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Angèle Audrey Ekollo (Acquaki) : « l’innovation est au cœur de notre modèle économique portée vers une économie sociale et solidaire »

La Founder and CEO de Acquaki, Angèle Audrey Ekollo, s’est confiée sur sa vision pour le développement de son secteur d’activité au Cameroun, dans une interview exclusive accordée à Invest-Time.

9 Min Lecture
Angèle Audrey Ekollo, Founder and CEO de Acquaki,

Quelle est l’histoire derrière la création de Acquaki ?

Acquaki est la manifestation d’un long questionnement sur comment contribuer à résorber le fort déficit dans la production de poissons dans mon pays d’une part, et d’autre part, comment créer de la valeur en milieu rural pour la réduction de la précarité des jeunes et de la vulnérabilité des femmes en Afrique.

En 2020, en pleine période COVID, je quitte la capitale Yaoundé pour mon village à Dibombari. A mon arrivée, je suis heurtée par les conditions de vie des femmes et des jeunes et par leur faible accès à des opportunités. Cette fois-là était différente. Je ne voulais plus repartir comme je suis venue. J’ai martelé dans mon cœur que je veux contribuer à améliorer cette situation alarmante dans mon village pour au moins sortir une ou deux personnes de la misère en créant des emplois. Alliant la parole et les réflexions à l’acte, j’y implante donc le projet Acquaki qui vient contribuer à créer de la valeur en milieu rural tout en répondant à des besoins concrets du marché.

En quoi votre parcours dans la finance et dans l’administration des entreprises a-t-il influencé votre approche entrepreneuriale ?

Contrairement à la majorité des acteurs dans le domaine dans lequel nous évoluons, notre projet est structuré sous la forme d’une entreprise. Nous ne nous focalisons pas uniquement sur le cœur de métier qui est la production. Mais nous partons d’une vision et opérons via une démarche de planification stratégique. Nous déployons tous les pôles de l’entreprise, finances, marketing et commercial, R&D et bien entendu production, pour assurer une pérennité à notre entreprise. Cette approche favorise le développement de bonnes relations avec nos clients, partenaires et autres tiers.

Quels impacts concrets le projet Start-up 237 a eu sur votre production ?

Le projet startup 237 nous a permis d’opérer une croissance de 250% de notre capacité de production grâce à des bacs de grossissement de poissons supplémentaire et la contribution à la mise en place d’une unité d’écloserie pilote. Un grand pas pour nous.

Que pouvez-vous nous dire du « cluster 100% féminin » dont vous parlez souvent ?

Un de nos enjeux majeurs est celui de l’émancipation socio-économique des femmes et jeunes filles de la zone rurale. A travers ce cluster, nous mettons progressivement en place autour de notre entreprise un réseau de femmes et jeunes filles productrices de poissons pour contribuer à répondre à la forte demande de poissons au Cameroun et outre frontières, et à donner à nos bénéficiaires de meilleures perspectives d’avenir.

Quelle est la place de l’innovation dans votre entreprise, notamment en matière de transformation du poisson ?

L’innovation occupe une place centrale dans notre entreprise. Nous évoluons dans un secteur d’activité que d’aucuns peuvent qualifier de traditionnel, mais dans lequel nous devons nous démarquer grâce à l’innovation. Cette innovation est au cœur de la proposition de nos produits et de notre modèle économique porté vers une économie sociale et solidaire, visant à concilier création de richesses et impact social et environnemental.

En tant que jeune femme entrepreneure au Cameroun, quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontés ?

Plusieurs stéréotypes sont adossés aux jeunes femmes entrepreneures dans notre société. Ceci vient avec le doute sur leur efficacité et leur performance. Il faut travailler ardemment pour réussir à gagner la confiance de son environnement de travail en tant que femme.

En outre, en tant que jeune entrepreneure, l’accès au financement reste une autre paire de manche lorsque l’on n’a pas de garanties suffisantes à présenter à la banque pour un emprunt. Cela a un impact évident sur la vitesse de croissance de l’entreprise. Ce sont là des défis à considérer pleinement dans son projet et des stratégies doivent être appliquées pour qu’ils n’affectent pas la pérennité de ce dernier.

Comment appréciez vous le dispositif incitatif mis en place au Cameroun pour promouvoir l’investissement dans le pays ?

Dans la filière piscicole, de nombreuses actions sont mises en place par notre ministère de tutelle, le Ministère de l’Elevage, des Pêches et de l’Industrie Animale, pour booster notre secteur. Plusieurs programmes d’appui à la production piscicole tels que le PIISAH, ou plus récemment le PROFIP, et des incitations fiscales contribuent à la croissance du secteur.

Comment l’économie sociale et solidaire peut-elle contribuer au développement local au Cameroun et en Afrique ?

L’économie sociale et solidaire est une économie qui ne se préoccupe pas uniquement de la croissance économique et de la profitabilité. Elle met également en son centre le bien-être des hommes et la protection de l’environnement. Nous pensons que cette économie peut contribuer au développement local au Cameroun et en Afrique grâce à une meilleure distribution des richesses avec les communautés.

Quelle est la particularité de Acquaki dans un monde de plus en plus tourné vers le digital ?

Acquaki intègre d’ores et déjà le digital dans ses stratégies de ventes grâce au e-commerce. Nous suivons les tendances et saisissons les opportunités liées au digital pour notre croissance. Le digital est une fenêtre importante dans notre plan de développement.

Quelles sont vos ambitions avec Acquaki dans un contexte où l’Afrique s’ouvre sur elle-même avec la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) ?

Nous comptons dans le court terme continuer à déployer notre réseau de distribution au sein du pays. Dans le moyen et long terme, nous comptons exploiter les opportunités d’expansion offertes par la Zlecaf fort de la forte demande de nos produits transformés dans la majorité des pays africains.

Quelles mesures prenez-vous pour que Acquaki bénéficie des avantages et opportunités offertes par la Zlecaf, ce marché unique africain ?

Nous participons depuis un certain nombre d’années déjà à des formations délivrées par plusieurs organismes sur les enjeux et opportunités de la Zlecaf et sur la préparation à l’entrée sur la Zlecaf. Nous faisons également des recherches auprès des institutions pour être pleinement outillés au moment où nous voudrons nous déployer dans cette zone économique.

Qu’est-ce qu’une distinction comme le Prix Castel 2024 représente pour l’entrepreneure que vous êtes ?

Le Prix Pierre Castel 2024 nous a donné accès à de nombreuses opportunités de croissance. Grâce à la dotation du Prix Pierre Castel, nous avons pu accroître notre capacité de production et notre réseau de distribution. Nous avons également pu développer notre réseau d’affaires et gagner en crédibilité dans notre secteur. C’est un concours que je recommanderais à tout jeune entrepreneur dans l’agri-business et l’énergie renouvelable désireux d’aller loin.

Quels conseils donneriez vous à une jeune femme qui souhaite se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Je lui dirais premièrement que cela est possible. Je lui dirais que le monde de l’entrepreneuriat est un milieu très complexe dans lequel il faut s’armer de résilience face aux difficultés. Je lui suggèrerais également de développer le sens de l’écoute et de l’humilité pour sans cesse chercher à apprendre de ses aînés, de ses paires et de se rapprocher des institutions. Enfin, je lui suggèrerais d’être constamment à l’affut des opportunités et de placer l’éthique au centre de son projet.

Propos recueillis par Gaïtano TSAGUE

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