Où en est le Cameroun avec ses projets miniers ?
Le Cameroun déploie actuellement une stratégie minière reposant sur 16 projets répartis dans six régions du pays. Trois projets sont déjà en production. Le projet de fer de Grand Zambi débutera ses essais le 12 juillet. Celui de bauxite de Minim-Martap, structuré en huit volets, sera lancé le 15 juillet, avec une extension du réseau ferroviaire pour transporter un million de tonnes de bauxite. L’espace d’accueil est déjà prêt au Port autonome de Douala, tandis que les wagons et locomotives nécessaires ont été acquis.
Autre avancée concrète, la société Codias, grâce à une technologie validée, est passée de 4 kg à 60 kg d’or produits par mois. À Kribi, SINOSTEEL finalise le terminal minéralier. Plus de 1 000 logements ont été construits pour accueillir le futur personnel. Deux centres de concentration de fer sont déjà opérationnels et disposent d’une capacité énergétique locale de 58 MW. Pour Grand Zambi, un apport initial de 12 MW a été sécurisé. Ces projets marquent un tournant majeur dans l’industrialisation de notre secteur minier.
Quelle est votre stratégie pour industrialiser le pays ?
Nous avons adopté une politique basée sur le développement de chaînes de valeur pour parvenir à l’import-substitution. Par exemple, la chaîne Bauxite-Alumine-Aluminium est en pleine construction. Prometal transforme déjà l’aluminium en produits de consommation courante. Le fer, lui, sera enrichi et transformé en billettes. Quant à l’argile et au feldspath, ils sont désormais transformés localement en carreaux. Deux grandes usines de céramique, dont Kéda à Kribi, vont faire du Cameroun le premier exportateur africain de carreaux. Nous avons su saisir l’opportunité créée par la guerre en Ukraine, qui a bloqué les exportations vers l’Italie. Or ces matières premières sont disponibles dans l’Ouest et le Littoral. Cela permet une production à bas coût et de grande qualité. C’est cette logique d’intégration qui porte notre vision industrielle.
Comment préparez-vous la jeunesse à contribuer à cette dynamique industrielle ?
Nous avons remis sur pied les Journées technologiques. Elles ont permis de révéler le potentiel de la jeunesse camerounaise en matière d’invention et d’innovation. C’est par l’innovation que les nations se développent. Il ne faut plus attendre. Nous ne sommes plus des bébés. Nous préparons nos jeunes à saisir des opportunités concrètes, notamment à travers le Fonds africain de l’OAPI, qui soutiendra les projets innovants. L’objectif est que la jeunesse camerounaise devienne une référence quand ce fonds sera lancé.
Quelle est la place des produits à indication géographique dans votre stratégie économique ?
Le Cameroun est aujourd’hui leader africain en matière d’indications géographiques (IG), avec trois produits reconnus : le poivre de Penja, le cacao rouge et le miel blanc d’Oku. Mais au-delà du prestige, nos d’indications géographiques ont un réel impact économique. Le cacao rouge, par exemple, est recherché mondialement. Il est utilisé pour rehausser la qualité d’autres cacaos dans des mélanges. Cette reconnaissance fait grimper les prix. Contrairement à d’autres pays où les IG restent symboliques, chez nous elles génèrent de la valeur. Nous comptons créer d’autres IG pour renforcer cette dynamique. Grâce à sa diversité géographique, le Cameroun peut produire des biens recherchés dans toute l’Afrique. Le ministère des Mines est pleinement mobilisé pour promouvoir et protéger ces atouts.
Quel est le rôle des nationaux dans le secteur minier ?
Cette question est très importante parce que les premiers acteurs dans le secteur minier sont les Camerounais. La mine de Grand Zambi est exploitée à 100 % par un camerounais. Codias est également une société camerounaise. C’est une première en Afrique. Nous avons décidé de bâtir notre industrie avec nos propres citoyens. C’est pour cela que j’ai instauré des procédures claires. Par exemple, si on dit que vous devez payer 63 millions de FCFA pour les semi-mécanisés au Trésor de l’État, il ne faut pas faire les négociations avec nous, parce que vous allez finir par payer ça. Il faut noter que c’est le secrétaire général du ministère des Mines qui est le président de la commission d’attribution des permis de recherche. Et il fait cela avec un comité interministériel. Le ministère des Mines est celui qui signe quand tout est fait.
Pourquoi êtes-vous si attaqué récemment ?
Malheureusement, le secteur est pollué par plus de 200 bureaux d’études fictifs, qui dépassent le nombre d’industries. Ils ne localisent pas correctement les projets. Lorsque nous tentons de mettre de l’ordre, nous subissons des attaques. Mais nous ne reculerons pas. Nous allons continuer à fermer les unités de production non conformes, notamment celles de whisky produit dans des conditions sanitaires déplorables. Le Cameroun doit avancer.
