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Budget 2026 au Cameroun : l’Attestation de Conformité Fiscale devient obligatoire pour accéder à plusieurs services administratifs clés

Dans la circulaire d’exécution du Budget de l’État pour l’exercice 2026 signée le 31 décembre 2025, le gouvernement camerounais a introduit une mesure phare : l’obligation de présenter une attestation de conformité fiscale (ACF) pour accéder à plusieurs services administratifs clés, notamment l’émission de passeports, l’obtention de cartes grises de véhicules, ainsi que les opérations d’importations par les particuliers.

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Cette mesure, qui est entrée théoriquement en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, s’inscrit dans une volonté claire de l’État de renforcer le civisme fiscal et d’élargir la base des contribuables. Le gouvernement justifie cette réforme par le constat d’un écart majeur entre le poids économique du secteur informel et sa contribution aux recettes fiscales : malgré une participation significative à l’activité économique nationale, ce secteur contribue très peu au recouvrement fiscal officiel.

Secteur informel : le défi de l’élargissement de l’assiette fiscale

Selon des estimations officielles : le secteur informel représenterait jusqu’à ~45 % du PIB camerounais, mais ne contribue qu’à environ 5 % des recettes fiscales totales ; les mécanismes de prélèvements à la source ont permis de faire passer le nombre de contribuables enregistrés de ~89 700 en 2015 à plus de 140 000 en 2021, tout en générant plus de 50 milliards FCFA chaque année via acomptes et précomptes auprès d’opérateurs du secteur informel. 

Budget 2026 : une ambition de 8 816 milliards FCFA à financer

L’enjeu de cette réforme s’inscrit dans un contexte budgétaire ambitieux. Pour 2026, le budget de l’État du Cameroun est estimé à 8 816,4 milliards FCFA, soit une progression de +14 % par rapport à 2025, avec des recettes internes projetées à 5 887 milliards FCFA (en hausse de +8,3 %). Dans ce contexte, la mobilisation des recettes fiscales est un axe prioritaire. En 2024, la collecte fiscale a atteint 2 910 milliards FCFA, dépassant légèrement l’objectif fixé et marquant une hausse de +10,7 % par rapport à 2023. L’État mise donc sur une amélioration du recouvrement fiscal par ce type de réforme, espérant capter davantage de contribuables jusqu’ici en marge du système, notamment via l’exigence d’une conformité fiscale pour des démarches du quotidien.

Quels impacts pour les particuliers et le climat des affaires ?

Pour les particuliers, lier l’accès à des services administratifs essentiels à la conformité fiscale crée une incitation forte à la régularisation des situations fiscales des particuliers. À terme, cela peut se traduire par : une augmentation du nombre de contribuables déclarés, élargissant l’assiette fiscale ; un accroissement potentiel des recettes fiscales domestiques, destinées notamment au financement des infrastructures et services publics.

Pour le secteur privé et les investisseurs, l’amélioration du cadre fiscal et de la conformité peut avoir un effet positif sur le climat des affaires : meilleure transparence et prévisibilité pour les investisseurs ; réductions des risques liés aux obstacles bureaucratiques traditionnels ; incitations pour les entreprises du secteur informel à se formaliser, ouvrant l’accès à des marchés structurés et à des financements institutionnels.

Si la démarche fiscale gagne à être perçue comme un levier de développement économique plutôt qu’un simple outil de coercition administrative, son succès dépendra de la mise en œuvre effective, de l’interopérabilité des systèmes d’information entre les administrations, et de l’accompagnement des contribuables. Le défi est important, mais si cette mesure permet véritablement d’élargir l’assiette fiscale et d’améliorer le civisme fiscal, elle pourrait contribuer à renforcer durablement les ressources publiques, tout en assainissant le terrain pour des investissements plus transparents et attractifs au Cameroun en 2026 et au-delà.

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