste compliqué. Les normes sanitaires et phytosanitaires européennes sont très strictes, et beaucoup de producteurs africains n’ont pas les moyens de se conformer à ces exigences. Selon un rapport de la Banque mondiale, seulement 15 % des exportations agricoles africaines répondent aux normes internationales, ce qui limite leur compétitivité sur les marchés mondiaux. 

Les initiatives en cours 

Face à ces défis, des initiatives émergent pour structurer la filière de transformation des avocats en Afrique. Au Kenya, le gouvernement a lancé un programme de soutien aux petits producteurs, incluant des subventions pour l’achat d’équipements de transformation. Le ministère de l’Agriculture kényan a également mis en place des formations pour aider les producteurs à obtenir les certifications nécessaires à l’exportation. 

Du côté du secteur privé, des entreprises comme Kakuzi montrent la voie. En 2021, la société a inauguré une usine de transformation d’avocat capable de produire 5 000 litres d’huile par jour. Kakuzi exporte désormais vers l’Europe et les États-Unis, où la demande pour ses produits transformés est en hausse constante. Les organisations internationales jouent également un rôle clé. La Banque africaine de développement (BAD) a alloué 500 millions de dollars entre 2020 et 2022 pour financer des projets de transformation agricole en Afrique. La FAO soutient également des initiatives visant à améliorer les infrastructures et à former les producteurs aux techniques de transformation modernes. 

Malgré les défis, les perspectives d’avenir pour la transformation de l’avocat en Afrique sont prometteuses. La demande mondiale pour l’avocat transformé continue de croître, et l’Afrique a tous les atouts pour devenir un acteur majeur sur ce marché. Cependant, selon l’avis des experts, pour réaliser ce potentiel, des investissements massifs sont nécessaires, notamment dans les infrastructures de transformation et la formation des producteurs. 

Les gouvernements africains doivent également jouer un rôle clé en mettant en place des politiques favorables à l’agro-transformation, notamment en facilitant l’accès au financement et en simplifiant les procédures d’exportation. Les partenariats public-privé et les collaborations internationales seront également essentiels pour accélérer le développement de cette filière. 

 

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