Cameroun : les superficies d’exploitation de l’or croissent de plus de 500% en 14 ans, sans impact sur les infrastructures locales

C’est ce qui ressort d’une étude cartographiée réalisée sur la période 2010-2024 par l’ONG Forêts et Développement Rural (Foder), qui promeut les pratiques de bonne gouvernance des ressources naturelles, la protection de la biodiversité et de l’environnement. Les 61 sites aurifères, objets de l’enquête, sont situés dans les arrondissements de Batouri, de Kette et de Kentzou dans la région de l’Est. 

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La production camerounaise de l’or en 2022 est évaluée à 859,92 kg. C’est un peu plus du double des 353,53 kg produits un an plus tôt (en 2021), selon la Société Nationale des Mines du Cameroun (Sonamines), qui révèle ces chiffres dans un rapport récent. La valeur commerciale de la production, en 2022, est de 47,08 millions de dollars américains, soit 27,45 milliards de FCFA, d’après la Sonamines, une société publique créée par un décret présidentiel du 14 décembre 2020,

Si a priori, il y a lieu de se réjouir de cette croissance de la production et des revenus tirés de l’activité minière – encore faut-il que les ressources issues de l’industrie extractive profitent aux collectivités locales –, l’ONG Forêts et Développement Rural (Foder) s’inquiète des conséquences désastreuses de la croissance sans cesse exponentielle des superficies exploitées par les artisans miniers utilisant parfois des moyens semi-mécanisés, avec pour corollaire, le grignotage du couvert végétal et des terres agricoles.

C’est ce qui ressort d’une étude cartographiée, réalisée par cette organisation non gouvernementale basée dans la capitale politique camerounaise, qui œuvre à la promotion de la bonne gouvernance des ressources naturelles, de la protection de la biodiversité et de l’environnement, entre autres centres d’intérêt. La cartographie menée à l’Est Cameroun, plus précisément dans les arrondissements de Batouri, Kette et Kentzou, s’intéresse à la période, allant de 2010 à 2024.

L’étude réalisée par Foder en collaboration avec ACF débouche sur le constat alarmant, selon lequel, en 14 années d’exploitation minière, les superficies couvertes par les activités aurifères ont plus que décuplé. De 82,48 hectares en 2010, les superficies sont passées à 4639,69 hectares en 2024, après avoir franchi un record d’évolution similaire en 2015 (577,35 ha) et en 2020 (1167,52 ha), trois quinquennats ayant fait l’objet de l’étude analytique. Soit un taux d’évolution de 5490%.

L’étude de Foder a été réalisée auprès de 528 artisans miniers répartis sur 61 sites, dont 35 sites miniers à Batouri et 26 autres à Kette, deux arrondissements du département de la Kadey, dans la région de l’Est Cameroun. Bien que dix autorités aient apporté leur contribution en répondant aux préoccupations de l’organisation non gouvernementale, Foder précise que les réponses peuvent être empreintes de subjectivité. Les autorités contactées sont les maires ; les sous-préfets ; les chefs des communautés ; les responsables locaux des ministères des Mines et celui chargé de l’Environnement, etc.

Une faible contribution au développement local

Le paradoxe tient en la faible contribution du secteur extractif au développement communautaire en particulier et national en général, en dépit du pic et de l’explosion observés au terme de cette étude sur l’empreinte spatiale des opérations minières dans les trois arrondissements au centre de l’enquête. Selon un haut responsable à Foder, on ne peut pas dire qu’il y a un impact significatif des activités minières sur les collectivités locales.

« On peut dire que ça n’a vraiment pas profité à l’économie nationale, parce que quand on voit la contribution du secteur minier à l’économie nationale, c’est moins d’un pour cent (1%). Donc, on peut ainsi conclure que l’exploitation de l’or n’a vraiment pas contribué à l’économie nationale. Est-ce qu’au niveau local cela a contribué ? Ça a contribué de manière minime à l’économie locale. Quand on va voir au niveau notamment de Bétare-Oya, où l’exploitation aurifère a commencé, on va constater que dans cette commune, l’exploitation de l’or n’a pas vraiment développé cette commune. Elle a plutôt profité aux élites politiques de tous bords au plan national. »

Selon cet expert, les vrais bénéficiaires sont répartis sur l’étendue du territoire national, et ne sont forcément pas originaires des régions où sont extraites ces substances précieuses, en l’occurrence l’Est Cameroun, et, dans une moindre mesure, la région voisine qu’est l’Adamaoua.  

L’expert nuance en ce qui concerne la ville de Batouri

« Maintenant, si on va dans la Kadey, notamment à Batouri, on peut dire dans une certaine mesure que l’exploitation de l’or dans la ville de Batouri a contribué un peu au développement, en ce sens qu’avec le boom minier qu’il y a eu là-bas, l’exploitation qui s’est accélérée, on voit de plus en plus des édifices qui se développent, aussi bien des édifices commerciaux que des édifices personnels, suite à l’exploitation de l’or. Ceci est d’autant plus prouvé que, depuis l’interdiction de l’exploitation de l’or dans la zone de Kambélé, la ville de Batouri est assez morose. »

Mais globalement, le développement ne suit pas. Le social demeure le parent pauvre dans le plan d’investissement des entreprises qui exploitent de l’or dans ces localités à forte activité minière. Les conditions de travail des employés des sites miniers sont des plus déplorables, et ils ne bénéficient d’aucune sécurité. Les opérateurs du secteur sont peu soucieux du respect de la réglementation. « Ce qui fait qu’on ne peut pas dire que les flux financiers qu’ils génèrent là-bas permettent de développer suffisamment la zone en termes d’infrastructures », conclut l’expert du Foder.

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