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Louis Banga Ntolo (DG BVMAC) : « une PME peut aujourd’hui lever des fonds sur le marché, même lorsqu’elle est encore en phase de construction »

Dans un contexte économique où le financement reste un frein majeur pour les entreprises en zone CEMAC, la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) entend jouer un rôle clé dans la dynamisation du marché des capitaux. Son directeur général, Louis Banga Ntolo, détaille les avancées structurelles récentes, les assouplissements réglementaires en faveur des PME, les types de produits disponibles sur la place boursière et les signaux d’ouverture envoyés aux investisseurs internationaux. Pour lui, la bourse devient une véritable alternative au financement bancaire classique.

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Monsieur le Directeur Général, comment évaluez-vous aujourd’hui la profondeur réelle du marché boursier en zone CEMAC ?

La profondeur est convenable, mais elle n’est pas encore au niveau que nous souhaiterions. Quand je parle de profondeur, je fais référence à la capitalisation boursière et aux encours de dette cotés sur le compartiment obligataire. Ces deux indicateurs ont fortement progressé depuis la fusion : la capitalisation boursière est passée de 153 milliards à 463 milliards de FCFA, ce qui est encourageant. Quant aux encours de dette, ils sont passés de 650 milliards à 1 490 milliards de FCFA. La croissance est donc exponentielle. Cela dit, en comparaison avec d’autres bourses, il reste une marge de progression importante. Nous y travaillons activement.

Quels produits financiers sont aujourd’hui disponibles sur votre marché pour les investisseurs en quête de rendement ?

Nous ne parlons pas de “proposer” des produits aux investisseurs, car cela pourrait laisser entendre que nous faisons du conseil en investissement, ce qui est une activité réglementée. Nous préférons dire que certains produits sont disponibles sur notre marché. Il s’agit principalement des actions, qui sont des titres de propriété dans des entreprises. Actuellement, nous comptons six émetteurs sur ce compartiment, qu’il s’agisse de banques, d’agro-industries ou encore d’une compagnie d’assurances. En plus des actions, il y a les obligations, qui sont des titres de créance. Nous avons aussi bien des obligations d’États ; qui présentent l’avantage de ne pas être fiscalisées au niveau du coupon que des obligations dites “corporate”, émises par des établissements de micro finances comme ACEP ou Alios Finance Cameroun. Enfin, nous disposons également de parts de fonds, créés par des sociétés de gestion de portefeuille. Ce sont donc ces trois grandes catégories de produits qui sont actuellement disponibles.

Le climat réglementaire actuel vous freine-t-il ou constitue-t-il un levier dans l’accomplissement de vos missions ?

Il ne nous freine pas, au contraire. Nous sommes même un acteur de la régulation. Nous participons à l’élaboration de la réglementation du marché et nous cherchons à alléger certaines contraintes pour encourager les entreprises à venir chercher des ressources auprès du public. Notre rôle consiste justement à rendre ces conditions plus attractives et adaptées au contexte sous-régional.

Quelles actions avez-vous engagées pour stimuler la cotation des entreprises locales ?

Nous avons réaménagé les conditionnalités prévues dans notre règlement général. Concrètement, une petite ou moyenne entreprise peut aujourd’hui lever des fonds sur le marché même lorsqu’elle est encore en phase de construction. Il lui suffit de présenter un business plan certifié par un commissaire aux comptes pour être éligible. Nous avons aussi abaissé le montant minimal requis pour une opération sur le marché de la dette : il est passé de 200 millions à 50 millions de FCFA. Cela permet aux entreprises de calibrer leur levée de fonds en fonction de leurs besoins réels. Pour les grandes entreprises, nous avons assoupli l’obligation d’ouverture du capital. Au lieu d’un minimum de 20 %, elles peuvent désormais se contenter d’ouvrir 10 % de leur capital social. Cette ouverture peut ensuite évoluer graduellement à 15 %, voire 25 %, selon les besoins. Ces mesures visent à faciliter l’accès au marché pour toutes les entreprises locales, en tenant compte de la réalité de notre tissu économique, composé à 80 ou 90 % de PME.

La BVMAC est-elle aujourd’hui prête à accueillir des investisseurs institutionnels étrangers ? Et quels signaux leur adressez-vous ?

Le cadre réglementaire positionne déjà la BVMAC comme une bourse ouverte à l’épargne internationale. Aujourd’hui, nous constatons que la diaspora participe aux émissions de titres cotés, tout comme certains fonds de pension internationaux et des banques de développement. Cela démontre que notre marché est attractif. En réalité, nous sommes une institution pensée dès le départ pour canaliser l’épargne extérieure vers le financement de la croissance des entreprises et des États de la sous-région.

Quelles contributions la BVMAC apporte-t-elle à la compétitivité économique de la zone CEMAC ?

Nous jouons un rôle clé dans le financement des économies locales. La BVMAC permet à l’épargne internationale comme nationale de rencontrer les besoins des entreprises résidentes. Nous sommes à ce jour le seul acteur capable de mobiliser à la fois l’épargne domestique et l’épargne extérieure au profit du développement local. Cela constitue une alternative crédible au financement bancaire classique. La bourse offre une flexibilité dans les modalités de remboursement, et parfois même un financement sans endettement : lorsqu’un investisseur achète des actions, il ne prête pas de l’argent, il devient actionnaire. Cette souplesse est une spécificité du marché financier, qui permet de répondre aux défis de la croissance.

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