CEEAC : le Rwanda annonce son retrait après le sommet de Malabo

Empêché d’accéder à la présidence tournante de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), le Rwanda a annoncé samedi 07 juin 2025 son retrait de l’organisation, dénonçant une « instrumentalisation » par la République démocratique du Congo (RDC) et ses alliés. À l’issue du 26ᵉ sommet ordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

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Le Rwanda devait prendre, cette année, la tête tournante de l’organisation régionale. Mais le passage de témoin n’a pas eu lieu. Sous la pression de la RDC et ses alliés, la Conférence des chefs d’État a décidé de prolonger d’une année supplémentaire le mandat du président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, déjà en poste. Une décision prise dans un climat tendu, en présence de sept dirigeants sur les onze États membres.

La Conférence a différé à un autre moment le passage de la présidence en exercice tournante de la communauté à la République du Rwanda et a par conséquent décidé de maintenir Son Excellence Obiang Nguema Mbasogo comme président en exercice pour une durée supplémentaire d’une année

communiqué final.

Des tensions nourries par le conflit à l’est de la RDC

Derrière ce bras de fer institutionnel, se cache en réalité l’escalade militaire dans l’est de la RDC. Depuis plusieurs mois, les rebelles du Mouvement du 23-Mars (M23), multiplient les offensives dans les provinces congolaises du Nord-Kivu. Plusieurs rapports des Nations unies et des États-Unis accusent le Rwanda de fournir une aide militaire aux rebelles, responsables de massacres et de déplacements massifs de civils.

Face à cette crise sécuritaire, Kinshasa a engagé un intense lobbying auprès des instances régionales et internationales pour faire pression sur Kigali. Une stratégie jugée « inacceptable » par le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe: 

Alors que des efforts diplomatiques sont en cours entre Kigali et Kinshasa, la RDC continue de se plaindre dans toutes les organisations régionales et internationales en accusant le Rwanda de ses propres turpitudes

Ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe: 

Dans un communiqué officiel publié dans la foulée du sommet de Malabo, Rwanda a dénoncé une « instrumentalisation » flagrante de l’organisation.

Le Rwanda déplore l’instrumentalisation de la CEEAC par la RDC, avec le soutien de certains États membres. Cette dérive s’est manifestée lors du 26e Sommet, où le droit du Rwanda à la présidence rotative, tel que stipulé dans l’article 6 du traité, a été délibérément ignoré

accuse le ministère rwandais des Affaires étrangères. Résultat : Kigali ne voit plus « aucune utilité » à demeurer membre d’une organisation « contraire à ses principes et son utilité ».

Un impact économique limité

Malgré la portée politique de cette décision, ses conséquences économiques devraient rester limitées.

<< Cela ne coûte pas grand-chose au Rwanda de quitter l’organisation>> estime Thierry Vircoulon, chercheur associé au Centre Afrique de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Même constat pour Djimadoum Mandekor, ancien directeur central de la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC) …

L’ensemble des échanges commerciaux entre les pays de la CEEAC ne représente même pas 2% de leur commerce extérieur. L’immense majorité, 98%, se fait avec le reste du monde.

Cette crise intervient alors que la CEEAC prépare le lancement de sa zone de libre-échange, prévu pour le 30 août 2025. Un projet censé stimuler l’intégration économique d’une région marquée par une faible coopération inter-États.

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