D’un point de vue économique, une pénurie peut s’expliquer par une offre insuffisante face à une demande croissante. Pourtant, le gouvernement, à travers le ministère de l’Énergie, la SCDP (Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers) et la CSPH (Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures), assure qu’il n’y a aucun problème de stock. Il y aurait même suffisamment de pétrole lampant pour couvrir les besoins du marché.
Alors, que se passe-t-il réellement ?
Pourquoi observe-t-on une pénurie alors que les réserves sont disponibles ?
À mon humble avis, trois raisons principales peuvent expliquer cette situation :
- 1. Un cartel à la manœuvre
Le marché du pétrole lampant semble être aujourd’hui contrôlé par un cartel qui organise une spéculation délibérée, dans le but de s’enrichir à l’approche des échéances électorales. Cette stratégie permettrait à certains groupes d’accumuler des ressources financières considérables.
- 2. Des complicités entre stations-service et industries
Le pétrole lampant est subventionné au Cameroun : il est vendu à 350 FCFA le litre pour les ménages, contre 560 FCFA pour les industries. Ce différentiel crée un système de contournement, dans lequel certaines stations-service privilégient des ventes clandestines aux industries. On soupçonne ainsi des complicités visant à détourner le produit subventionné à des fins lucratives. Mais une question persiste : pourquoi cette crise aujourd’hui, alors que les prix sont les mêmes depuis 2024 ?
- 3. Un trafic illicite vers la République centrafricaine
Une partie du pétrole lampant destiné au marché camerounais serait détournée vers la République centrafricaine, où le litre se vend à plus de 1 000 FCFA. Ce commerce transfrontalier illégal serait orchestré par des réseaux mafieux, bien organisés, qui profitent de la différence de prix pour faire d’importants bénéfices.
Que peut faire le gouvernement pour résoudre cette crise ?
- Interdire formellement aux industries de s’approvisionner dans les stations-service destinées aux ménages.
- Mettre en place un plafonnement temporaire de la quantité de pétrole lampant pouvant être vendue par ménage et par jour.
- Accélérer la construction ou la remise en service d’une raffinerie locale, afin d’assurer une autonomie nationale en matière de production.
- Supprimer progressivement la subvention actuelle et adopter un prix unique, applicable aussi bien aux ménages qu’aux industries, pour éviter les détournements.
Conclusion
La crise actuelle du pétrole lampant n’est pas due à un manque de stock, mais à une défaillance dans la chaîne de distribution, aggravée par des pratiques spéculatives, des complicités locales et un trafic transfrontalier. Il revient au gouvernement de prendre des mesures fermes, urgentes et durables pour protéger les ménages et garantir un accès équitable à cette ressource essentielle.
Dr Bareja Youmssi
Expert en mines et petrole
Enseignant – Chercheur
