Algérie : comment une ferme de 3,5 milliards de dollars veut réduire la facture du lait importé

Avec la mise en chantier d’un méga complexe laitier dans la région d’Adrar, l’Algérie tente de répondre à sa forte dépendance aux importations de poudre de lait. L’ambition affichée est de couvrir jusqu’à 50 % des besoins nationaux en lait grâce à une production locale massive.

7 Min Lecture

Suivez-nous sur nos chaînes   chaîne Telegram Invest-Time chaîne WhatsApp Invest-Time chaîne TikTok Invest-Time

Estimé à 3,5 milliards de dollars, le projet réunit partenaires algériens, qataris, allemands et américains, et s’inscrit dans la stratégie de souveraineté alimentaire du pays. Le projet de ferme laitière géante dans le sud algérien attire l’attention par son ampleur. Installée sur 117 000 hectares, l’exploitation hébergera 270 000 vaches laitières à terme. Elle produira chaque année 1,7 milliard de litres de lait brut, qui seront transformés localement en poudre de lait. La production visée est de 100 000 tonnes de poudre par an.

À l’échelle nationale, ce volume représente près de la moitié des besoins actuels. Le complexe sera structuré autour de trois pôles distincts : un site agricole pour la culture des fourrages et céréales, une zone d’élevage et une usine de transformation du lait. L’ensemble formera un système intégré, avec une chaîne de production entièrement automatisée. Pour ce volet, l’équipementier allemand GEA a été retenu. Il assurera la livraison des technologies nécessaires pour l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’élevage à l’ensachage de la poudre de lait.

D’un point de vue industriel, GEA prévoit l’installation d’une tour de séchage verticale de 40 mètres. Elle permettra la transformation du lait liquide en poudre dans un format adapté à la conservation et à la distribution. La société allemande, fondée en 1881, est l’un des principaux fournisseurs mondiaux de solutions de transformation pour les secteurs de l’agroalimentaire, de la pharmacie et de l’énergie. Son carnet de commandes pour ce seul projet s’élève à environ 153 à 186 millions de dollars, pour la période allant jusqu’à la fin 2025.

Un partenariat tripartite réunit l’Algérie, le Qatar et l’Allemagne. La société qatarienne Baladna, déjà active dans l’industrie laitière, est un des piliers financiers du projet. Quant à l’irrigation, elle sera assurée par l’entreprise américaine Valmont, spécialisée dans les solutions agricoles adaptées aux environnements arides. Ce volet est stratégique dans une région désertique où la gestion de l’eau est cruciale.

Réduire la dépendance aux importations

L’Algérie figure parmi les trois plus gros importateurs mondiaux de poudre de lait. Chaque année, le pays consacre des centaines de millions de dollars à ces importations, nécessaires à la production de lait reconstitué, consommé massivement à travers le territoire. L’un des objectifs poursuivis par cette ferme géante est de substituer une part importante de ces volumes par une production locale, tout en assurant un approvisionnement régulier du marché intérieur.

Les autorités espèrent un démarrage effectif de la production fin 2027, avec une montée en puissance progressive. La construction des infrastructures de base est prévue pour début 2026. La phase initiale de mise en œuvre a déjà donné lieu à la signature de plusieurs contrats, d’un montant total de plus de 500 millions de dollars. Ces accords impliquent aussi bien des fournisseurs internationaux que des entreprises algériennes.

Ce projet fait partie intégrante du programme présidentiel en faveur de l’autosuffisance alimentaire. Il s’ajoute à d’autres initiatives agricoles dans le sud algérien, où l’État mise sur la mobilisation de vastes superficies sahariennes pour développer des productions stratégiques. En plus de la réduction des importations, l’enjeu est aussi économique et social. Le projet devrait générer plus de 5 000 emplois directs dans la région d’Adrar.

Un modèle intégré dans un environnement sous contrainte

L’approche intégrée du projet repose sur une logique d’autonomie de production. Toutes les étapes culture, élevage, collecte, transformation, seront assurées sur un seul et même site. Cette configuration permet un meilleur contrôle des coûts et une réduction des pertes selon les informations du gouvernement. Elle favorise également l’optimisation des ressources, dans un environnement climatique particulièrement contraint.

Le modèle retenu s’inspire des standards internationaux en matière de production intensive. Les divisions Farm Technologies et Liquid & Powder Technologies de GEA interviendront pour installer les lignes de traite, les unités de pasteurisation, les systèmes de filtration et de conditionnement, et les installations de stockage. Le processus sera automatisé à toutes les étapes.

En parallèle de la couverture des besoins nationaux, l’Algérie envisage de développer à terme une capacité d’exportation vers les marchés régionaux. Le projet pourrait ainsi devenir un levier stratégique pour la filière agroalimentaire nationale. Il pourrait également servir de modèle pour d’autres projets similaires en Afrique du Nord ou dans le Sahel. Les importations de lait en poudre pèsent lourdement sur la balance commerciale du pays. En investissant dans une production nationale à grande échelle, l’État cherche à réduire cette pression sur ses réserves en devises. Cette orientation s’inscrit dans un contexte international marqué par des tensions sur les chaînes logistiques, des hausses de prix et des risques de ruptures d’approvisionnement.

Une dynamique portée par des partenariats technologiques

Le choix d’acteurs expérimentés dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de la transformation industrielle reflète une volonté d’ancrer ce projet dans une dynamique technologique. GEA, Valmont et Baladna interviennent chacun dans un domaine clé du projet. Cette configuration tripartite favorise le transfert de compétences, la montée en capacité locale et la sécurisation des approvisionnements.

Le projet est également structuré pour s’inscrire dans une vision à long terme. Sa montée en puissance s’échelonnera sur plusieurs années, avec des paliers de production, des phases de test et des évaluations techniques. Ce calendrier progressif permet d’anticiper les aléas logistiques et d’assurer une coordination entre les différents volets du chantier.

Dans un environnement marqué par une forte consommation nationale, des besoins croissants en produits laitiers et une démographie en hausse, la construction de cette ferme géante vise à stabiliser durablement le marché. Elle répond à un double impératif : réduire la facture des importations et renforcer la sécurité alimentaire du pays.

Pour en savoir plus...