Ports et rades en Afrique : comment le Gabon ambitionne devenir un hub régional d’ici 2030

Libreville, la capitale du Gabon a accueilli la 6eme édition de l’Africa Ports Forum du 26 au 28 mai 2025. A cet occasion, l’Office des Ports et Rades du Gabon (Oprag) a présenté les grands axes de sa stratégie “GSP 2030”. Un programme qui repose sur une transformation structurelle et opérationnelle profonde visant à implémenter un écosystème portuaire intelligent, compétitif et intégré dans le Golfe de Guinée.

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Fort de sa position géographique avec une façade maritime de près de 800 km, le Gabon est résolument engagé dans la transformation de ses ports et rades. Cette ambition a été affirmée au sixième forum sur les ports en Afrique, qui a réuni les acteurs du secteur venus de près de 30 pays. L’évènement a été inauguré par le vice-président de la République gabonaise, Alexandre Barro Chambrier. Lors de son discours inaugural, le ministre des Transports, de la Marine Marchande et de la Logistique, Ulrich Manfoubi Manfoubi a indiqué que :

Le Gabon entend renforcer ses ports d’Owendo, de Port Gentil, en développant celui de Mayumba, porte d’entrée et de sortie essentielle de son économie en instaurant une gouvernance agile et transparente couplée à des investissements innovants en matière de digitalisation et d’intégration logistique.

Une mission qui est aujourd’hui impérative.

L’ambitieux programme “Gabon Smart Ports 2030”

En effet, le secteur portuaire gabonais a été marqué par un sous-investissement structurel durant plusieurs décennies, et ce secteur a longtemps été réduit au transit, réduisant l’exploitation du potentiel maritime national. Pour changer la donne, le pays à travers l’Oprag s’est fixé un objectif clair, celui de faire émerger une nouvelle génération d’infrastructures et créer de la valeur durable.

Cet objectif est porté par le programme ”Gabon Smart Ports 2030” (GSP 2030). Pensée pour répondre avec efficacité aux défis de modernisation et d’optimisation des performances portuaires, la démarche “GSP 2030” s’inscrit pleinement dans la vision de transformation économique impulsée par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Il se décline en trois axes stratégiques à savoir : réformer la gouvernance et remobiliser la sphère publique pour porter l’ambition de transformation ; penser en termes d’efficience des processus plutôt qu’en termes de superstructure ; garantir une capacité de financement du système portuaire pour assurer sa modernisation continue.

Renforcer l’autorité portuaire 

Seulement, pour atteindre efficacement ces objectifs, de profondes mutations sont nécessaires. Il s’agit notamment pour l’État gabonais de redéployer l’Oprag d’une simple administration portuaire à un véritable orchestrateur logistique.

Nous avons mis en place un nouveau modèle de gestion qui consiste à faire en sorte que le port ne soit pas seulement une zone de béton, mais une zone de technologie. Et nous voulons commencer par un point central qui est celui de la gouvernance. Nous voulons quand même aujourd’hui bénéficier d’un portage des pouvoirs publics. Portage politique pour arriver à revoir toute la réglementation, la régulation publique. Parce qu’il faut dire aujourd’hui que les textes qui sont en vigueur dans notre pays ne nous permettent pas vraiment de jouer un rôle comme il faut.

a affirmé le Directeur Général de l’Oprag Martin Boguikouma.

Création d’un Guichet unique

Un autre principal challenge qui s’impose, est l’intégration de tous les acteurs de la chaîne de valeur portuaire.

Au niveau du modèle autorité portuaire au Gabon, nous allons procéder à de nombreuses concessions. Sur cette base, il y a plusieurs activités qui sont menées par nos partenaires. Il faudrait donc qu’on parvienne à revoir le modèle qui nous permettrait de mieux combiner les choses avec tous ces acteurs pour qu’on soit tous ensemble dans cette colonne vertébrale grâce à la numérisation.

indique Martin Boguikouma.

L’Oprag propose à cet effet la création d’un Guichet unique du commerce extérieur (Guce), qui est déjà perçu par de nombreux experts comme une solution miracle aux lenteurs de la bureaucratie observées dans ce secteur au Gabon. Soulignons que plusieurs pays ont déjà expérimenté ce système, à l’instar du Cameroun et ce système y présente des résultats probants. Entre 2012 et 2023, ce pays frontalier au Gabon a collecté plus de 13,80 milliards de Fcfa (soit 8 000 milliards Fcfa) via le Guichet Unique du Commerce Extérieur, grâce à la digitalisation et à l’intégration de technologies avancées comme l’intelligence artificielle et la blockchain. Ces technologies ont optimisé les procédures douanières et commerciales, simplifiant les formalités administratives et les paiements électroniques. Cette transformation a permis une gestion plus efficace des transactions commerciales et a augmenté les recettes de l’État en améliorant la transparence et la traçabilité des opérations.

Spécialisation par corridor logistique

Le Gabon regorge une variété de ressources naturelles qui sont exportés vers l’extérieur. Afin d’optimiser les mouvements des marchandises, l’Office des ports et rades du Gabon préconise la spécialisation par corridor logistique. Celle-ci va permettre d’optimiser le transport des matières premières tels que les produits agroalimentaires, le bois, les hydrocarbures et les minerais. Notons que dans ce pays d’Afrique centrale, la production minière va culminer à hauteur de 100 millions de tonne par an contre 10 millions de tonnes actuellement, selon le ministre des mines, Gilles Nembe.

Une projection qui tient compte de la construction à venir du port de Mayumba, et de l’exploitation des gisements de fer de Bélinga dans la région de l’Ogooué Ivindo, du gisement de Baniaka dans le Haut Ogooué et de Milingui dans la région de la Nyanga. Le port de Mayumba avec ses profondeurs atteignant 25 mètres, est d’ores et déjà attendue comme une infrastructure clé pour renforcer la connectivité maritime.

En outre, l’Oprag préconise la refonte du modèle économique, à travers la mise en place d’un mécanisme financier pour sécuriser les investissements en instaurant une approche incitative équitable de la politique tarifaire. La formation et le renforcement des capacités se positionne également comme des objectifs incontournables afin de doter les maillons de la chaine portuaire d’une expertise en gouvernance portuaire.

Avec une feuille de route structurée et des directives concrètes, l’Oprag se positionne comme un acteur stratégique, visant à faire des ports et rades du Gabon des hubs logistiques de référence au service du commerce national et régional. Ce, dans le sillage de l’agenda 2063 de l’Union Africaine, qui aspire au développement structurel et à un continent intégré à l’horizon 2063.

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