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Comment transformer le potentiel de production d’électricité en Afrique du Sud, un pays frappé par un lourd déficit

L’Afrique du Sud, l’un des pays les plus industrialisés du continent, souffre des coupures répétitives d’électricité. Une situation qui porte un coup à l’économie nationale. Le ministre en charge de l’électricité, le Dr Kgosientsho Ramokgopa a annoncé lors du Forum annuel sur les infrastructures de Ninety One à Johannesburg, qu’un plan d’investissement dans ce secteur sera bientôt dévoilé. De quoi inciter à l’investissement. Le réseau électrique sud-africain représente une opportunité d’investissement et un marché rentable (60 millions d’habitants) pour les potentiels investisseurs.

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Centrale à charbon d'Arnot à Middelburg (province de Mpumalanga), 2013

Dans un contexte marqué par les coupures intempestives d’électricité, le ministre sud-africain en charge de l’électricité, le Dr Kgosientsho Ramokgopa a participé au Forum annuel sur les infrastructures de Ninety One à Johannesburg le 12 mars 2024. Une plateforme qui met en lumière la nécessité d’investir dans les infrastructures publiques dans le pays.

Au cours de cette rencontre, le ministre a partagé ses réflexions sur la collaboration et les réformes dans le secteur de l’énergie. Sans donner plus de précisions, le ministre a indiqué que le gouvernement et la compagnie nationale d’électricité, Eskom, annonceront comment les investisseurs privés peuvent participer à une expansion attendue de 20,89 milliards de dollars US du réseau de transport national.

Ces investissements viendront renforcer un secteur en pleine crise ces dernières années. En effet, depuis mars 2022, l’Afrique du Sud est confrontée à des pannes d’électricité prolongées. La situation du secteur national de l’électricité s’est détériorée. Selon le Courier Vietnamien, cette situation s’explique, entre autres, par le vieillissement des équipements des centrales thermiques au charbon, principale source d’électricité dans le pays.

Les centrales thermiques ne suffisent plus

Plus de 80 % de l’électricité sud-africaine est produite par des centrales au charbon. En conséquence, le pays est classé au 14e rang mondial des émetteurs de dioxyde de carbone, alors qu’il n’est que la 33e puissance économique. Un rapport publié par le cabinet de conseil allemand « VGBe » révèle que les centrales électriques à charbon sud-africaines sont en plein déclin depuis 2010, perdant ainsi près de la moitié de leur capacité de production.

Le même rapport indique que plus de 4.000 MW de la production globale des six centrales les moins performantes de la compagnie publique d’électricité Eskom sont perdus du fait de la vétusté des équipements.

La capacité d’énergie produite par les centrales thermiques sud-africaines ne parvient plus à satisfaire la demande locale. L’Afrique du Sud est aux prises avec des délestages électriques récurrents. En 2023, Eskom a imposé aux populations sud-africaines des coupures de 12 heures par jour afin de sauver le système de l’effondrement.

L’économie sud-africaine sous le poids des délestages

La crise de l’électricité affecte durement l’économie sud-africaine. Selon les chiffres du gouvernement, elle coûte plus de 50 millions de dollars US au pays par jour.

La Banque centrale sud-africaine (SARB) estime que cette situation a réduit les prévisions de croissance économique du pays en 2023 de deux points de pourcentage. PricewaterhouseCoopers, un réseau d’entreprises spécialisées dans des missions d’audit, d’expertise comptable et de conseil estime que les délestages ont coûté entre 2,4 et 2,9 points de croissance du PIB à l’Afrique du Sud en 2021, amputant l’économie de 290 000 à 300 000 emplois.

Ces coupures à répétition ont également porté un coup au secteur agro industriel du pays. Elles entravent la production. En 2023, une exploitation située à l’ouest de Johannesburg a perdu au moins 40.000 poulets. Face à cette situation, les éleveurs ont expliqué à l’AFP qu’il est impossible de nourrir le pays et créer des emplois dans de telles conditions.

Les coupures d’électricité intempestives en Afrique du Sud ont également un impact négatif sur le secteur de la restauration. Toute la chaîne de restauration du pays a subi un coup. Dans un communiqué, le géant du fast-food spécialisé dans le poulet frit, KFC, affirmait que les délestages ont entraîné des perturbations dans près de 7% de ses restaurants. Conséquence, 70 restaurants ont été temporairement fermés dans le pays.

L’urgence de la transition énergétique

En Afrique du Sud, la production nationale d’électricité ne satisfait pas la demande. De plus, cette électricité est produite à 80% par des centrales thermiques. Le réseau électrique sud-africain représente donc une opportunité d’investissement et un marché rentable (60 millions d’habitants) pour les potentiels investisseurs. Les investisseurs sud-africains peuvent s’inspirer du modèle marocain.

En effet, le royaume du Maroc se réjouit aujourd’hui des progrès effectués dans le domaine. 38% de l’électricité produite ces 15 dernières années provient d’énergies propres. Le pays veut atteindre 52% d’énergie propre d’ici 2030. Consciente de cette réalité, l’Afrique du Sud s’est réunie autour de l’Alliance africaine de l’hydrogène vert (AGHA) avec cinq autres Etats (le Kenya, l’Afrique du Sud, la Namibie, l’Egypte, le Maroc et la Mauritanie). L’objectif étant d’augmenter leur produit intérieur brut cumuléde 6 % à 12 % d’ici 2050.

Classé parmi les pays les plus industrialisés du continent, le secteur électrique sud-africain est encore à la traîne. Toutefois, le gouvernement a pris des engagements pour pallier ce problème. En 2022, l’Afrique du Sud a dévoilé son plan d’investissement pour la transition énergétique (Just Energy Transition Investment Plan – JET IP) 2023-2027, d’un montant de 83 milliards de dollars US. Le plan prévoit également 58 milliards de dollars US pour financer l’électricité, 18 milliards de dollars US pour l’hydrogène vert et 7,2 milliards de dollars US pour les véhicules à énergies nouvelles. Le secteur électrique sud-africain représente donc un vaste marché qui ne demande qu’à être exploité.

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