Le barrage de Minkouma sera construit sur le bassin de la Sanaga, dans l’arrondissement de Mbandjock. Il s’agit d’un aménagement combinant une centrale hydroélectrique d’une puissance installée comprise entre 240 et 300 MW, et une centrale solaire de 50 MW, extensible à 300 MW en fonction de la demande future. Ce double dispositif, inédit dans le pays, illustre la stratégie gouvernementale visant à diversifier les sources d’énergie et à renforcer la résilience du réseau électrique face aux variations climatiques.
À terme, ce projet contribuera à sécuriser l’approvisionnement en électricité des ménages et des industries, tout en réduisant la dépendance du Cameroun aux énergies fossiles. Selon les prévisions du ministère de l’Eau et de l’Énergie, la rivière Sanaga pourrait accueillir jusqu’à douze (12) aménagements hydroélectriques, plaçant cette zone au cœur de la politique énergétique nationale.
Le Crédit Communautaire d’Afrique Bank (CCA Bank) a fait savoir son intention de prendre la tête du pool des banques locales pour la mobilisation du financement de ce projet, d’un coût global estimé à 584 milliards de FCFA. L’annonce a été faite à la suite d’une rencontre, le vendredi 3 octobre 2025, entre la directrice générale de CCA Bank, Marguerite Fonkwen Atanga, et les responsables de la Minkouma Energy Company S.A., société publique en charge de la mise en œuvre du projet. La rencontre avait pour objectif de présenter les contours techniques du futur barrage et d’examiner les perspectives de collaboration autour de son financement.
Devenir la banque chef de file d’un financement évalué à 584 milliards de FCFA serait pour la CCA Bank une opportunité historique d’accroître son influence, en démontrant sa capacité à structurer et à piloter des projets d’investissement de grande ampleur. Ce positionnement lui permettrait d’attirer d’autres partenariats institutionnels, aussi bien avec les bailleurs internationaux qu’avec les acteurs publics nationaux. En effet, au 31 mars 2025, l’établissement se classait 8ᵉ sur 19 banques camerounaises en termes d’encours (6,17 % de parts de marché) et 4ᵉ en matière de dépôts (8,05 %). Son bilan total atteignait 837 milliards de FCFA au 31 décembre 2024.
Une architecture financière déjà en marche
Le projet Minkouma bénéficie déjà d’un écosystème de financement bien amorcé. Selon la Minkouma Energy Company, une première conférence des bailleurs s’est tenue à Casablanca, au Maroc, du 4 au 6 décembre 2024. Cet événement a permis de mobiliser près de 70 % du financement total, soit environ 410 milliards de FCFA. Une deuxième conférence, prévue dans les prochains mois, devrait permettre de compléter le reste des fonds, estimés entre140 et 200 millions d’euros.
La présence de capitaux canadiens parmi les partenaires intéressés renforce la crédibilité du projet. Ces investisseurs étrangers misent sur la rentabilité du modèle énergétique mixte et sur la croissance de la demande en électricité, estimée à 7 % par an au Cameroun. En misant sur un projet à haut potentiel économique et environnemental, ils perçoivent une opportunité d’investissement stable, assortie de rendements à long terme.
Le projet d’aménagement hydroélectrique de Minkouma a pour ambition de produire une énergie durable à coût compétitif. L’objectif affiché par le gouvernement est d’obtenir un tarif soutenable pour les industries et les ménages, tout en préservant l’équilibre financier du secteur électrique. À travers cette démarche, les dirigeants de Minkouma Energy Company visent à éviter les subventions excessives qui pèsent souvent sur le budget de l’État. L’enjeu est d’optimiser les coûts de développement et de construction pour garantir la viabilité du projet et la rentabilité de ses partenaires financiers.
Les retombées économiques attendues sont considérables. Outre la création d’emplois directs et indirects durant la phase de construction, le barrage permettra de stabiliser la fourniture d’énergie dans les zones industrielles du Centre, d’attirer de nouvelles entreprises et de renforcer la compétitivité du Cameroun sur le marché régional.
Un calendrier bien défini pour rassurer les partenaires
Le calendrier de mise en œuvre du projet est déjà balisé. La sélection des entreprises chargées de la maîtrise d’œuvre est en cours, la signature des contrats de construction est prévue pour juin 2026, et la finalisation des accords de financement entre septembre et novembre 2026. Le démarrage des travaux est programmé pour décembre 2026, avec une livraison prévue à l’horizon 2030. Cette planification précise constitue un facteur clé de confiance pour les investisseurs. Elle réduit les incertitudes, sécurise les engagements financiers et facilite la coordination entre les différentes parties prenantes.
Au-delà de son impact énergétique, le barrage de Minkouma s’impose comme un catalyseur d’investissements structurants. Il ouvre la voie à une nouvelle approche du financement en Afrique centrale, où les banques locales, à l’image de la CCA Bank, ne se contentent plus d’être de simples intermédiaires, mais deviennent des moteurs de développement. Pour les investisseurs, Minkouma représente un double intérêt : la garantie d’une participation à un projet rentable, adossé à des ressources naturelles pérennes, et la possibilité d’intégrer un secteur stratégique soutenu par l’État.
Si le barrage de Nachtigal avait marqué une première étape dans la modernisation du secteur hydroélectrique, Minkouma s’annonce comme la vitrine d’une nouvelle ère celle où le financement local s’impose comme une force motrice du développement national.