Que ce soit pour Luc Magloire Mbarga Atangana, le ministre camerounais du Commerce, l’Ambassadeur Aly Touré, représentant permanent de la Côte-d’Ivoire auprès des organisations internationales des produits de base à Londres, Michel Arrion, Directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao, le producteur reste le parent pauvre de la filière cacao.
En effet, pendant que la vente au détail émarge pour 44,2 % de la valeur ; le fabricant de chocolat pour 35,2 % ; le broyage pour 7,6 % ; les impôts dans les pays importateurs et le marketing pour 4,3 % ; le transport pour 2,1 %, soit au total 93,4 % de la valeur pour le secteur aval, soit 100 milliards de dollars, le producteur est contraint de se contenter de la portion congrue du gâteau, soit 6,6 %. « Ce n’est pas juste. Ce n’est pas raisonnable », de l’avis de Luc Magloire Mbarga Atangana.
Les producteurs ne demandent pas l’aumône
Le ministre camerounais du Commerce est même allé jusqu’à tancer même ceux qui ont « prétendu et soutenu que le niveau des prix au producteur, certes substantiellement relevé, était anormalement haut. Nous ne sommes pas de cet avis, que nous considérons comme non fondé. La question que l’on devrait se poser est plutôt la suivante : anormalement haut par rapport à quoi ? Non, le compte n’y est pas. Nous sommes encore loin du point d’équilibre et la balance joue toujours en défaveur des producteurs, qui demandent, non pas l’aumône, mais la justice, l’équité et la transparence ».
D’où, l’ « appel de Yaoundé pour une stabilisation du marché, pour une transparence du marché et pour un prix au producteur qui soit juste et prévisible, au même titre que la rémunération des autres acteurs. Ce n’est que de cette manière qu’ensemble, nous saurons conjuguer nos efforts pour lutter contre l’immigration clandestine des jeunes qui n’ont pour aspiration que de rester chez eux, en bénéficiant des conditions de vie à la hauteur de leur labeur », précisera le ministre du Commerce.
Et de l’avis de Luc Magloire Mbarga Atangana, le Cacao & Coffee Festival, qui se tient à Yaoundé, se veut « un rendez-vous certes festif et de découvertes, mais aussi une opportunité d’approfondissement de la réflexion pour une durabilité saine des filières, basée sur le principe de la profitabilité partagée, en somme, un rendez-vous authentique du donner et du recevoir, dans un élan de responsabilité et de transparence, le maître-mot ».
Pour sa part, Michel Arrion, Directeur exécutif de l’Organisation Internationale du Cacao, pense qu’il faut tripler le prix du cacao. Mais également, saisir l’opportunité des prix élevés actuels pour se stabiliser à ce niveau en soutenant la production, en se concertant afin d’éviter les excédents. Aussi, il faut explore de nouveaux marchés, notamment asiatiques dont la demande est estimée à environ 1 million de tonnes de cacao.
Payer le prix de la durabilité
Pour le ministre du Commerce, « c’est un contrat synallagmatique, la qualité y est, le prix doit l’être parallèlement ». Et surtout, il faut payer un prix pour la préservation de l’environnement. Pour cela, Luc Magloire Mbarga Atangana pense que « la mise en œuvre sereine des nouvelles règles décidées par l’Union Européenne, s’agissant notamment de la déforestation, qui devraient se traduire, non pas comme une sanction, mais plutôt comme une opportunité. L’étude de faisabilité sur le Projet de Paiement pour Services Environnementaux que vient de boucler l’Organisation Internationale du Cacao, sur diligences de son Directeur Exécutif, est, de ce point de vue, un pas important vers la bonne direction. Le Cameroun s’en réjouit ».