Dette à 132% du PIB : comment le Sénégal tente de restaurer la confiance du FMI et des marchés

La situation de la dette publique reste au cœur de l’actualité économique sénégalaise.

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Bassirou Diomaye Faye, reçoit Edward Gemayel, le chef de mission du FMI pour le Sénégal à Dakar, le 25 mars 2025. © IMF/X

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Selon le communiqué officiel du Fonds Monétaire International (FMI) publié le 6 novembre 2025, la dette totale du secteur public et parapublic du Sénégal atteignait 132 % du produit intérieur brut (PIB) à la fin de 2024, dont environ 4 % en arriérés intérieurs en attente d’audit par l’Inspection générale des finances. Cette pression sur les finances publiques continue de peser sur les relations entre Dakar et ses partenaires financiers internationaux. 

2024 : réévaluation des comptes et découverte de dettes cachées

L’année 2024 a marqué un tournant historique dans l’analyse des finances publiques sénégalaises. Les autorités ont dévoilé une dette cachée significative, résultant de passifs non comptabilisés sous l’ancienne administration, qui ont fait éclater le ratio dette/PIB à 132 %. Cette réévaluation a conduit à la suspension en 2024 d’un programme de financement du FMI d’environ 1,8 milliard de dollars US, après la découverte de ces engagements non déclarés. 

Des agences de notation, comme Standard & Poor’s, ont réagi en abaissant la note souveraine du Sénégal (à CCC+), reflétant la pression accrue sur la capacité du pays à gérer ses obligations financières. 

2025 : résilience économique mais dialogue avec le FMI en cours

Le communiqué du FMI du 6 novembre 2025 souligne que l’économie sénégalaise est restée résiliente en 2025, portée par la première année complète de production de pétrole et de gaz et par un rebond du secteur agricole. Selon le FMI, la croissance réelle du PIB devrait atteindre environ 7,9 % en 2025, avec une inflation maîtrisée autour de 1,4 %

Sur le plan budgétaire, le Sénégal a engagé une consolidation significative, avec un déficit budgétaire prévu en nette réduction, passant de 13,4 % du PIB en 2024 à 7,8 % en 2025 selon les données du FMI

Cependant, malgré des discussions jugées constructives entre l’équipe du FMI et les autorités sénégalaises sur les politiques de soutenabilité budgétaire, la gestion de la dette et la gouvernance des finances publiques, aucun nouvel accord de financement formel n’a été conclu à l’issue de la mission. 

2026 : objectifs, projections et conditions du FMI

Dans son projet de loi de finances pour 2026, le gouvernement sénégalais vise une poursuite de la consolidation budgétaire, avec une réduction du déficit global attendu à environ 5,4 % du PIB. Cette trajectoire repose sur de nouvelles mesures de mobilisation des recettes (taxes sur les jeux de hasard, transferts mobiles, foncier) et sur un maintien de la discipline de dépenses. Ces projections sont qualifiées d’ambitieuses, car elles reposent sur une hypothèse de rendement fiscal très élevé dans un contexte de marché exigeant et de pression de la dette persistante.

Conditions du FMI pour un appui futur

Pour le FMI, tout appui financier futur dépendra de la démonstration d’une trajectoire de dette soutenable et de la mise en œuvre de politiques publiques jugées crédibles et transparentes. Cela comprend la finalisation de l’audit des arriérés intérieurs ; le renforcement de la gestion de la dette (centralisation des fonctions, transparence, contrôle) ; les réformes structurelles durables supervisées conjointement avec les partenaires financiers internationaux. 

Le dialogue se poursuit en 2026 entre Dakar et le FMI, avec l’objectif d’aboutir à un programme de soutien adapté, conditionné à ces engagements. À défaut d’un accord rapide, le Sénégal continue de recourir à des ventes de titres sur les marchés régionaux pour couvrir ses besoins de financement. 

Enjeux immédiats pour l’économie sénégalaise

Le Sénégal doit maintenant conjuguer une réduction crédible de son déficit ; une maîtrise durable de la dette publique ; une restauration de la confiance des marchés financiers ; une stratégie robuste pour attirer des financements stables et à long terme.

Ces mesures sont cruciales pour préserver l’accès aux financements extérieurs, soutenir la croissance économique, et éviter une nouvelle spirale de tensions budgétaires en 2026 et au-delà.

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