Pourquoi le Gabon interdit-il l’exportation brute de son manganèse ?

Le premier Conseil des ministres de la Ve République gabonaise s'est tenu le 30 mai 2025 au Palais de la Présidence. À l'issu de celui-ci, une décision historique a été prise relativement à l'exploitation du manganèse, visant à affermir la souveraineté économique du Gabon.

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Au rang des mesures prises lors du Conseil tenu fin mai 2025 à Libreville, figure l’interdiction formelle de l’exportation du manganèse gabonais à l’état brut. Cette mesure entrera en vigueur à compter du 1er janvier 2029. Le Gabon, pays d’Afrique centrale est le deuxième producteur mondial de manganèse, ressource stratégique, avec 10,3 millions de tonnes produites en 2024. À travers cette décision, les autorités engagent le pays sur la voie d’une politique industrielle ambitieuse, axée sur la transformation locale des matières premières, la montée en compétence de la main-d’œuvre nationale, la maîtrise des chaînes de valeur technologique et la consolidation des recettes fiscales, entre autres. 

Pour concrétiser cette décision, une période transitoire de trois ans est accordée aux opérateurs du secteur pour procéder aux investissements requis, afin d’assurer une mise en œuvre progressive et irréversible de cette orientation souveraine.

Prendre le contrôle des ressources minières 

De nombreux observateurs et experts jugent cet aménagement faisable tout en admettant quelques réserves.

Je ne vois pas Comilog transformer la totalité de sa production localement, le Complexe métallurgique de Moanda(C2M) a montré ses limites (moins de 5% de la production passe par là et avec trop de problèmes technique ). Faire passer sept à neuf millions de tonnes dans cette unité dans trois ans sera une mission impossible. Les chinois de Ndjole ont conçu le projet d’exploitation de manganèse de cette ville juste pour I’exportation car les teneurs ne sont pas intéressantes et les réserves tendent vers leur épuisement. Il en est de même avec la mine de Franceville et d’Okondja, produit pas de bonne qualité qui ne justifie pas de monter une unité de transformation, sauf si I’enrichissement du minerais c’est deja la transformation. Donc le Gabon est entrain de pousser ces compagnies à la sortie.. ce qui est une très bonne chose afin de reprendre le contrôle sur ses ressources minières,

Dr Bareja Youmssi

Tentative de nationaliser Moanda ?

L’interdiction de l’exportation du manganèse brut, pourrait ouvrir la voie au Gabon pour reprendre le contrôle sur ses ressources minières, dont les chaînes de valeur sont largement sous le contrôle des étrangers.

Je vois derrière cette décision du conseil des ministres du 30 Mai 2025, une tentative de nationalisation des mines de manganèse de moanda (Comilog- Eramet), de Franceville, (Nogamining) et Ndjole (Citic),

Dr Bareja Youmssi

affirme l’expert en mines. Pour l’expert, la Société Équatoriale des Mines (SEM), – qui est une société publique gabonaise à gestion privée qui a pour missions, au nom et pour le compte de l’Etat gabonais, de détenir et gérer sa participation dans les sociétés minières -, devrait déjà se préparer à prendre le contrôle des mines dans les trois prochaines années. À noter que Comilog, filiale du groupe Eramet est le principal exploitant de manganèse au Gabon. L’entreprise a d’ailleurs annoncé avoir pris note de cette décision, apprend-on. 

Quid du fer et autres minerais…

Les réserves gabonaises de manganèse sont estimées à 61 millions de tonnes, bien que selon les experts, ces réserves sont plus abondantes. Pour l’année en cours, le Gabon espère produire 11,08 millions de tonnes de manganèse, contre 10,3 millions de tonnes en 2024 et 7,4 en 2023. Le pays est aussi connu pour son riche potentiel en minerais tel que le fer. Une situation qui interpelle.

Cette décision doit s’étendre sur les autres substances sinon je ne comprends pas la pertinence de l’imposer juste sur le manganèse alors que nous avons deux grands projets de fer qui seront mis en exploitation bientôt ( Baniaka et Belinga),

Dr Bareja Youmssi

Cependant au Gabon, l’industrialisation du secteur minier est ralentie par une offre énergétique déficitaire, dû au manque d’infrastructures énergétiques. Les autorités du pays ont entrepris la réalisation de grands projets énergétiques, tels que la construction du barrage hydroélectrique de Booué (600 MW) ; la centrale hydroélectrique de Ngoulmendjim (82 MW) ; la centrale solaire d’Ayémé (120 MW) et la centrale solaire d’Oyem (50 MW) entre autres. En 2023, le Gabon disposait d’un mix énergétique de 704 MW. Le pays cible une capacité de 1 280 MW au cours des prochaines années.

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