Cameroun : la baisse de l’inflation à 2,8% se confirme, portée par la production locale

Les prix à la consommation des ménages ont poursuivi leur hausse en septembre 2025, mais à un rythme maîtrisé. Selon les données officielles publiées par l’Institut national de la statistique, l’indice général des prix a progressé de 0,3 % par rapport à août, confirmant la tendance observée depuis février.

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En glissement annuel, l’inflation s’établit à 2,8 %, contre 3,2 % en août et 4,4 % un an plus tôt. Le taux moyen d’inflation sur douze mois ressort à 3,9 %, signalant un ralentissement progressif de la hausse des prix et un rapprochement du Cameroun du seuil de convergence de la CEMAC fixé à 3 %. Cette décélération résulte principalement de la stabilisation des prix dans plusieurs postes de consommation, même si les produits alimentaires continuent de tirer l’inflation vers le haut. En septembre, les denrées alimentaires ont enregistré une hausse de 0,9 %, portée par les légumes, les fruits, les viandes, les huiles et graisses, ainsi que les poissons et fruits de mer.

Les légumes frais, tomates, gombos, poivrons et les feuilles locales telles que le « zoom », le « keleng keleng », le « ndolè » ou l’« okok » ont connu des hausses significatives, accentuées par la montée du prix des huiles locales, notamment l’huile d’arachide brute et l’huile de palme. Les viandes, notamment le poulet local et le poulet de chair vivant, ont également contribué à cette inflation alimentaire. Les prix des fruits ont augmenté de 2 % sur un mois et de près de 10 % sur un an, tandis que ceux des légumes ont bondi de 3 % en septembre et de 12,9 % sur douze mois. Les produits alimentaires restent donc le principal moteur de l’inflation nationale, avec une hausse moyenne de 7 % sur un an.

L’inflation observée est majoritairement interne. Les prix des produits locaux ont progressé de 4,2 %, contre 3 % pour les produits importés. Une évolution qui traduit les tensions sur le marché intérieur, liées à la hausse des coûts de production, à des contraintes logistiques persistantes et à une demande intérieure soutenue. Ce déséquilibre structurel reflète la fragilité du tissu productif national, encore dépendant des variations saisonnières et de la distribution informelle.

Les produits locaux moteur de la hausse

Sur le plan sectoriel, les hausses les plus marquées concernent les produits alimentaires et les services de transport, en progression respective de 7 % et 5,1 % en moyenne sur douze mois. Ces deux postes représentent la plus grande part du budget des ménages et influencent directement leur pouvoir d’achat. En revanche, les prix dans les secteurs de la santé, de l’enseignement et des services divers sont restés relativement stables, avec des variations mensuelles inférieures à 1 %. L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à forte variabilité tels que les produits frais et énergétiques, s’établit à 2,4 %.

Cela traduit une modération générale des prix dans la plupart des catégories de biens et services. Néanmoins, les produits frais continuent de tirer l’inflation vers le haut, avec une progression de 11,5 % sur un an, tandis que les prix de l’énergie ont augmenté de 4,4 %. Sur le plan géographique, de fortes disparités subsistent entre les capitales régionales. Les hausses les plus modérées s’observent à Bertoua (2,4 %) et à Garoua (3,2 %), alors que Bamenda enregistre la progression la plus élevée (4,9 %), suivie de Maroua (4,4 %), Bafoussam et Buea (4,3 % chacune).

Les grandes métropoles comme Yaoundé et Douala affichent respectivement 3,7 % et 3,9 %. Ces écarts s’expliquent par des différences dans les coûts de transport, la disponibilité des produits et les spécificités des circuits d’approvisionnement locaux. Malgré la résistance des prix alimentaires, la tendance générale reste encourageante. Le recul du glissement annuel à 2,8 % et la stabilisation du taux moyen à 3,9 % confirment que la dynamique inflationniste s’essouffle. Si cette évolution se poursuit, le Cameroun pourrait repasser sous le seuil de convergence sous-régional dès le premier semestre 2026.

Une accalmie fragile qui appelle à la vigilance

L’amélioration de la production locale, notamment dans les filières vivrières et agro-industrielles, apparaît comme une priorité stratégique. L’objectif est de réduire la dépendance vis-à-vis des importations, de limiter les coûts liés au transport et de renforcer la résilience du marché intérieur. À moyen terme, le développement d’infrastructures de stockage et de transformation pourrait contribuer à atténuer la volatilité des prix et à garantir un meilleur équilibre entre l’offre et la demande.

En attendant, la baisse progressive de l’inflation observée en 2025 reste une lueur d’espoir pour les ménages camerounais. Elle témoigne d’une stabilisation progressive de l’économie nationale, même si le pouvoir d’achat demeure sous tension. La consolidation de cette tendance dépendra de la capacité du pays à soutenir durablement la production locale, à maîtriser les coûts logistiques et à renforcer les mécanismes de régulation des marchés. La maîtrise de l’inflation au Cameroun se joue désormais entre deux réalités : un indicateur macroéconomique en voie d’amélioration et une inflation alimentaire qui pèse encore sur la vie quotidienne. Si le pays maintient le cap, il pourrait retrouver un niveau de stabilité conforme aux standards régionaux selon les experts.

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