La multinationale chinoise CITIC Construction a signé un protocole d’accord avec le ministère angolais de l’Agriculture et des Forêts, marquant une étape importante dans le secteur agricole. L’investissement annoncé s’élève à 250 millions de dollars pour développer la culture de maïs et de soja sur un total de 100 000 hectares. Ce projet démarre sur 3 000 hectares dans la province de Cuanza Sul et 5 000 dans celle de Malanje, avec pour objectif d’atteindre 20 000 hectares dès l’année suivante.
Ce programme, entièrement financé par des capitaux chinois, vise des rendements élevés. La production attendue est de huit tonnes de maïs et cinq tonnes de soja par hectare. Pour atteindre ces résultats, CITIC Construction mise sur l’introduction de technologies agricoles avancées, la création de laboratoires d’amélioration génétique, la mise en place de systèmes de stockage intelligents et le développement d’un circuit de certification des semences.
Le choix du maïs comme priorité répond à une nécessité nationale. L’Angola produit environ 4,5 millions de tonnes par an, alors que ses besoins s’élèvent à 10 millions de tonnes. L’ambition affichée est de doubler cette production d’ici 2030, en augmentant la superficie cultivée de 5 à 7 millions d’hectares. Le soja complète cette stratégie mais dans une logique d’exportation.
L’accord prévoit que 60 % de la production soit destinée au marché asiatique, notamment la Chine, tandis que les 40 % restants seront réservés à la consommation locale. Cette orientation commerciale est soutenue par des politiques publiques encourageant les investissements privés, notamment par des incitations foncières, fiscales et logistiques.
Un contexte international favorable
La coopération sino-angolaise s’inscrit dans un contexte géoéconomique où la Chine cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement agricole. Malgré une forte dépendance aux importations de soja des États-Unis (environ 20 %), les tensions commerciales entre Pékin et Washington incitent la Chine à rechercher de nouveaux partenaires. L’exemple de l’Éthiopie, autorisée depuis juillet 2025 à exporter des tourteaux de soja vers la Chine, illustre cette dynamique. L’Angola apparaît comme un partenaire potentiel important grâce à ses terres disponibles, sa main-d’œuvre abondante et son climat favorable aux cultures céréalières.
L’agriculture en Angola contribue pour seulement 10 % au PIB, alors que plus des deux tiers de la population en dépendent pour leur subsistance. Seulement 10 % des terres arables sont cultivées, ce qui montre l’ampleur du potentiel non exploité. Le pays bénéficie de conditions naturelles favorables : des sols fertiles, des ressources en eau importantes, une diversité agroécologique et un climat adapté à de nombreuses cultures tropicales et subtropicales. Le manioc, les haricots, les pommes de terre, les bananes et le riz sont des cultures traditionnelles.
Le développement de la production de maïs et de soja, appuyé par l’expertise et le financement chinois, pourrait diversifier les revenus agricoles, stimuler la transformation agroalimentaire locale et réduire les importations alimentaires qui pèsent lourdement sur la balance commerciale du pays.
Les politiques publiques encouragent la modernisation agricole
L’État angolais a mis en place des politiques pour soutenir la modernisation du secteur agricole. Le Plan national de développement du secteur agricole et le Plan d’action pour la promotion de l’employabilité (PAPE) placent comme priorités la réduction de la dépendance alimentaire et l’intégration des jeunes dans l’agro-industrie. Le maïs et les haricots bénéficient d’un appui financier significatif, représentant respectivement jusqu’à 45 % et 28 % des revenus bruts des producteurs.
Plusieurs projets structurants, tels que Quiminha, Gesterra SA ou Aldeia Nova, témoignent de l’implication de l’État dans le développement de l’agriculture à grande échelle. En complément, le projet RECLIMA, financé à hauteur de 300 millions de dollars par la Banque africaine de développement, vise à renforcer la résilience climatique du pays et à améliorer la gestion des ressources hydriques. Ce programme s’adresse notamment à l’agriculture familiale, qui représente 83 % du secteur productif.
Si l’investissement chinois ouvre des perspectives nouvelles, il suscite aussi des interrogations. L’orientation majoritaire des productions vers l’exportation peut accroître la vulnérabilité alimentaire si les objectifs d’autosuffisance ne sont pas atteints dans les délais. La dépendance à la technologie et au savoir-faire étrangers soulève également des questions sur la capacité du pays à développer ses propres compétences agricoles. Par ailleurs, les conditions d’implantation des multinationales sur des terres agricoles doivent être encadrées afin de protéger les droits fonciers des communautés locales.
Selon Mordor Intelligence, l’Angola dispose de nombreuses ressources pour renforcer son agriculture, mais le défi reste important. La modernisation du secteur passe par l’intensification de la production, la diffusion des technologies, la formation des agriculteurs et le développement des infrastructures. La coopération avec la Chine offre une opportunité de combler certains de ces besoins, notamment grâce aux investissements directs et à l’expertise technique.
Néanmoins, le pays devra également développer ses propres capacités pour éviter une dépendance prolongée et garantir la souveraineté agricole. De l’avis des experts, la protection des droits fonciers et l’équité dans la distribution des bénéfices seront également des éléments déterminants pour assurer la stabilité sociale dans les zones rurales.