La souveraineté alimentaire est devenue un axe central des politiques économiques du Gabon. Dans cette dynamique, le gouvernement a officialisé un vaste programme de transformation de la filière avicole, présenté devant l’Assemblée nationale par le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy. Le dispositif repose sur cinq conventions signées avec des investisseurs étrangers, pour un montant global estimé à 775 milliards de FCFA, entièrement porté par le secteur privé. Ces engagements traduisent une volonté claire : réduire la dépendance aux importations de poulet et structurer une production locale intégrée.
Le cœur du programme repose sur une mobilisation financière de 775 milliards de FCFA, engagée dans le cadre de partenariats public-privé. Ces investissements visent à bâtir une filière industrielle complète, capable de répondre à la demande intérieure en viande de volaille. L’objectif affiché est double : atteindre 100 000 tonnes de production annuelle dans un premier temps, avec une capacité projetée pouvant aller jusqu’à 130 000 tonnes à terme, selon la montée en puissance des infrastructures.
Le plan repose sur une restructuration profonde de la chaîne de production avicole. Le gouvernement prévoit la mise en place de 150 fermes réparties sur l’ensemble des neuf provinces du pays. À cela s’ajoutent des infrastructures essentielles : couvoirs régionaux pour sécuriser l’approvisionnement en poussins, abattoirs provinciaux pour la transformation locale, ainsi que des unités de production d’aliments pour bétail. Dans cette logique, le développement des cultures de maïs et de soja est présenté comme un levier stratégique pour réduire la dépendance aux importations d’intrants, avec plus de 300 000 hectares de terres agricoles mobilisables.
Les cinq conventions signées associent des capitaux chinois, turcs et camerounais. Cette configuration traduit une ouverture assumée du modèle de financement, mais pose également la question du contrôle de la chaîne de valeur. Selon les données officielles du ministère de l’Agriculture et de l’Agence Gabonaise de Presse, ces investissements sont entièrement privés et doivent permettre une montée en puissance rapide de la production nationale.
100 000 emplois annoncés et transformation sociale attendue
Le gouvernement mise également sur un impact social majeur. Le projet devrait générer jusqu’à 100 000 emplois directs et indirects, faisant de l’aviculture un secteur clé de la diversification économique.
Un dispositif d’accompagnement est déjà en cours, notamment avec un financement bancaire à taux bonifié de 4 % destiné aux producteurs locaux. Parallèlement, des formations techniques sont mises en place, dont un programme de formation de jeunes Gabonais au Sénégal pour renforcer les compétences dans la filière.
Si les ambitions sont clairement définies, la réussite du PUFA dépendra de plusieurs facteurs structurants. La capacité à exécuter rapidement les infrastructures, à sécuriser la production locale d’aliments pour bétail et à stabiliser les coûts de production sera déterminante.
L’autre enjeu majeur reste la transformation des annonces en résultats concrets, dans un contexte où les projets agricoles de grande ampleur en Afrique peinent souvent à atteindre leurs objectifs initiaux dans les délais annoncés.
Le Plan d’urgence de la filière avicole place le Gabon dans une logique de transformation industrielle accélérée. Avec 775 milliards de FCFA d’investissements et une ambition de production pouvant atteindre 130 000 tonnes de poulet, le pays cherche à réduire sa dépendance alimentaire et à renforcer sa souveraineté économique.
Mais au-delà des chiffres, la réussite de ce pari dépendra de la capacité du pays à convertir les engagements financiers en infrastructures opérationnelles et en production effective. Entre ambition politique et réalité industrielle, le PUFA constitue un test majeur pour la stratégie économique gabonaise.
