Le classement des pays africains disposant des plus importantes réserves d’or et de change illustre cette réalité contrastée. La Libye arrive en tête avec 92,9 milliards de dollars, suivie de l’Algérie (83 milliards de dollars) et de l’Afrique du Sud (65,4 milliards de dollars). Viennent ensuite l’Égypte (44,9 milliards de dollars) et le Nigeria (38,6 milliards de dollars), puis le Maroc (37,1 milliards de dollars), l’Angola (14,2 milliards de dollars), le Kenya (10,1 milliards de dollars), la Tunisie (9,3 milliards de dollars) et la Côte d’Ivoire (7,4 milliards de dollars).
Ce palmarès met en lumière des capacités financières très inégales, mais surtout des marges de manœuvre différentes pour investir dans l’exploration, l’exploitation et la transformation de l’or. Cependant, posséder de grandes réserves ne garantit pas automatiquement l’attractivité économique. Ce sont surtout la stabilité politique, la clarté du cadre réglementaire minier et la crédibilité des institutions qui déterminent l’arrivée des capitaux étrangers. L’Afrique du Sud continue de séduire par son industrie minière structurée et son expertise historique, tandis que l’Égypte attire de nouveaux investisseurs grâce à une ouverture récente du secteur aurifère et à des appels d’offres plus transparents. À l’inverse, des pays au potentiel immense comme le Nigeria ou la RDC peinent encore à capter pleinement les investissements en raison de défis liés à la gouvernance, à la sécurité ou aux lourdeurs administratives.
La conjoncture internationale joue également un rôle clé. Dans un contexte marqué par l’incertitude géopolitique et la volatilité des marchés financiers, l’or demeure une valeur refuge. Cette tendance stimule l’intérêt des grandes compagnies minières pour l’Afrique, considérée comme l’une des dernières grandes frontières aurifères mondiales, avec des gisements encore largement sous-exploités.
Sur le plan de la production, 2026 s’annonce comme une année décisive. Le Ghana devrait conserver sa place de premier producteur d’or du continent, avec une production estimée entre 4,5 et 5 millions d’onces. Le Mali, le Burkina Faso et la Tanzanie consolident leurs positions grâce à de nouvelles mines industrielles et à l’extension de sites existants. Parallèlement, le Kenya et la RDC émergent progressivement comme de nouveaux pôles aurifères, portés par des découvertes récentes et des partenariats public-privé dans l’exploration.
La transformation locale devient un enjeu stratégique pour plusieurs pays producteurs. En Afrique du Sud, la Rand Refinery reste l’une des plus grandes raffineries d’or au monde et un pilier du secteur. Au Ghana, la Gold Coast Refinery vise à réduire l’exportation d’or brut et à capter plus de valeur locale. Le Sénégal et le Nigeria avancent également sur des projets de raffinage pour structurer leur chaîne de valeur aurifère. Par ailleurs, une partie importante de l’or africain continue d’être raffiné à Dubaï, qui demeure un hub international de raffinage.
Au-delà des volumes extraits, l’enjeu majeur pour 2026 reste la transformation locale de l’or. Plusieurs États africains s’investissent à développer des raffineries, des centres de traitement et des chaînes de valeur intégrées afin de capter une part plus importante des revenus générés par ce métal précieux. Cette stratégie vise à réduire l’exportation d’or brut, créer des emplois industriels et renforcer la souveraineté économique du continent.
Ainsi, l’Afrique se trouve à la croisée des chemins : soit continuer à exporter massivement son or brut, soit convertir cette richesse en véritable moteur d’industrialisation. Si les réformes se poursuivent et que les investissements suivent, 2026 pourrait marquer un tournant majeur vers une Afrique productrice, transformatrice et stratégiquement incontournable sur le marché mondial de l’or.
