Ancien président du conseil d’administration du groupe Ecobank Transnational Incorporated, Emmanuel Ikazoboh n’est pas un inconnu dans les sphères de la finance et de la gouvernance en Afrique. Sa carrière, jalonnée de postes de responsabilité dans l’audit, la régulation et la finance, en fait un profil crédible pour diriger le conseil d’administration d’un groupe aussi stratégique que Dangote Cement. Son expertise s’étend à des domaines aussi variés que la stratégie d’entreprise, la gestion du changement, la finance internationale et la gouvernance d’entreprise.
Diplômé du Yaba College of Technology, de l’Université du Pays de Galles et de Manchester Business School, il est également expert-comptable agréé (ACA, UK) et membre de l’ICAN (Institut nigérian des experts-comptables). Sa carrière a débuté au cabinet Akintola Williams & Co, aujourd’hui Deloitte Nigeria, où il gravit les échelons jusqu’à devenir PDG de Deloitte Afrique de l’Ouest et Centrale. Il a aussi été administrateur intérimaire de la Bourse du Nigeria (NSE) et du Système central de compensation des titres (CSCS), où il a mené des réformes majeures. Depuis 2014, il siège au conseil de Dangote Cement, une entreprise qu’il connaît donc déjà de l’intérieur.
Dans ses premières déclarations, Emmanuel Ikazoboh s’est dit honoré de cette confiance. Il entend poursuivre l’œuvre de son prédécesseur tout en apportant sa propre touche stratégique. Il a fixé des priorités claires : réduction des coûts de production face à l’inflation, transition vers des énergies alternatives, renforcement des compétences internes, et innovation pour améliorer l’efficacité opérationnelle.
« Ma vision pour Dangote Cement repose sur l’excellence opérationnelle, l’expansion stratégique, la durabilité, l’innovation et l’engagement communautaire », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de rester compétitif sur un marché africain en mutation.
Dangote Cement : une puissance industrielle
Le défi est de taille, car Dangote Cement n’est pas une entreprise comme les autres. Avec une capacité installée de 52 millions de tonnes par an, dont 35,25 millions au Nigeria, elle domine l’industrie cimentière africaine. Et la croissance ne faiblit pas : deux nouvelles unités en Côte d’Ivoire (3 Mta) et à Itori (Nigeria, 6 Mta) sont en voie d’achèvement, portant la capacité totale à 61 millions de tonnes d’ici fin 2025. Présente dans plus de 10 pays africains, l’entreprise s’appuie sur une stratégie d’intégration verticale de l’extraction à la distribution, qui lui confère une résilience exceptionnelle, y compris dans un environnement économique tendu.
Le passage de témoin intervient alors que Dangote Cement affiche des résultats exceptionnels. Au premier semestre 2025, selon la presse locale, le chiffre d’affaires a progressé de 17,7 % pour atteindre 2 071,6 milliards de nairas (environ 762 milliards FCFA). L’EBITDA s’est hissé à 944,9 milliards de nairas, en hausse de 41,8 %, avec une performance spectaculaire au Nigeria, où l’EBITDA a bondi de 82,4 %. Le bénéfice avant impôts a grimpé de 149 %, atteignant 730 milliards de nairas, tandis que le bénéfice net s’est envolé de 174 %, à 520,5 milliards de nairas.
Ces résultats ont été portés par une hausse de 18,2 % des exportations, avec notamment des expéditions vers le Ghana et le Cameroun, deux marchés clés. En 2024, les filiales de Dangote Cement ont versé plus de 402 milliards de nairas d’impôts, faisant du groupe le plus important contribuable du Nigeria. Avec ce changement à la tête du conseil d’administration, Dangote Cement entre dans une nouvelle phase de son histoire. Le départ d’Aliko Dangote de la présidence du conseil, tout en restant le principal actionnaire, pourrait permettre une meilleure séparation entre gestion opérationnelle et stratégie industrielle.
Une ouverture sur l’avenir
Le défi sera de maintenir l’ambition panafricaine du groupe, tout en adaptant son modèle aux réalités de chaque marché. Emmanuel Ikazoboh arrive à un moment où l’Afrique a besoin d’industries solides, bien gouvernées et résilientes. Son mandat pourrait bien incarner cette nouvelle exigence. En effet, Le contexte macroéconomique actuel, marqué par l’instabilité des devises, l’inflation élevée et la hausse des prix de l’énergie, appelle une gestion rigoureuse et une vision claire. La nomination d’Ikazoboh, perçu comme un technocrate expérimenté, pourrait rassurer les actionnaires sur la capacité du groupe à maintenir sa rentabilité et sa solidité financière.
Aliko Dangote, milliardaire nigérian et architecte de l’essor de l’industrie cimentière en Afrique, poursuit son retrait progressif des organes de gouvernance de ses entreprises. Après avoir cédé la présidence de Dangote Sugar Refinery en juin 2025, il passe le flambeau chez Dangote Cement, entreprise-phare de son conglomérat, afin de se consacrer à d’autres secteurs clés comme la pétrochimie, le raffinage et les engrais. Ce repositionnement s’inscrit également dans sa volonté de renforcer les relations avec les gouvernements africains, alors qu’il supervise des projets industriels de très grande envergure.
