Le gouvernement nigérien a décidé d’interdire temporairement les exportations du bétail vers les marchés voisins, alors que la fête du mouton est prévue dans quelques semaines. La mesure a été annoncée, le 09 mai 2025 par le ministère du Commerce et de l’Industrie, via un communiqué largement relayé par la presse locale du pays sahélien.
Les autorités justifient l’interdiction par la nécessité de protéger le marché intérieur et de le préserver contre des risques de tension et d’inflation à l’approche de la fête du sacrifice, l’Aid el-Adha. Il est question, selon le ministre du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, de rendre le bétail disponible pendant cette fête où le mouton est très sollicité par les ménages, dans ce pays dont la population est constituée à plus de 90% de musulmans.
La colère des éleveurs
Cependant, la décision est loin de mobiliser l’adhésion des acteurs de la profession. La Fédération Ensemble pour l’élevage, qui regroupe une cinquantaine d’associations de la filière, a d’ores et déjà émis des réserves par rapport à cette solution préconisée par les autorités pour lutter contre d’éventuelles surenchères sur le marché du bétail. Elle dénonce une « mesure brutale et contre-productive ».
Elle demande au gouvernement une révision partielle de ladite mesure, à défaut d’une levée pure et simple. « Cette décision met en péril nos revenus déjà fragiles », déclare le président de ladite Fédération, contacté par nos confrères de Radio France Internationale (RFI). Pour lui, l’interdiction devrait être circonscrite au mouton, animal traditionnellement utilisé pour des sacrifices lors de l’Eid Adha.
Risque de hausse des prix dans les marchés de pays voisins
La mesure fait planer le spectre d’une inflation sur le marché du bétail au Nigéria et en Côte d’Ivoire, deux pays reconnus comme étant les principales destinations des exportations de bétail nigérien.
Les ménages de ces deux pays pourraient bien avoir du mal à se procurer à des prix abordables ces animaux, et notamment le mouton pendant la Tabaski. « Toute infraction sera réprimée », préviennent de leur côté les autorités de Niamey, qui d’ores et déjà ont donné des instructions fermes aux forces de défense et de sécurité, ainsi qu’aux agents du ministère du Commerce et d’Industrie, qui devraient veiller à la stricte application de la mesure.
Insécurité dans les zones de production du bétail
Si la décision du gouvernement nigérien a une portée sociale, elle pourrait causer bien des manque à gagner aux opérateurs de la filière de l’élevage nigériane. Les revenus des éleveurs pourraient subir une importante cure d’amaigrissement.
Il faut souligner que la même décision a été prise à la même période, l’année dernière au Niger. Les raisons sont les mêmes : insécurité dans les zones pastorales, vols de bétail, désorganisation des circuits de commercialisation. En effet, la forte activité de groupes armés dans les régions de production du bétail hypothèque fortement leur acheminement vers les centres urbains, et notamment à Niamey. Toute chose qui crée souvent un climat d’inflation.
