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Gabon : comment réussir l’ajustement avec le FMI sans sacrifier la croissance ?

Alors que le Gabon s’engage dans la perspective d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI), le débat dépasse largement le cadre national. Pour de nombreux pays africains, confrontés à la montée de l’endettement, à la volatilité des matières premières et à des besoins massifs de financement du développement, la question est devenue centrale : comment s’ajuster sans compromettre la croissance et l’inclusion économique ?

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Abebe Aemro Selassie, le directeur du département Afrique du FMI, reçu par Brice Clotaire Oligui Nguema, le 5 novembre 2025, à Libreville. © Présidence de la République Gabonaise

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Au Gabon, cette interrogation trouve un écho particulier dans une tribune récente de quatre économistes gabonais, professeurs et maîtres de conférences issus de l’Université Omar Bongo et de l’Institut National des Sciences de Gestion. L’intérêt de la tribune des universitaires gabonais réside dans son diagnostic, largement transposable à d’autres économies africaines riches en ressources naturelles. L’économie gabonaise reste dominée par le pétrole, qui représente entre 38,5 % et 50 % du PIB, selon les cycles des prix. Le manganèse et le bois complètent cette structure, portant à 97 % la part de ces trois produits dans les exportations.

Ce modèle extractif, que l’on retrouve dans plusieurs pays africains, limite la création de valeur locale, fragilise l’emploi et expose les finances publiques aux chocs exogènes. Le tissu productif reste étroit, avec un secteur privé dominé par quelques grandes entreprises et des TPE/PME insuffisamment structurées pour jouer leur rôle de moteur de croissance.

Une trajectoire budgétaire préoccupante

Sur le plan des finances publiques, la situation gabonaise illustre les tensions auxquelles sont confrontés de nombreux États africains. La dette publique a atteint 8 606 milliards de FCFA fin octobre 2025, en hausse de plus de 20 % en un an, sur fond de déficit budgétaire estimé à 5,2 % du PIB. Faible mobilisation des recettes, exonérations fiscales excessives, poids du secteur informel et inefficience administrative alimentent une dynamique qui accroît la vulnérabilité macroéconomique et pèse sur les réserves de change et le système bancaire.

Une méfiance héritée du passé, partagée à l’échelle africaine

Comme dans de nombreux pays africains, la perspective d’un programme avec le FMI suscite au Gabon une méfiance profonde. D’après certains gabonais, les programmes des années 1980 et 1990 restent associés à l’austérité, aux coupes budgétaires brutales, aux privatisations mal préparées, à la montée du chômage et à une impression de perte de souveraineté économique.

Cette mémoire collective n’est pas propre au Gabon. Elle traverse le continent. Pourtant, le contexte économique actuel rend le statu quo intenable, tant au niveau national que régional. Lors de la Conférence extraordinaire des chefs d’État de la CEMAC du 22 janvier 2026, les institutions sous-régionales et le FMI ont dressé un constat clair : les déséquilibres macroéconomiques appellent des réponses urgentes et crédibles. Dès lors, la question stratégique devient : comment concevoir un programme d’ajustement compatible avec une trajectoire de croissance africaine durable ?

Ajustement intelligent : vers un État stratège africain

L’un des apports majeurs de la tribune est de rappeler que discipline budgétaire et développement ne sont pas incompatibles, à condition de repenser le rôle de l’État. Les auteurs plaident notamment pour un ajustement sélectif et productif, qui évite les coupes uniformes à fort impact récessif et privilégie : l’éducation et le capital humain, la santé et la protection sociale ciblée, les infrastructures critiques, les investissements directs nationaux.

Cette approche s’inscrit dans une vision de l’État stratège, ni rentier ni minimaliste, mais capable d’orienter la transformation structurelle, de corriger les défaillances du marché et de mobiliser les compétences locales, notamment universitaires. Une réflexion qui résonne avec les débats actuels sur la politique industrielle et la souveraineté économique en Afrique.

Refonder le capitalisme national : un enjeu clé pour l’investissement africain

Pour les investisseurs panafricains, l’enjeu central ne réside pas uniquement dans la stabilisation macroéconomique, mais dans la capacité du pays à créer un environnement favorable à l’investissement productif. Les économistes gabonais soulignent que les ajustements passés ont souvent échoué à transformer le tissu économique, faute d’avoir placé le secteur productif national, en particulier les TPE/PME, au cœur des réformes. Le problème n’est pas seulement l’accès au crédit, mais la perception excessive du risque qui exclut ces entreprises des circuits de financement.

Sans mécanismes de financement patient, d’accompagnement structuré et de conditionnalité orientée vers la productivité, un programme FMI risque d’améliorer les équilibres budgétaires sans stimuler l’investissement, l’emploi et la création de valeur locale.

Transformer l’ajustement en opportunité

Au-delà du cas gabonais, cette réflexion pose une question centrale pour l’Afrique : comment utiliser les programmes avec les institutions financières internationales comme des leviers de transformation, et non comme de simples exercices de stabilisation ? La réponse avancée par les universitaires est claire : l’ajustement doit être approprié nationalement, inscrit dans une vision de long terme et adossé à une stratégie de diversification et de montée en gamme du système productif.

Refuser l’ajustement par peur du passé serait une erreur. Mais l’accepter sans projet économique clair serait tout aussi risqué. Le véritable enjeu pour le Gabon — et pour de nombreux pays africains — est de faire de cette contrainte une opportunité historique de refondation économique.

 

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