Quelques indicateurs clés
Le taux combiné des pertes en transport et distribution d’électricité était estimé à ≈ 22 % de la production en 2022. Historiquement, ce taux avait atteint jusqu’à 30,5 % en 2014. Un document du secteur indique des pertes techniques estimées à ~12 % et des pertes commerciales à ~18 %, totalisant ~30 %. Le réseau de transport dispose actuellement d’environ 3 405 km de lignes, dont 1 921 km en 225 kV.
Au titre financier, la Sonatrel a réalisé un bénéfice net de 2,6 milliards de FCFA en 2021, malgré que plus de 70% des factures n’aient pas été recouvrées. Le plan du Compact énergétique national ambitionne d’attirer environ 12,5 milliards de dollars (USD) de financements d’ici 2030 dans le secteur.
Pourquoi cette ouverture est-elle lancée maintenant ?
Le secteur du transport est jugé fragilisé par le poids du monopole public (Sonatrel), des infrastructures vieillissantes et un manque d’investissements pour étendre et moderniser les lignes. Le Cameroun prévoit de développer de larges capacités de production, notamment via les barrages Barrage de Nachtigal (420 MW), Barrage de Kikot, et d’autres grands projets. Cela impose un transport robuste pour évacuer cette énergie.
Les pertes élevées (≈ 20-30 %) coûtent cher à l’économie, affaiblissent la rentabilité des opérateurs et freinent l’attractivité pour les investisseurs privés. L’ouverture aux PPP permet de mobiliser des capitaux privés, de partager les risques et de moderniser les infrastructures plus rapidement.
Ce que prévoit la réforme
Le marché du transport d’électricité sera ouvert aux investisseurs privés via des partenariats publics-privés. Sonatrel perdra son exclusivité ou partagera plus activement le segment avec des acteurs privés. Le plan vise à « connecter pleinement le réseau national d’ici 2028 ».
Les investissements envisagés permettront d’améliorer l’interconnexion, y compris régionale, et d’accroître l’efficience du transport de l’énergie. La réforme s’inscrit dans un cadre plus large qui inclut l’augmentation de la capacité installée, la promotion des renouvelables, et l’amélioration du recouvrement tarifaire. Par exemple, le plan mentionne l’objectif de porter le recouvrement à 90 %.
Les défis à surmonter
Même avec un bénéfice positif en 2021, Sonatrel souffre d’un très faible recouvrement des factures : seulement ~42,19 milliards de FCFA recouvrés sur 228,79 milliards de FCFA facturés à fin 2021. L’endettement et les arriérés restent élevés dans le secteur électrique : par exemple, la dette cumulée des entreprises publiques du secteur de l’électricité figure parmi les plus importantes.
Les pertes sont une combinaison de pertes techniques (infrastructures obsolètes, surcharge des lignes) et de pertes commerciales (fraude, non-paiement). Il faudra agir sur les deux fronts. Le cadre réglementaire et contractuel des PPP devra être solide pour garantir l’attractivité des investisseurs privés (garanties, rentabilité, transparence). L’interconnexion entre les réseaux existants (Sud, Nord, Est) est encore partielle, ce qui limite les gains d’échelle.
Perspectives et impact attendu
Si la réforme est bien mise en œuvre, on peut s’attendre à :
- Une baisse significative des pertes (objectif implicite de «réduire les pertes de 30 %» mentionné dans certains articles)
- Une meilleure évacuation de l’énergie des nouveaux barrages vers les zones de consommation et vers l’exportation
- Une amélioration de la qualité et de la fiabilité de l’approvisionnement électrique, condition essentielle à l’industrialisation du pays
- Une plus grande mobilisation de capitaux privés et donc une accélération des rénovations et constructions d’infrastructures
Le calendrier est ambitieux (connexion complète d’ici 2028), mais l’investissement requis est élevé et dépendra de la confiance des investisseurs.
La réforme visant à ouvrir le transport d’électricité aux capitaux privés au Cameroun s’appuie sur des données solides : pertes élevées (≈ 20-30 %), un réseau limité (≈ 3 405 km pour le transport), et un besoin urgent de modernisation face à de nouveaux barrages. Le plan est cohérent et présente un fort potentiel. Toutefois, la réussite dépendra fortement de la mise en œuvre, du cadre réglementaire, des garanties offertes aux investisseurs et de la capacité à améliorer les performances du secteur (recouvrement, lutte contre la fraude, modernisation).