La première édition des Cafés de la diversification économique s’est tenue le 16 février 2026 à Yaoundé. Organisée par le Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), l’initiative a réuni institutions de formation, universités, centres de recherche, acteurs du secteur privé et professionnels des médias. Objectif : créer un espace d’échanges stratégiques capable d’accompagner la transformation structurelle des économies d’Afrique centrale. Placée sous le thème « Renforcer le partenariat entre la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et les institutions de recherche pour le développement de l’Afrique centrale », la rencontre s’inscrit dans une dynamique de collaboration accrue entre expertise académique et action institutionnelle.
Les Cafés de la diversification économique répondent ainsi à un triple impératif stratégique : démocratiser l’accès aux produits de connaissance de la CEA, consolider le partenariat avec les institutions de recherche et créer un espace public régional de débat sur la diversification économique.
Nous sommes très heureux aujourd’hui d’ouvrir nos portes à la Commission économique pour l’Afrique pour rencontrer les institutions du savoir, les universités, les centres de recherche, mais aussi les acteurs des médias et le secteur privé. La CEA est une institution de connaissance, et nous devons fédérer nos énergies pour produire des rapports de qualité validés selon les standards d’assurance qualité nécessaires,
a déclaré Jean Luc Mastaki, Directeur du Bureau sous-régional de la CEA Les échanges intra-zones en Afrique centrale représentent moins de 3 %
La rencontre a également permis de faire le point sur les actions menées dans le cadre de la Décennie de la diversification économique (2020-2030). Parmi les réalisations majeures figure l’élaboration de stratégies nationales relatives à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pour plusieurs pays de la sous-région : Cameroun, République centrafricaine, Guinée équatoriale, Gabon et Sao Tomé-et-Principe. Ces stratégies permettent aux États d’identifier leurs forces et faiblesses afin de tirer un meilleur parti de la ZLECAf, notamment en développant des politiques industrielles adaptées et en passant d’une logique de demande à une logique d’offre productive.
Cependant, le commerce intrazone en Afrique centrale demeure particulièrement faible. En 2024, les échanges commerciaux entre pays d’Afrique centrale et le reste du continent ont représenté environ 19,4 milliards de dollars, alors que le commerce intra-africain global atteignait 208 milliards USD la même année.
Les échanges intra-zones en Afrique centrale représentent moins de 3 %. En Afrique de l’Ouest, ils oscillent entre 15 et 20 %. L’indicateur en Afrique centrale ne progresse pas suffisamment,
souligne le Pr Emmanuel Ongo, économiste. Dans la sous-région, les flux commerciaux restent dominés par des échanges avec l’Europe et l’Asie. Les produits échangés sont essentiellement des produits agricoles de base, des hydrocarbures, des matières premières, ainsi que certains biens manufacturés et de consommation. Une structure peu diversifiée et à faible valeur ajoutée. Pourtant, le potentiel est réel. Des projections estiment que les échanges intra-africains pourraient atteindre près de 31,8 milliards USD d’ici 2028 si les réformes structurelles et l’intégration régionale s’accélèrent.
Urgence d’un ajustement des politiques économiques
Malgré les avancées en matière d’intégration régionale, d’industrialisation et de mobilisation des financements, la transformation structurelle peine encore à devenir un projet collectif dans la sous-région. Les défis restent nombreux : faible commerce intrarégional, dépendance à l’extractif, déficit de capacités productives, fragilités budgétaires et forte exposition aux chocs externes. Les sommets extraordinaires des chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) en 2016, 2021 et 2024 ont d’ailleurs souligné l’urgence d’un ajustement profond des politiques économiques régionales. Pour le Pr Emmanuel Ongo, le développement du commerce intrarégional passe d’abord par une mobilité fluide des biens et des personnes, une harmonisation réglementaire et un cadre favorable à l’investissement transfrontalier.
Comment faciliter l’installation d’une entreprise congolaise au Cameroun ? Il faut travailler sur la législation et les accords régionaux. Les investissements intra-zone sont un levier essentiel pour booster les échanges,
insiste-t-il. Une ambition alignée sur les agendas continentaux et internationaux
La CEA a pour mission de promouvoir le développement économique et social de ses États membres en proposant des idées novatrices et en incitant à l’action pour une Afrique transformée. Son action s’inscrit dans la mise en œuvre du Programme 2030 des Nations Unies ainsi que de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. En Afrique centrale, l’objectif est clair : favoriser la diversification économique et la transformation structurelle pour un développement inclusif et durable, en renforçant la contribution des secteurs manufacturiers et des services à haute valeur ajoutée au PIB, en approfondissant les chaînes de valeur régionales et en améliorant la compétitivité des économies locales.
Les Cafés de la diversification économique apparaissent ainsi comme un cadre stratégique visant à rapprocher savoir académique, décision politique et action économique, condition indispensable pour faire de la diversification un véritable projet régional partagé.
