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Guy Okpodji Amani : « nous subissons la fluctuation des prix du caoutchouc mais, nous stabilisons à travers un prix du mois »

Le président de l’Association des planteurs d’hévéa de Côte d’Ivoire (Aplahci) et Administrateur de l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (Apromac) a présenté les défis et les opportunités de la filière au micro de Invest-Time. C’était le 31 mai 2025 à l’occasion de la septième édition du Salon international de l’agriculture et des ressources animales (Sara) 2025 au Parc des expositions d’Abidjan.

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Guy Okpodji Amani

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Quelles sont les principales opportunités et défis auxquels l’industrie du caoutchouc naturel est confrontée en Côte d’Ivoire aujourd’hui ? 

L’Apromac est la faitière du caoutchouc en Côte d’Ivoire. L’Apromac c’est l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) de la filière hévéa. Elle est reconnue par l’Etat depuis le 26 février 2020. L’association est constituée de deux collèges : le collège des producteurs et celui des premiers transformateurs. Les défis que nous rencontrons il y a trois ans, notre production était supérieure à la demande et il n’y avait pas d’unités installées pour l’absorber.

Ces unités sont aujourd’hui disponibles et la production est en dessous de la capacité de transformation. Donc, notre défi aujourd’hui c’est d’inciter les deuxièmes transformateurs à investir dans ce pays (Côte d’Ivoire ndlr). Nous sommes numéro un africain et troisième mondial. Nous avons besoin d’atteindre le niveau de la deuxième transformation. La première transformation est déjà bien meublée ici.  

Comment l’association accompagne-t-elle les producteurs et transformateurs pour améliorer la qualité et la compétitivité du caoutchouc ivoirien sur le marché mondial ? 

Nous avons 50 ans d’existence. Nous accompagnons nos producteurs dans la création de leurs plantations. À cela s’ajoute l’encadrement technique, nous construisons des routes. Nous mettons également en place un mécanisme de soutien à l’équipement de plantation. L’Apromac mène ces actions à travers le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (Firca). Nous avons aussi l’étude des maladies faite par le Centre national de recherche agronomique (Cnra) qui rend compte à la faitière.

L’Apromac accompagne également les usiniers dans la captation de la production, la formation des techniciens aux métiers de l’usinage. Nous disposions d’une structure de trading pour accompagner dans la vente. Les deux collèges de l’association sont bien pris en compte.

Qu’est-ce qui fait la force du caoutchouc ivoirien sur le marché africain et mondial ?

Le caoutchouc ivoirien est réputé être de bonne qualité parce qu’il est issu d’un bois greffé. Il y a deux catégories de bois : le bois à l’état sauvage dont on ramasse les graines pour planter et le bois greffé. Le bois sauvage produit du latex riche en eau. Nous avons poussé la réflexion et la Côte d’Ivoire compte plus de sept coins vulgarisés où l’on trouve des plantes greffées. Lorsque le greffage est fait et que nous avons les clowns qui sortent, le latex a plus de caoutchouc naturel que de l’eau. Le caoutchouc ivoirien est de bonne qualité parce qu’il a un DRC (Teneur en caoutchouc sec, ndlr) très élevé.

Quelle est la place du développement durable et des pratiques responsables dans l’exploitation du caoutchouc naturel en Côte d’Ivoire ? 

Aujourd’hui, nos travailleurs sont formés à la pratique de l’agriculture durable. Les emballages ne sont pas jetés dans des champs, nos engrais ne sont pas trop chimiques car nous utilisons du compost. Nous apprenons à nos agriculteurs comment faire du compost. Aussi, les enfants ne travaillent pas dans nos plantations.

Une plantation d’hévéa est une Petite et moyenne entreprise qui emploie. Le planteur et l’usinier sont des employeurs. Nous avons des saigneurs, des régisseurs, etc. Nous créons des emplois directs dans la durabilité.  Nous faisons des cultures associées. Les quatre premières années de l’hévéa, sont faites avec du vivrier. Nous associons la banane, l’igname, l’ananas, le piment entre autres à la culture de l’hévéa jusqu’à la quatrième année, lorsque la couronne est fermée.

Face aux fluctuations des prix internationaux, quelles stratégies sont mises en place pour assurer la stabilité et la rentabilité des acteurs locaux ? 

Nous ne pouvons pas garantir un prix sur la quantité que nous produisons. Chez nous, nous avons un mécanisme spécial de prix. Nous entrons actuellement dans le mois de juin. Le prix de cette période est défini depuis le mois de mai. Le caoutchouc est vendu chaque jour sur le marché. Notre mécanisme consiste à faire la moyenne du mois passé moins un moins un pour permettre à tout le monde de livrer. Pour ce qui est du prix, il commence du 1er du mois et va jusqu’au 31. Nous subissons la fluctuation mais nous stabilisons à travers un prix mois fixé du 1er au 31. …

Comment l’innovation et la technologie peuvent-elles transformer l’avenir de la filière du caoutchouc naturel dans le pays ?

La Côte d’Ivoire a déjà bien avancé dans ce sens avec par exemple l’utilisation des couteaux intelligents pour la saignée. Ce couteau rend le travail moins pénible. Il a une autonomie de six heures. Il faut respecter deux critères pour saigner : la profondeur et la consommation. Cet outil permet de respecter au millimètre près. Le couteau intelligent est calibré à la bonne mesure. Il ne perce pas plus et ne perce pas moins que ce qu’on lui commande. Il permet aussi de saigner plus rapidement. Je l’utilise dans mes plantations.

La technologie est importante, elle peut nous aider à être plus compétitifs et nous sommes prêts à nous arrimer. Aujourd’hui, nous utilisons des systèmes de vidéosurveillance pour suivre l’évolution de la production d’hévéa dans les plantations.

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