Ce rééquilibrage est le fruit de l’accroissement significatif des exportations, qui ont progressé de 35,3 % en un an pour atteindre 1 118 milliards de FCFA, alors que les importations n’ont augmenté que de 4,7 %, pour s’établir à 1 150 milliards de FCFA. L’économie camerounaise a donc frôlé l’équilibre commercial, une performance rare et qui mérite d’être soulignée dans un contexte international marqué par la volatilité des cours des matières premières. L’embellie enregistrée s’explique essentiellement par la flambée des recettes issues du cacao brut en fèves.
Le Cameroun a franchi au premier trimestre 2025 la barre historique des 500 milliards de FCFA de revenus générés par ce produit, ce qui représente à lui seul près de 45 % des recettes globales d’exportation. La hausse spectaculaire de la valeur du cacao sur le marché international, consécutive à des tensions d’offre dans la sous-région et à une demande mondiale soutenue, a largement profité aux producteurs camerounais, alors même que les volumes exportés sont restés relativement stables. En comparaison avec le premier trimestre 2024 où ces recettes s’élevaient à 213 milliards de FCFA, l’augmentation en valeur atteint plus de 134 %, confirmant que l’effet prix a joué un rôle déterminant dans ce dynamisme.
Derrière le cacao, les hydrocarbures continuent d’occuper une place importante dans les exportations, même si leur performance a été contrastée. Les huiles brutes de pétrole ont rapporté 212 milliards de FCFA, soit 19 % du total, mais avec une baisse de 14,4 % en glissement annuel, la chute des volumes exportés ayant pesé sur les recettes. Le gaz naturel liquéfié, en revanche, a enregistré un redressement avec des recettes estimées à 122 milliards de FCFA, en hausse de 14,7 %.
Le cacao propulse les exportations
Dans un registre secondaire mais néanmoins significatif, la pâte de cacao a rapporté 58 milliards de FCFA, soit 5,2 % des exportations, tandis que le coton brut s’est hissé à 47 milliards de FCFA, équivalant à 4,2 % du total. L’ensemble de ces produits, additionnés au cacao en fèves, au pétrole et au gaz, représente 84,1 % des exportations du pays au cours de la période étudiée. Ce chiffre illustre la faible diversification de la structure exportatrice, largement dominée par les produits primaires, et met en évidence la vulnérabilité persistante du Cameroun face aux variations des cours mondiaux. Si les exportations ont permis d’amortir le déficit commercial, la facture des importations reste élevée et constitue une contrainte structurelle pour l’économie nationale.
Les importations ont atteint 1 150 milliards de FCFA au premier trimestre 2025, contre 1 099 milliards un an plus tôt. En termes de volume, les quantités importées se sont établies à 2,5 millions de tonnes, contre 2,4 millions au premier trimestre 2024, soit une hausse de 2,7 %. Cette progression en valeur et en volume s’explique notamment par la hausse des achats de produits alimentaires et industriels. Les céréales occupent une place de plus en plus importante, représentant à elles seules 128 milliards de FCFA de la facture globale, dont 81 milliards pour le riz, en hausse de 42,9 %, et 43 milliards pour le blé, en recul de 13,2 %.
Cette dépendance à l’égard des importations de denrées stratégiques pose la question de la sécurité alimentaire dans un contexte mondial marqué par des crises climatiques et géopolitiques récurrentes. La facture énergétique a également pesé, même si elle s’est allégée en raison de la baisse des importations d’hydrocarbures. Les dépenses liées aux carburants et lubrifiants se sont contractées de 24,3 %, passant de 212 milliards à 160 milliards de FCFA, en raison d’une chute des volumes importés estimée à 14,6 %. Le gaz butane a connu une tendance similaire, reculant de 8 % en valeur.
Ce repli a permis de contenir la hausse globale de la facture d’importation, qui aurait été encore plus marquée sans cette baisse. Mais hors hydrocarbures, les importations progressent de 12 % en valeur et de 6,2 % en volume, confirmant que le besoin en biens alimentaires, en équipements et en biens de consommation continue de croître.
Une facture d’importation encore lourde
Les machines et appareils mécaniques, avec une facture de 102 milliards de FCFA, représentent 8,8 % des importations totales, tandis que les machines et appareils électriques ont atteint 88 milliards, soit 7,7 %. Les véhicules automobiles et tracteurs complètent ce trio avec 79 milliards, représentant 6,8 % de la facture globale. La dépendance vis-à-vis de ces équipements reflète le déficit industriel du pays et la nécessité pour les entreprises locales de s’approvisionner en machines et matériels à l’étranger pour soutenir leurs activités.
En termes d’évolution structurelle, les échanges globaux du Cameroun (exportations et importations combinées) ont atteint 2 268 milliards de FCFA au premier trimestre 2025, soit une augmentation de 17,8 % par rapport à l’année précédente. Hors pétrole brut, cette hausse est encore plus significative et s’élève à 22,6 %. Ces données traduisent la montée en puissance des flux commerciaux, stimulés principalement par la dynamique des exportations, mais également par une demande intérieure encore très dépendante de l’extérieur.
Si l’amélioration de la balance commerciale est indéniable, elle reste en grande partie conjoncturelle. Le déficit hors pétrole brut demeure important, s’élevant à 245 milliards de FCFA, bien qu’en amélioration de 53 % par rapport à 2024. Hors hydrocarbures, le déficit atteint encore 197 milliards de FCFA. Cela signifie que l’équilibre atteint au premier trimestre repose largement sur la conjoncture favorable du marché du cacao et, dans une moindre mesure, sur le soutien des hydrocarbures.
Un équilibre encore fragile
Les implications économiques de cette évolution sont multiples. À court terme, l’allègement du déficit contribue à renforcer les réserves de change et à réduire la pression sur la balance des paiements, ce qui est favorable à la stabilité macroéconomique. À moyen et long terme, en revanche, la forte dépendance à un nombre restreint de produits primaires expose le Cameroun à des risques majeurs. Une baisse des cours du cacao ou du pétrole pourrait rapidement inverser la tendance et plonger de nouveau la balance commerciale dans un déficit abyssal.
De même, la dépendance persistante aux importations alimentaires fragilise la sécurité alimentaire et alourdit la vulnérabilité de l’économie face aux chocs extérieurs. La question centrale demeure celle de la durabilité. Sans une transformation locale accrue des matières premières, sans une politique agricole vigoureuse pour réduire la dépendance aux importations de céréales et sans une stratégie claire de diversification industrielle, le pays restera exposé aux aléas des marchés internationaux. Le trimestre étudié apporte donc une bonne nouvelle, mais aussi un rappel de l’urgence de consolider les bases structurelles du commerce extérieur.