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Sénégal : pourquoi le rêve d’Akon City s’est effondré

Le projet Akon City, la ville futuriste imaginée par le chanteur américano-sénégalais Akon, a finalement été abandonné. Après cinq ans d’annonces, le chantier de cette mégapole technologique et écologique de 6 milliards de dollars est au point mort. Le gouvernement sénégalais a confirmé que le projet tel qu’envisagé ne verra pas le jour, évoquant un manque de financements et un arrêt des travaux.

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Présentée comme une vitrine de l’Afrique moderne, Akon City n’aura finalement été qu’un mirage. À Mbodiène, à 100 km de Dakar, l’espoir a fait place à la déception. Sur les 800 hectares réservés à Akon City, seule la structure inachevée d’un centre d’accueil trône parmi les herbes folles. Aucune route, aucun immeuble, aucun panneau solaire n’a été construit. Pourtant, Akon City devait être une ville à la pointe de la technologie, tournée vers les énergies renouvelables, avec hôpitaux, écoles, hôtels de luxe, centres commerciaux et une crypto-monnaie propre, l’Akoin, pour dynamiser son économie.

Selon la Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et zones touristiques (SAPCO), bras armé du ministère du Tourisme sénégalais, le projet n’existe plus, a déclaré son directeur, Serigne Mamadou Mboup. Selon plusieurs sources, le projet aurait été heurté à plusieurs obstacles majeurs. Par ailleurs, l’Akoin, censée être la monnaie officielle de la ville, a vu sa valeur chuter drastiquement, passant de 0,15 dollar à moins de 0,001 dollar aujourd’hui, et les mécanismes de remboursement pour les investisseurs sont restés flous. Akon a reconnu lui-même que la monnaie « n’était pas bien gérée », ce qui a fragilisé la viabilité économique du projet.

Le Sénégal utilise le franc CFA, monnaie officielle et régulée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, qui s’oppose fermement à l’usage des cryptomonnaies. Cette réalité institutionnelle a compliqué la mise en place du modèle économique prévu. En outre, en 2020, la société américaine KE International, chargée de piloter le projet, annonçait avoir levé 4 milliards de dollars auprès d’un groupe d’investisseurs dirigé par le Kényan Julius Mwale. Mais les promesses n’ont pas été concrétisées.

Un modèle de redémarrage ?

Face à l’impasse, le Sénégal a repris le contrôle du foncier. Sur les 55 hectares effectivement mis à disposition, 50 sont en passe d’être récupérés par l’État.  Cette reprise en main montre la volonté du Sénégal d’éviter de laisser des projets inachevés défigurer son territoire. En se positionnant pour accueillir les Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2026, le pays cherche à renforcer son attractivité touristique.

Situé sur la Petite Côte, à proximité des grands axes touristiques, le site de Mbodiène reste une zone d’opportunité. Avec le regain d’intérêt pour l’hôtellerie en vue de l’afflux prévu en 2026, plusieurs investisseurs nationaux et étrangers auraient déjà exprimé leur intérêt pour y implanter des hôtels, des centres de conférence et des éco-villages. Cette réorientation permettrait de redonner vie à un terrain qui symbolisait hier une utopie et pourrait devenir demain un pôle touristique concret.

Pour rappel, les experts estiment que, si Akon City s’effondre, c’est aussi parce qu’elle a échoué à intégrer les réalités locales : besoin d’infrastructures de base, réglementation monétaire, structuration du financement, écosystème technologique, etc. À l’inverse, plusieurs projets menés en Afrique montrent qu’un investissement bien encadré peut porter ses fruits. À titre d’exemple, le développement des zones économiques spéciales, la montée en puissance des villes intermédiaires intelligentes, ou encore les programmes de logements sociaux publics-privés offrent aujourd’hui des modèles d’investissement plus durables et accessibles aux entreprises locales. Ces alternatives démontrent qu’il est possible de conjuguer innovation, modernité et rentabilité.

L’Afrique gagnerait à valoriser ses besoins réels : santé, éducation, logement, numérique, agriculture. Ces secteurs offrent des rendements durables, génèrent de l’emploi et participent à la transformation structurelle des économies africaines. Pour les investisseurs, Mbodiène ne sera peut-être pas Wakanda. Mais elle peut devenir un modèle de redémarrage lucide, concret et rentable. Le rêve peut exister. Mais il doit d’abord commencer par une bonne fondation.

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