Afrique : le business lucratif de l’automatisation des péages routiers à capter par les Africains

Le marché des systèmes de péage et d’accès aux véhicules devrait connaître une croissance de 8% entre 2023 et 2028. En Afrique, les systèmes de péage traditionnels ont longtemps été utilisés pour financer et entretenir les routes et autoroutes. Cependant, avec l’augmentation du trafic routier et la nécessité d’améliorer l’efficacité de la collecte des péages, de nombreux pays africains se tournent vers des solutions plus modernes : les péages automatiques. Le continent est confronté au défi de mobiliser suffisamment de fonds pour construire, améliorer et entretenir un réseau de routes à grande capacité et répondre à la demande croissante de transport routier.

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Les péages automatiques, également connus sous le nom de télépéages, permettent de collecter les frais de péage de manière électronique, sans nécessiter l’arrêt des véhicules. Ce système innovant facilite le flux de la circulation, réduit les temps d’attente aux barrières et améliore la sécurité routière. En outre, les péages automatiques offrent une gestion plus efficace des recettes et permettent aux gouvernements de mieux contrôler le trafic et d’effectuer des analyses approfondies pour planifier des projets futurs.

Dans cette quête d’efficacité et de rentabilité, de nombreux pays africains, rappelle-t-on, dans  Logistique Magazine, ont opté pour des partenariats public-privé (PPP) avec des entreprises internationales spécialisées dans les infrastructures de transport. Ces partenariats permettent aux pays de bénéficier de l’expertise et des technologies avancées de ces entreprises, tout en partageant les risques et les coûts de développement et d’exploitation des péages automatiques.

Au fil des années, les péages automatiques ont démontré leur efficacité dans la réduction des embouteillages, l’amélioration de la fluidité du trafic et la réduction des coûts d’exploitation. Les utilisateurs bénéficient d’une expérience de conduite plus fluide, tandis que les gouvernements peuvent mieux contrôler le trafic routier et recueillir des données précieuses pour la planification de futurs projets d’infrastructures.

Des avantages conséquents pour l’Afrique

La transition vers les péages automatiques en Afrique a apporté de nombreux avantages, tant pour les gouvernements que pour les usagers des routes et autoroutes. Notamment, la réduction des embouteillages et des temps d’attente : les péages automatiques permettent aux véhicules de passer rapidement à travers les points de péage sans avoir à s’arrêter, réduisant ainsi considérablement les embouteillages et les temps d’attente aux barrières.

Cela améliore la fluidité du trafic sur les routes, réduisant le stress des conducteurs et optimisant l’utilisation des infrastructures routières. Il y a également un gain de temps et d’argent pour les usagers : avec les péages automatiques, les automobilistes n’ont plus besoin de faire la queue aux guichets de péage ou de manipuler de l’argent liquide.

Les paiements sont effectués de manière électronique, ce qui leur permet de gagner du temps et d’économiser sur les frais de carburant. Aussi, l’on note une meilleure sécurité routière : les péages automatiques éliminent le besoin de s’arrêter aux barrières, réduisant ainsi les risques d’accidents et de collisions aux points de péage.

Les voies de télépéage dédiées permettent également de séparer efficacement les flux de circulation, améliorant la sécurité globale sur les routes. Non moins important, la collecte de données précieuses : les systèmes de péages automatiques permettent de recueillir des données précieuses sur les flux de trafic, les itinéraires les plus fréquentés, les heures de pointe, etc.

Ces données sont essentielles pour les gouvernements dans la planification de futurs projets d’infrastructures et l’optimisation de la gestion du trafic routier. L’on note aussi, une amélioration de la gestion des recettes : grâce aux systèmes de péages automatiques, les gouvernements peuvent mieux contrôler et gérer les recettes provenant des péages. Les paiements électroniques facilitent le suivi des revenus et réduisent le risque de fraude et de corruption.

Toute chose qui encourage le développement économique : les infrastructures routières bien entretenues et efficacement gérées sont essentielles pour le développement économique d’un pays. Les péages automatiques fournissent un financement stable pour l’entretien et l’amélioration des routes, ce qui stimule la connectivité des régions et facilite le transport de marchandises, favorisant ainsi les échanges commerciaux. En somme, les péages automatiques ont démontré leur capacité à améliorer la mobilité, la sécurité et la gestion des infrastructures routières en Afrique. Grâce à ces systèmes innovants, les gouvernements peuvent garantir une utilisation plus efficace de leurs routes et autoroutes, tout en offrant une meilleure expérience aux usagers de la route.

Mais, de nombreux défis à relever…

Bien que les péages automatiques offrent de nombreux avantages, leur mise en place en Afrique n’est pas sans défis. Notamment, les coûts initiaux élevés : l’installation de systèmes de péages automatiques nécessite des investissements importants en infrastructures et en équipements technologiques. Pour de nombreux pays africains confrontés à des contraintes budgétaires, cette dépense initiale peut être un obstacle majeur. Pour surmonter ce défi, certains pays ont opté pour des partenariats public-privé (PPP) où des entreprises privées financent et gèrent les péages en échange d’une part des recettes.

Aussi, il y a le faible taux de bancarisation. Dans de nombreuses régions d’Afrique, précise Logistique Magazine, une grande partie de la population n’a pas accès aux services bancaires traditionnels, ce qui rend difficile l’utilisation de paiements électroniques pour les péages. Pour résoudre ce problème, certains pays ont mis en place des solutions de paiement mobile pour permettre aux conducteurs d’utiliser leur téléphone portable pour régler les frais de péage.

Il se pose aussi un problème au niveau de la sensibilisation et l’éducation. La transition vers les péages automatiques nécessite une sensibilisation et une éducation du public sur les avantages de ces systèmes. Certains conducteurs peuvent être réticents à adopter de nouvelles technologies, d’où l’importance de mener des campagnes de communication pour promouvoir leur utilisation. Surtout qu’il y a intégration des systèmes de péage : dans certains pays africains, il existe plusieurs sociétés de péage opérant sur différentes autoroutes, ce qui peut entraîner une fragmentation des systèmes.

Pour garantir une efficacité maximale, il est essentiel d’intégrer ces systèmes et de mettre en place une solution de péage interopérable. L’on n’oublie pas la sécurité des données et des transactions. Les systèmes de péages automatiques traitent des informations sensibles, telles que les données financières des usagers. La sécurité des données et des transactions est donc une préoccupation majeure. Les gouvernements, pense-t-on dans Logistique Magazine, doivent mettre en place des mesures robustes pour protéger les informations personnelles et financières des utilisateurs.

Il y a aussi l’accès à l’électricité et aux technologies de communication. Dans certaines régions éloignées d’Afrique, l’accès à l’électricité et aux technologies de communication peut être limité. Cela peut entraîner des problèmes de fonctionnement et de maintenance des systèmes de péage automatiques. Des solutions telles que l’utilisation de l’énergie solaire et le déploiement de réseaux de communication adaptés peuvent aider à surmonter ce défi.

En somme, malgré les défis auxquels sont confrontés les pays africains, les péages automatiques offrent un potentiel énorme pour améliorer l’efficacité et la rentabilité du transport routier en Afrique. En adoptant des stratégies innovantes et en surmontant les obstacles, ces pays peuvent créer un réseau de péages modernes et interconnectés qui contribueront au développement économique, à la sécurité routière et à une meilleure mobilité pour leurs citoyens.

Les premiers pas de l’automatisation du péage au Cameroun

Les 07 premiers postes de péage automatique (Mbankomo, Boumnyebel, Edéa, Mbanga, Tiko, Nkometou et Nsimalen) devraient bientôt être opérationnels. Selon le ministère camerounais des Travaux publics, ces ouvrages devraient produire des recettes de l’ordre de 6,66 millions de dollars US (4 milliards de Fcfa) ; lesquelles devraient croître de manière significative au fil des années.

Selon les prévisions de ce département ministériel, les recettes partiraient de 6,66 millions de dollars US (4 milliards Fcfa) à fin 2023 pour s’établir à 89,1 millions de dollars US (53,5 milliards Fcfa) en 2040, soit une progression de 82,5 millions de dollars US (49,5 milliards de Fcfa) en l’espace de 18 ans. De ce fait, les recettes cumulées vont atteindre 1, 05 milliard de dollars US (632, 5 milliards Fcfa) en 2041 ; date d’expiration de contrat d’exploitation par le français Tollcam ; une co-entreprise mise en place par le consortium Razel BEC-Egis Projects.

Ces recettes seront réparties en 324,8 millions de dollars US (194, 9 milliards de Fcfa) au titre du total des loyers perçus par l’entreprise adjudicataire et 726,2 millions de dollars US (437,5 milliards Fcfa) comme recettes fiscales nettes encaissées par l’Etat du Cameroun. Il convient tout de même de relever que la simulation de l’évolution des recettes aux 14 postes de péage a été faite sur la base des projections du trafic moyen journalier annuel de 57 733 véhicules obtenu en 2017 à partir du comptage routier. Le processus d’automatisation des péages s’annonce donc bénéfique et d’autant plus nécessaire que

si la situation actuelle reste maintenue, le rythme d’évolution des recettes restera faible. Les recettes partiront de 12 millions de dollars US (7,2 milliards Fcfa) en 2023 à 23,6 millions de dollars US (14,2 milliards Fcfa) en 2040 pour les 14 postes mis en service. Les recettes cumulées seront de 351,1 millions de dollars US (210,7 milliards Fcfa),

fait-on savoir au ministère des Travaux publics du Cameroun. La construction des 07 derniers postes de péage automatique (Manjo, Matazem, Baleveng, Bandja, Bayangam, Foumbot et Bafia) n’est pas encore lancée, mais la fin des travaux est déjà annoncée en 2024. Pour sa part, le maître d’œuvre devra gérer les infrastructures pendant 20 ans dont 2 ans de construction dont le décompte a été lancé le 10 juin 2022 et 18 ans pour leur exploitation. Pour mémoire, c’est le 10 décembre 2020 que le ministre camerounais des Travaux publics procédait au lancement des travaux des 14 postes de péages automatiques au Cameroun. Le projet avait été confié au français Tollcam pour un coût global de 70 millions de dollars US (42 milliards de Fcfa). Améliorer la viabilité financière du projet, l’augmentation des recettes propres de l’Etat, l’optimisation et la sécurisation des recettes de péage sont entre autres missions assignées à Tollcam qui devra notamment procéder à une modulation des tarifs en fonction de la taille du véhicule ; le tarif actuel étant de 0,83 dollars US (500 Fcfa).

Togo, les péages s’automatisent

Les péages inaugurés à Davié (préfecture de Zio) sur la Nationale 1, à Vodougbé (Lacs) sur la Nationale 2 et à Aképédo (Avé) sur le Grand contournement de Lomé, en 2020 se sont mis au digital. Ces nouveaux postes automatisés « intègrent une modernisation des moyens de paiement », se félicite Victoire Tomégah-Dogbé, cheffe du gouvernement togolais.

De fait, outre la multitude de voies qui sont offertes aux usagers en aller-retour à ces postes, induisant la fluidité et l’accélération du trafic, ceux-ci ont le choix entre le moyen classique de paiement, à savoir : le règlement des frais en espèces et des moyens plus modernes. Equipés d’une borne magnétique, ces postes de péages acceptent depuis leur mise en œuvre, des cartes d’abonnement. Pendant la validité des cartes, l’usager de la route peut « badger » au niveau de la borne pour qu’automatiquement, la barrière s’élève, lui ouvrant le passage.

Aussi, l’usager n’est pas limité à ces options précédentes. Un système intégrant la téléphonie est aussi mis en place. Et si au départ, on demandait de l’usager qu’il crédite sa carte, progressivement et à terme, il s’agira d’un système de débit ou de déduction automatique de son compte. L’option vignette également est offerte aux usagers. Si la perception des frais de péage inclut dorénavant des moyens modernes de paiement, il en va également ainsi de la détermination du montant à payer au poste de péage.

A l’inverse du système classique où il revenait aux caissiers de déterminer les montants au péage en fonction des véhicules, le mécanisme génère automatiquement les montants qui apparaîtront sur l’interface du caissier. L’action de celui-ci se résume à valider les frais.

Le privé appelé à la rescousse

Selon Transport en Afrique, le continent est confronté au défi de mobiliser suffisamment de fonds pour construire, améliorer et entretenir un réseau de routes à grande capacité et répondre à la demande croissante de transport routier. Etant donné la forte pénurie de recettes publiques, de nombreux gouvernements font de plus en plus appel au secteur privé. Dans la plupart des cas, la solution est de conférer au secteur privé le droit de construire et d’exploiter les routes dans le cadre d’accords de concession.

En vertu de ces accords, l’Etat donne à une société concessionnaire la possibilité de financer, construire, posséder, exploiter et entretenir une infrastructure publique durant une période donnée et de faire payer ce service par les usagers. Ces sociétés devraient, en règle générale, considérer comme conditions minimales pour intervenir que les volumes de trafic journalier soient supérieurs à 3500 véhicules.

Si tel est le cas, les recettes seront dans l’ensemble suffisantes pour couvrir les coûts d’exploitation et d’entretien courant. Les concessions au sens propre (qui supportent également les coûts de construction) exigent des volumes de trafic beaucoup plus élevés. Il est primordial d’effectuer des prévisions de trafic correctes dans chacune des hypothèses : sans péage et avec péage.

En effet, si les routes environnantes sont très chargées, la société concessionnaire pourra vraisemblablement assumer le risque sur le trafic en partant de l’hypothèse qu’un nombre suffisant d’automobilistes s’acquitteront du péage de façon à gagner du temps et à éviter les embouteillages.

L’efficacité de la perception du péage dépend principalement du concessionnaire qui cherchera, autant que possible, à automatiser les postes de péage et à y installer un système de sécurité satisfaisant. Toutefois, celui-ci insistera auprès du gouvernement pour que certaines dispositions soient prises et en particulier qu’il n’impose pas des conditions d’emploi trop coûteuses. Trois facteurs influencent le montant des péages perçus : les tarifs; le volume du trafic; et  l’efficacité de la perception. La question la plus épineuse pour les concessionnaires est de déterminer les tarifs.

Un marché  mondial des systèmes de péage en nette croissance

Selon l’analyse de Mordor Intelligence,  de la taille et de la part du marché des systèmes de péage et d’accès aux véhicules, sur la période 2023 – 2028,  le marché des systèmes de péage et d’accès aux véhicules devrait connaître un TCAC de plus de 8% au cours de la période de prévision.

Certains des principaux facteurs à l’origine de la croissance du marché sont la construction croissante de routes et d’autoroutes dans les pays en développement, la détection des vols de véhicules, l’efficacité énergétique et la limitation des embouteillages.

Cependant, une connaissance limitée des nouvelles technologies dans les pays en développement peut entraver la croissance du marché. Le marché est principalement stimulé par les progrès des systèmes de péage en Amérique du Nord et en Europe. Le système de péage intègre l’ensemble de la fabrication et de l’installation des composants matériels et logiciels. Le marché était dominé par l’Amérique du Nord, suivie de l’Europe et de l’Asie-Pacifique.

Les péages routiers sont perçus traditionnellement à des fins spécifiques d’accès ou d’infrastructure. Cependant, l’évolution de la technologie a permis de mettre en place des politiques de péage basées sur une multitude de concepts d’usage. Les concepts de tarification sont actuellement basés sur différentes exigences, notamment en ce qui concerne l’objectif de la redevance, la politique de charge et le réseau d’infrastructures.

Le marché du télépéage devrait connaître le TCAC le plus élevé de plus de 10% au cours de la période de prévision (2020-2025). La collecte électronique des péages aide à réduire la circulation aux postes de péage, en collectant les péages sans espèces et sans obliger les voitures à s’arrêter. Plusieurs technologies sont utilisées pour percevoir les péages par voie électronique. Les technologies sont la technologie dédiée aux communications à courte portée (DSRC) et la reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation (ANPR).

L’Amérique du Nord a dominé le marché mondial, avec une part de marché de plus de 30%, en 2018. Cependant, l’Asie-Pacifique devrait connaître le TCAC le plus rapide au cours de la période de prévision. En Inde, selon le ministère des Transports routiers et des Autoroutes, la longueur des routes nationales est passée de 92 581 km en 2014 à 103 933 km en 2017.

Avec des préoccupations croissantes concernant les embouteillages, l’Inde a lancé FASTag, un système ETC utilisant la technologie RFID, exploité par la National Highway Authority of India (NHAI), en septembre 2014. En août 2017, NHAI a annoncé qu’elle prévoyait de lancer FASTag aux 371 postes de péage des routes nationales en octobre 2017. À la fin de 2017, le pays comptait près de 365 postes de péage avec une seule voie dédiée aux utilisateurs de FASTag.

En novembre 2017, le ministère des Transports routiers et de la Voirie a proposé de rendre FASTags obligatoire pour tous les nouveaux véhicules à quatre roues vendus à compter du 1er décembre 2017. En 2017, le nombre de RFID FASTag atteignait 750 000 véhicules, et le gouvernement s’attendait à ce que ce nombre atteigne 2,5 millions en 2018.

Le marché est exploité par de nombreux acteurs, ce qui se traduit par un environnement de marché hautement concurrentiel. Certains des principaux acteurs du marché sont Thales Group, Siemens AG, Magnetic Autocontrol GmbH, Transcore Holdings Inc., Mitsubishi Heavy Industries Ltd et d’autres acteurs. Le groupe Thales a dominé le marché en 2018.

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