Le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed poursuit l’un des plus importants projets industriels actuellement en développement en Afrique de l’Est. Le complexe d’engrais de Gode, développé avec Dangote Group, représente un investissement supérieur à 4 milliards de dollars, contre une estimation initiale d’environ 2,5 milliards de dollars.
Le site doit produire près de 3 millions de tonnes d’urée par an. À ce niveau, l’installation pourrait placer l’Éthiopie parmi les plus grands producteurs africains d’engrais azotés, dans un contexte où plusieurs pays du continent restent fortement dépendants des importations de fertilisants.
Selon les données de la Banque mondiale et de la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’Afrique subsaharienne utilise en moyenne moins de 25 kg d’engrais par hectare contre plus de 130 kg au niveau mondial.
Un complexe appuyé par des infrastructures évaluées à plusieurs centaines de millions de dollars
Le projet repose sur plusieurs infrastructures industrielles intégrées destinées à garantir l’autonomie du site. Le pipeline gazier prévu sur environ 110 kilomètres doit assurer l’approvisionnement en gaz naturel nécessaire à la production d’urée. Dans l’industrie énergétique, le coût moyen d’un pipeline terrestre varie généralement entre 2 et 5 millions de dollars par kilomètre selon les matériaux, la pression, les stations de compression et les contraintes géographiques. À cette échelle, l’infrastructure pourrait représenter à elle seule plusieurs centaines de millions de dollars d’investissement.
Le complexe prévoit également une centrale énergétique de 120 MW destinée à alimenter en continu les installations industrielles. Dans plusieurs projets industriels comparables, le coût de construction d’une centrale thermique de cette capacité peut dépasser 150 à 300 millions de dollars selon la technologie utilisée et les équipements associés.
Le site intégrera aussi une unité de mélange d’engrais NPK. À l’échelle industrielle, ce type d’installation permet de produire des engrais adaptés à différents besoins agricoles grâce au mélange d’azote, de phosphore et de potassium. Selon plusieurs références industrielles, les unités modernes de blending NPK peuvent produire plusieurs centaines de milliers de tonnes par an et nécessitent des investissements de plusieurs dizaines de millions de dollars selon les capacités de stockage et d’automatisation.
Le projet comprend également une unité de fabrication d’emballages afin de réduire les coûts liés à l’importation de sacs industriels utilisés dans le conditionnement des fertilisants.
Une réponse à la flambée mondiale des coûts des fertilisants
Le projet intervient dans un contexte marqué par une forte hausse des prix internationaux des engrais observée entre 2021 et 2023. Selon plusieurs données relayées par la Banque mondiale, certains fertilisants azotés avaient enregistré des augmentations supérieures à 80 % sur les marchés internationaux pendant la crise énergétique mondiale.
Cette hausse avait entraîné une augmentation importante des coûts de production agricole dans plusieurs pays africains dépendants des importations. La FAO avait alors alerté sur les risques de réduction de l’utilisation des engrais par les agriculteurs africains en raison de la hausse des prix.
Dans plusieurs régions d’Afrique subsaharienne, les rendements agricoles restent limités par le faible accès aux intrants. Alors que certains pays asiatiques dépassent 150 kg d’engrais utilisés par hectare, plusieurs pays africains restent sous les 20 à 25 kg.
L’agriculture représente plus de 35 % du PIB éthiopien
En Éthiopie, l’agriculture représente environ 35 % du produit intérieur brut et plus de 65 % des emplois selon plusieurs estimations économiques internationales. Le secteur reste l’un des principaux moteurs de l’économie nationale malgré les épisodes de sécheresse et les difficultés liées aux variations climatiques.
Les autorités éthiopiennes cherchent également à réduire la pression exercée sur les réserves en devises étrangères utilisées pour importer les fertilisants. Dans plusieurs pays africains, les achats d’engrais représentent chaque année plusieurs centaines de millions de dollars d’importations.
Dangote consolide sa présence dans l’industrie des engrais
Dangote Group exploite déjà au Nigeria un complexe d’urée dont la capacité est estimée à environ 3 millions de tonnes par an, faisant partie des plus importantes installations de production d’engrais au monde.
Avec le projet de Gode, le groupe nigérian poursuit son expansion dans les industries stratégiques liées à l’agriculture et à la sécurité alimentaire en Afrique.
Avec un investissement supérieur à 4 milliards de dollars, une capacité annoncée de 3 millions de tonnes d’urée par an et plusieurs infrastructures énergétiques et logistiques associées, le complexe de Gode figure parmi les plus importants projets industriels actuellement en développement dans le secteur des engrais en Afrique.
Le projet s’inscrit dans la stratégie éthiopienne visant à renforcer la production agricole nationale et à réduire la dépendance du pays aux importations de fertilisants.
