À un an de sa clôture prévue en 2026, les autorités et les partenaires techniques font le point sur l’état d’avancement d’un projet présenté comme structurant pour la mobilité régionale. Les autorités maliennes ont ouvert, le mercredi 11 février 2026 à Bamako, la quatrième session du comité de pilotage du projet PR8 consacré à cet axe routier stratégique. Les travaux portent sur l’examen des réalisations, l’identification des contraintes restantes et l’adoption du programme de travail et du budget 2026, dernière année d’exécution du projet. Lancé en 2015, le programme est évalué à environ 166,9 millions d’unités de compte, soit près de 138 milliards de francs CFA. Il vise à améliorer la connectivité entre le Mali, pays enclavé, et la Côte d’Ivoire, à travers un itinéraire reliant Bamako au port de San Pedro, l’un des principaux ports de la façade atlantique ouest-africaine.
Sur le plan des infrastructures, les travaux routiers sont désormais achevés sur l’ensemble des deux lots prévus. En Côte d’Ivoire, les aménagements ont porté sur un linéaire de 135 kilomètres, tandis que 140 kilomètres ont été réalisés au Mali. Les interventions ont concerné la réhabilitation et le bitumage des tronçons clés du corridor. Les effets sur les performances de transport sont significatifs. Selon les données du projet, le temps de parcours sur certaines sections a été fortement réduit. Sur l’axe Boundiali–Kani, long de 135 kilomètres, la durée du trajet est passée d’environ six heures à une heure et demie après la mise en service des infrastructures. Les coûts d’exploitation des véhicules ont également diminué, avec une baisse estimée à près de 50 %. Cette amélioration des conditions de circulation s’est traduite par une hausse du trafic sur plusieurs tronçons, renforçant le rôle du corridor comme itinéraire majeur pour le transport de marchandises entre le Mali et la Côte d’Ivoire.
L’axe est notamment utilisé pour l’acheminement de produits agricoles, miniers et manufacturés à destination et en provenance des ports ivoiriens. Au-delà des travaux routiers, le programme intègre plusieurs composantes destinées à accompagner les populations riveraines. Des pistes rurales ont été aménagées afin de faciliter l’accès aux marchés locaux. Des forages d’eau potable ont été réalisés dans différentes localités, tandis que des systèmes d’éclairage public solaire ont été installés le long du corridor. Le projet comprend également la construction de centres multifonctionnels et la fourniture d’équipements en faveur des associations de femmes, notamment des kits de transformation des produits agricoles. Ces aménagements visent à améliorer les conditions de vie des communautés concernées et à soutenir les activités économiques locales liées au corridor. Des infrastructures sanitaires ont par ailleurs été intégrées au programme, avec la réhabilitation et l’équipement de centres de santé, la fourniture d’ambulances ainsi que de tricycles pour le transport des malades. Des marchés locaux ont également été aménagés afin de renforcer les échanges commerciaux de proximité.
La facilitation du transport au cœur de la phase finale
Si les infrastructures routières sont achevées, la clôture du projet reste conditionnée à la mise en œuvre complète des mesures de facilitation du transport et du transit transfrontalier. Ces composantes, pilotées à l’échelle régionale, sont présentées comme déterminantes pour optimiser le fonctionnement du corridor. Parmi les actions prévues figure la construction d’un poste de contrôle juxtaposé à la frontière entre le Mali et la Côte d’Ivoire, notamment au niveau de Ninguni. Les études techniques ont été finalisées et la contractualisation des travaux est annoncée dans le cadre d’un partenariat public-privé. Le projet prévoit également la mise en place d’un marché à bétail dans la zone frontalière. Des travaux techniques sont en cours pour assurer l’interfaçage des systèmes de suivi et de traçabilité des marchandises entre les deux pays, afin d’améliorer la gestion du transit routier inter-États et le suivi des flux sur le corridor.
La Banque africaine de développement (BAD) figure parmi les principaux partenaires financiers du projet. Dans un communiqué publié le 28 janvier 2026, l’institution a annoncé l’octroi au Mali d’une enveloppe de 60 milliards de francs CFA, comprenant un prêt de 40 milliards FCFA et un don de 20 milliards FCFA. Ces ressources sont destinées à financer le projet d’aménagement routier et de facilitation du transport sur le corridor Bamako-Zantiebougou-Kolondiéba-Boundiali-San Pedro. Le financement couvre notamment le bitumage des routes, l’aménagement de pistes rurales, l’installation d’éclairages solaires, la construction d’infrastructures sociales et sanitaires ainsi que la mise en place du poste de contrôle juxtaposé à la frontière.
À l’approche de son achèvement prévu cette année 2026, le projet entre dans une phase décisive marquée par la finalisation des composantes non routières. Les conclusions de la quatrième session du comité de pilotage doivent permettre d’arrêter les priorités opérationnelles et budgétaires de la dernière année d’exécution. Le corridor Bamako–San Pedro demeure l’un des principaux axes de transport reliant le Mali à la Côte d’Ivoire, au cœur des politiques régionales de mobilité, de facilitation des échanges et d’intégration économique en Afrique de l’Ouest.