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Cameroun : les failles de la traçabilité aurifère révélées par un écart statistique majeur

Entre 2008 et 2018, les Émirats arabes unis auraient importé jusqu’à 11,7 tonnes d’or en provenance du Cameroun, alors que les statistiques officielles camerounaises ne font état que de 32 kilogrammes exportés sur la même période.

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Une discordance majeure qui remet en lumière les failles structurelles de la gouvernance minière avant la création de la Société nationale des mines (Sonamines).

Un écart statistique révélateur.

Les chiffres avancés par Serge Hervé Boyoguono, directeur général de la Sonamines, soulignent un décalage abyssal entre les volumes d’or déclarés par le Cameroun et ceux enregistrés par les pays importateurs, notamment les Émirats arabes unis, hub mondial du commerce aurifère.
Cet écart de plusieurs tonnes met en évidence l’ampleur des flux d’or non tracés ayant quitté le territoire national, dans un contexte marqué par :

  • la prédominance de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée,
  • l’absence d’un cadre institutionnel de contrôle robuste,
  • la porosité des circuits d’exportation.

Avant la Sonamines : une filière peu structurée.

Jusqu’en 2020, la filière aurifère camerounaise fonctionnait essentiellement sur des mécanismes fragmentés, avec une faible capacité de l’État à assurer la traçabilité de la production et des exportations.
Cette situation a favorisé :

  • la sous-déclaration des volumes produits,
  • la perte de recettes fiscales et douanières,
  • l’enrichissement de circuits informels au détriment du Trésor public.

Pour l’État camerounais, les conséquences économiques sont significatives : manque à gagner en devises, faibles retombées locales et incapacité à transformer l’or en levier de développement.

La Sonamines, un tournant stratégique.

La création de la Sonamines marque une volonté de rupture avec les pratiques antérieures. L’entreprise publique est désormais chargée de :

  • encadrer l’achat, la commercialisation et l’exportation de l’or,
  • renforcer la traçabilité de la production nationale,
  • sécuriser les recettes issues du secteur minier.

L’objectif affiché est clair : reprendre le contrôle d’une ressource stratégique, dans un contexte où l’or joue un rôle croissant dans la diversification économique et la mobilisation des ressources internes.

Un enjeu de crédibilité économique.

Au-delà des chiffres, cette affaire pose la question de la crédibilité statistique et financière du Cameroun à l’international. La capacité à produire des données fiables, à sécuriser les chaînes de valeur et à capter la rente minière est devenue un critère clé pour les investisseurs et les partenaires techniques et financiers.

La réforme du secteur aurifère apparaît ainsi comme un test grandeur nature de la gouvernance économique prônée par les autorités, à l’heure où le pays cherche à renforcer ses recettes non pétrolières.

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