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Afrique : le juteux business mais ignoré du recyclage des déchets

69% des déchets sont déversés à ciel ouvert et souvent brûlés en Afrique sub-saharienne. 24% des déchets sont éliminés sous une forme quelconque et environ 7% sont recyclés ou récupérés. 19 des 50 plus grandes décharges du monde sont situées en Afrique sub-saharienne. Selon Modor Intelligence, la taille du marché africain de la gestion des déchets devrait passer de 20,69 milliards USD en 2023 à 26,39 milliards USD d’ici 2028. La production de déchets en Afrique devrait atteindre 244 millions de tonnes par an d'ici 2025.

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Depuis quelques années, le secteur de la récupération connaît un engouement sans précédent. Ceci s’explique par la flambée des cours des métaux, que ce soit le plomb, le bronze, le cuivre ou le fer, en raison de la forte demande des pays émergents asiatiques comme la Chine et l’Inde.

Ferraille, épaves d’automobiles, aluminium, canettes de boissons, fils de cuivre et déchets électroniques sont recyclables. Le processus consiste à les fondre à des températures allant jusqu’à 1000°C dépendamment du métal.

Ensuite, on y ajoute des matériaux désoxydés ou autres matières fusionnées pour enfin être reconditionnés et donner de nouveaux produits finis. Le recyclage des métaux se fait par type de métal: fer, aluminium, cuivre, acier, alliage de chaque type, etc. Ainsi, avant toute fusion, plusieurs étapes de tri ont lieu pour séparer les différents types les uns des autres. Avec une population de plus d’un milliard d’habitants, l’Afrique reste un nain dans la production d’un des principaux produits industriels, l’acier. Selon l’Association mondiale de l’acier, l’Afrique n’a produit que 0,6% de l’acier brut mondial en 2016.

Les chiffres montrent que cette part était plus importante en 2006 avec 1,5% de la production mondiale. Pourtant, le minerai ne manque pas sur le continent, que ce soit en Mauritanie ou au Congo, mais l’extraction du fer ne représente que 4% de la production mondiale, alors que le continent en détiendrait 24% des réserves. Il est vrai que les investissements dans le secteur sidérurgique n’ont pas toujours donné les résultats espérés, que ce soit pour des questions de gestion ou en raison de la féroce concurrence internationale, née notamment de la surproduction chinoise.

Le recyclage, une industrie prometteuse au Nigeria

Faute de traitement des ordures, des monticules de déchets s’étirent le long des routes du Nigeria. Mais dans le pays le plus peuplé et la première économie d’Afrique, des entreprises s’attaquent à ces vastes décharges, gagnent de l’argent et créent des emplois.

Romco Metals a ainsi commencé à recycler l’aluminium en 2015 près de Lagos, dans le sillage de la hausse de la demande mondiale de métal léger, solide et flexible. Portée par ses bons résultats, Romco mène un ambitieux plan d’expansion.

Après avoir installé une deuxième usine près de la capitale ghanéenne Accra, elle prévoit maintenant d’en ouvrir au moins trois autres en Afrique et de tripler sa production d’ici à 2025.

Enregistrée au Royaume-Uni, Romco fond et recycle chaque mois près de 1.500 tonnes d’aluminium mis au rebut, pour une capacité de 3.000 tonnes. Elle dit avoir créé 450 emplois directs – et permis la création de 5.000 emplois au total – et prévoit de doubler ce chiffre.

Néanmoins, la collecte de ces déchets reste faible. Seule une maigre partie des déchets est recyclée au Nigeria, pays de quelque 210 millions d’habitants. Pour la seule ville de Lagos, qui compte plus de 20 millions d’habitants, moins de 10% des déchets recyclables sont collectés aujourd’hui, explique à l’AFP Ibrahim Adejuwon Odumboni, directeur de l’agence de gestion de l’Etat de Lagos.

L’Afrique veut donner une deuxième vie aux déchets

En 2018, un rapport de la Banque Mondiale estimait que l’Afrique devrait produire trois fois plus de déchets à l’horizon 2050.

L’Afrique subsaharienne a généré 174 millions de tonnes de déchets en 2016, avec un taux de 0,46 kilogramme par habitant et par jour,

précise le rapport.

Toujours selon ce rapport de la Banque Mondiale, en Afrique sub-saharienne, 69% des déchets sont déversés à ciel ouvert et souvent brûlés. 24% des déchets sont éliminés sous une forme quelconque et environ 7% d’entre eux sont recyclés ou récupérés.

Néanmoins, des projets fleurissent pour faire face à cette problématique, comme Africompost qui propose de faire du compost à partir des déchets et de l’utiliser pour les cultures agricoles. Un projet proposé aux villes en développement, notamment celles d’Afrique subsaharienne. Celui-ci est piloté par la fondation française GoodPlanet, dont Claire Sellier était la chargée de projet :

On a mené ce projet dans trois pays : le Togo, le Cameroun et Madagascar.

L’objectif étant de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, produits par les déchets.

A chaque projet mené, on compare le scénario avec le projet (qui réduit les émissions de gaz à effet de serre), et sans le projet. Ensuite, on propose à des entreprises d’adopter ces projets,

précise Claire Sellier.

En Côte d’Ivoire, l’entreprise Coliba souhaite revaloriser les déchets plastiques dans le pays mais aussi sensibiliser les plus jeunes aux problématiques environnementales. Les membres de Coliba se rendent dans des écoles pour donner des cours sur le tri et la gestion des déchets auprès des enfants.

La fondation GoodPlanet mise également sur cette sensibilisation dès le plus jeune âge pour lutter contre la problématique des déchets, dans le futur.

Au Togo, des jeunes élèves étaient invités à voir le projet, car il faut une prise de conscience,

selon Claire Sellier. Elle ajoute qu’il faut

former les jeunes générations à ces questions de déchets pour réduire voire éradiquer ce problème.

Gestion des déchets : un marché de 20,69 milliards USD en 2023

Selon Modor Intelligence, la taille du marché africain de la gestion des déchets devrait passer de 20,69 milliards USD en 2023 à 26,39 milliards USD d’ici 2028, à un TCAC de 4,98% au cours de la période de prévision (2023-2028). Le marché est stimulé par les initiatives et les projets gouvernementaux.

En outre, le marché est stimulé par les entreprises émergentes dans le secteur pour augmenter les besoins de recyclage. La plupart des services de collecte des déchets solides municipaux dans de nombreux pays africains sont inadéquats.

Avec une moyenne de 57% des déchets en Afrique étant organiques biodégradables, la majeure partie des déchets est déversée. Environ 90% des déchets générés en Afrique sont rejetés dans les terres, généralement dans des décharges incontrôlées et contrôlées. Seulement environ 4% des déchets générés en Afrique sont recyclés, souvent par des acteurs informels (comme pour la réutilisation).

Par rapport au minuscule taux de recyclage du continent, l’Afrique du Sud se distingue comme un phare brillant. Le pays a consommé environ 3,4 millions de tonnes d’emballages (verre, papier, métal et plastique) en 2021, dont environ 54% ont été collectés pour le recyclage, contre une moyenne continentale de 4%.

Outre le succès de l’Afrique du Sud, la situation reste sombre pour les services de collecte de la plupart des pays africains terriblement inadéquats. Le taux moyen de collecte des déchets est faible (principalement des déchets organiques) et la majorité d’entre eux sont déversés, même si cela pourrait offrir d’importantes opportunités socio-économiques.

Le recyclage est en train de devenir une entreprise viable dans toute l’Afrique, davantage motivé par la pauvreté, le chômage et les besoins socio-économiques que par la conception du secteur public ou privé. Une armée de collecteurs de déchets non rémunérés gagne sa vie en récupérant des ressources précieuses à peu ou pas de frais pour les municipalités ou les entreprises privées.

Le marché africain de la gestion des déchets est de nature assez fragmentée et très compétitif en termes de prix. Avec plusieurs concurrents régionaux et internationaux, dont Averda, Enviroserv, Interwaste, WasteMart, Universal Recycling Company, Desco et PETCO, l’industrie est fragmentée.

Plusieurs entreprises locales ont offert à leurs clients une gamme complète de services à valeur ajoutée rentables tout en appuyant sur l’expérience acquise en Afrique. Les grandes entreprises se concentrent sur la création de méthodes de pointe pour éliminer les ordures d’une manière écologiquement durable.

L’Afrique a besoin de sociétés de gestion des déchets compétentes qui respectent les réglementations légales et gèrent efficacement les problèmes de déchets.

244 millions de tonnes par an d’ici 2025 en Afrique

Selon ONU-Habitat, la population urbaine en Afrique augmente à un rythme plus rapide que sur tout autre continent (3,5% par an). Bien que la production de déchets soit actuellement plus faible en Afrique que dans les pays développés, l’Afrique subsaharienne devrait devenir la région dominante au niveau mondial, en termes de production totale de déchets si les tendances actuelles persistent.

La production de déchets en Afrique, comme dans d’autres régions en développement du monde, est alimentée par la croissance démographique, l’urbanisation rapide, l’augmentation de la classe moyenne, l’évolution des habitudes de consommation et des modes de production, ainsi que le commerce et le trafic de déchets à l’échelle mondiale.

En 2016, l’Afrique a généré un total de 174 millions de tonnes de déchets. Les plus gros générateurs de déchets sont les pays à revenu intermédiaire ou ceux qui comptent une importante population touristique. La production de déchets en Afrique devrait atteindre 244 millions de tonnes par an d’ici 2025. Le taux de croissance de la production de déchets en Afrique devrait être si important que toute diminution de la production de déchets prévue dans d’autres régions du monde sera éclipsée par l’Afrique.

En moyenne, les déchets en Afrique sont composés de 57% de matières organiques et de 13% de matières plastiques, dont la majorité est actuellement mise en décharge, mais qui pourraient représenter des opportunités socio- économiques importantes pour les pays et leurs populations.

La plus grande partie du budget consacré à la gestion des déchets solides dans les pays en développement va à la collecte des déchets. Pourtant, selon l’étude What a Waste 2.0 de la Banque mondiale, moins de la moitié des déchets produits en Afrique est collectée de manière formelle.

La collecte des déchets est souvent inexistante dans les zones rurales. Le taux moyen de collecte des déchets sur le continent devrait passer à 69% d’ici 2025. Plus de 90 % des déchets produits en Afrique sont éliminés dans des décharges non contrôlées, souvent accompagnées de brûlages à l’air libre. 19 des 50 plus grandes décharges du monde sont situées en Afrique, toutes en Afrique sub-saharienne.

Le recyclage est apparu dans toute l’Afrique, davantage motivé par la pauvreté, le chômage et les besoins socio-économiques que par la conception des secteurs public et privé. On estime que 70 à 80 % des déchets solides générés sont recyclables, mais seulement 4 % des déchets solides sont actuellement recyclés. Les collecteurs de déchets informels sont actifs dans la récupération de ressources précieuses à partir des déchets, à un coût faible ou nul pour les secteurs public et privé.

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