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Marché du textile : l’Afrique peut habiller l’Afrique

Selon la Banque Africaine de Développement (BAD), le secteur africain du textile-habillement représenterait un marché de 31 milliards de dollars US en Afrique subsaharienne. C’est même le deuxième secteur le plus important en termes d’emplois dans les pays en développement, après l’agriculture. Mais comme le déplore Pathé’O, styliste-modéliste, au Burkina Faso, l’Afrique produit du coton, mais ce coton ne reste pas chez nous. Or, pour développer son marché du textile, l’Afrique a besoin de son coton.

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L’habillement est un secteur d’activité fortement corrélé à la croissance économique du pays. Dans les pays africains, la demande de vêtements est élevée et il n’y a pas suffisamment d’entreprises de vêtements de marque et à des prix raisonnables. Il existe donc une énorme opportunité pour les entreprises africaines.

Les consommateurs africains suivent les tendances et recherchent des produits textiles de meilleure qualité. Les produits textiles chinois sont bon marché, mais manquent de qualité. Les marques européennes sont de haute qualité, mais elles sont très chères pour le marché de masse. La personnalisation des vêtements est plus facile par rapport aux autres secteurs.

Mais, le  marché africain de textile peine à décoller car, comme l’explique Pathé’O, styliste-modéliste, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, créateur des célèbres chemises “Mandela”:

Nos pays producteurs exportent tout et il ne nous reste rien. Croire que l’industrie de la mode, ce sont les autres, c’est faux. L’Afrique peut habiller l’Afrique. Mais pour se faire, elle a besoin de son coton. Pour passer de la mode à une vraie industrie, il faut développer la formation, les infrastructures et l’accès aux ressources financières.

Le Nigérien Sidahmed Alphadi a renchéri dans le même sens :

Dans le temps, nous avions demandé que les pays producteurs de coton conservent au moins 25% de leur production. Mais ça n’a jamais été respecté : c’est à peine si nous en gardons 2%.

Certes, l’industrie du textile offre de belles perspectives d’avenir, des perspectives qui pourraient devenir réalité, mais à trois conditions, ont nuancé Alphadi et Pathé’O : limiter l’exportation du coton ; créer les structures (se doter de nouveaux matériels) ; et former les jeunes.

En Afrique, l’industrie de la mode pourrait générer 15,5 millions de dollars US dans les cinq ans, d’après la BAD – et ces chiffres restent encore bien loin du 1,3 milliard de dollars US que cette industrie pèse à l’échelle mondiale. Pour tenter de combler l’écart, dans un secteur où l’écrasante majorité de la main d’œuvre est composée de femmes et de jeunes, la Banque avait lancé, en 2015, l’initiative Fashionomics Africa (« économie de la mode en Afrique »), destinée à offrir un soutien aux micro, petites et moyennes entreprises (MPME) œuvrant dans le secteur de la mode et du textile en Afrique. Dans ce cadre, la Banque a d’ores et déjà investi 10 millions de dollars US à Madagascar, dans le Projet d’appui à la promotion des investissements (PAPI), qui cible les MPME du secteur et les femmes et les jeunes en particulier.

Le coton domine le marché du textile en Afrique

L’industrie textile africaine est variée, mais la constante apparente est leur marché du coton. De nombreux pays d’Afrique cultivent et vendent actuellement du coton. Six d’entre eux cultivent du coton sous le label ”Cotton made by Africa”, qui est aussi l’un des plus gros producteurs d’emplois, avec 450 000 Africains travaillant dans le seul commerce du coton. La culture et la vente de coton ne sont cependant pas leur seule industrie textile.

L’Afrique du Sud s’est également lancée dans les textiles techniques, en fournissant du chanvre aux entreprises aéronautiques pour leurs produits. Des pays comme l’Éthiopie commencent également à gagner des usines de textile qui emploient des locaux et aident les entreprises qui tentent d’échapper à la hausse des salaires dans des pays comme la Chine. Des entreprises comme H&M ont ouvert des usines en Afrique, car leurs salaires sont inférieurs et la population peut subvenir aux besoins des travailleurs nécessaires.

Le coton demeure la matière première textile majoritaire sur le continent. L’Afrique représente en moyenne 11% (entre 8% et 15% selon les années) de la production mondiale de coton pour 13% des superficies arables mondiales. En comparaison, la Chine produit en 2014 27% du coton mondial, l’Inde 25% et les États-Unis 11%. La transformation du coton (filage, tissage) est encore trop faible : généralement, de 2% à 5% du coton produit sur place est transformé dans des usines encore trop peu nombreuses et à la rentabilité limitée.

Concernant la confection, le secteur industriel demeure encore très timide en Afrique subsaharienne (notamment de l’Ouest et centrale) avec une tradition ancrée du petit tailleur de quartier sollicité pour les grands événements et par la diaspora.

Des usines nationales permettent cependant d’assurer les besoins locaux avec un rendement néanmoins limité. Le continent compte cependant des pôles d’usine en Afrique du nord (Maroc, Tunisie) et en Afrique de l’Est qui jouissent d’exportations internationales et de centres de façon pour les marques venues d’Europe.

La région UEMOA représente 8% des exportations de coton mondiale et occupe 70% de la population active des pays de la zone économique. Hors, seule 2% de la production est transformée sur place (ensuite 90% de la production envoyée en Asie, 8% en Europe). Les États se positionnent sur un objectif de 25% de coton transformé sur place d’ici 2020. Le Burkina Faso est lui le leader africain en production de coton et 9ème mondial avec 272 000 tonnes produites en 2015/2016.

Forces et faiblesses du marché du coton africain

 La présence de cette matière première très consommée dans l’industrie textile mondiale est un atout majeur. Ajoutant à cela sa particulière qualité en comparaison avec le coton cultivé en Inde ou en Amérique. Cependant, la mise à profit de cette force dépend de l’industrialisation qui apportera une réelle valeur ajoutée avec une transformation faite localement (entre 2 et 5% à ce jour). La proximité avec le marché européen demeure une réelle force pour convaincre les donneurs d’ordre au-delà de la Méditerranée.

Les délais d’acheminement s’en voient réduits, la compatibilité linguistique améliore également la compréhension entre les parties prenantes. Une autre motivation pour les investisseurs. L’exemple de l’Éthiopie est assez révélateur : un employé chinois dans l’industrie textile coûte 450 dollars mensuels contre 50 dollars pour un ouvrier éthiopien…

En revanche, font défaut les infrastructures et le matériel industriel, énergie, transport, communication, etc. L’indice de développement bien que différent selon les 54 pays qui composent le continent, une significative partie d’entre eux pâtit encore d’une présence d’infrastructures insuffisante à un développement effectif et résilient.

Les usines en fonctionnement datent souvent de l’ère coloniale, notamment dans la zone franc CFA. À titre d’exemple,

chez Mwanza Ltd en Tanzanie, des centaines de métiers à tisser produisent du tissu à 150 coups la minute. Les standards, aujourd’hui, c’est entre 800 et 1200 coups la minute. En comparaison, au Pakistan, au Brésil, en Inde, en Chine ou en Turquie, une usine avec le même nombre de machines, mais modernes, produit, dans le même temps, 10 fois plus de surface de tissus qu’en Afrique,

d’après l’interview de Nicolas Konda sur lesafriques.com. Actuellement des groupes de réflexion s’orientent vers des programmes de développement « sur mesure » et des objectifs à horizon 2030 sous l’impulsion des 17 objectifs de développement durable pour changer le monde. De plus, le 20 novembre, sous l’initiative des Nations Unies, est célébrée comme étant la journée de l’industrialisation de l’Afrique. Elle réunit entre autres l’Union Africaine (UA) autour des partenaires clefs du développement.

Le cas du Franc CFA

Héritage de l’ère colonial dans les zones UEMOA et CEMAC, cette monnaie liée à l’euro pénalise les pays producteurs dans le cadre des exportations.

Par exemple, deux types de tissu très répandus : Le wax : bien que majoritairement produit en Hollande (en ce qui concerne la qualité la plus recherchée avec la mainmise de l’entreprise VLISCO), des pays africains se sont engagés sur le créneau pour une production locale : le Bénin (avec notamment l’usine SOBETEX et ses trois qualités de tissu : wax, védomè et chivi), le Ghana (ABC wax), le Niger (Sonitextile) ou encore la Côte d’Ivoire (Uniwax) sont les principaux producteurs locaux. Le bazin : le coton damassé (ou soie damassée) est importé d’Angleterre, d’Hollande ou de Chine avant d’être teint localement, notamment au Mali qui plébiscite le plus ce tissu brillant des grands évènements.

Concernant la confection, les ateliers de confection à échelle industrielle demeurent encore timides sur le continent. Des pays ont pourtant su tirer leur épingle du jeu et ont développé leurs usines pour devenir des ateliers de confection ouverts aux échanges internationaux. On citera le Maroc et la Tunisie qui ont réussi à se nicher une place dans l’univers du façonnage destiné aux marques européennes, favorisés par leur proximité géographique.

Au-delà du Sahara, l’Afrique de l’Est s’impose comme un acteur d’avenir avec l’Éthiopie, le Kenya (qui a bénéficié d’une annulation des taxes douanières vis-à-vis des États-Unis suite à l’accord de libre-échange américain (AGOA), gonflant ainsi ses exportations de 27,3 %). Madagascar conserve également une place majeure sur le marché de la maille et vient de voir son économie textile relancée suite à sa réintégration en 2014 dans l’AGOA.

Impact de l’AGOA sur l’industrie textile africaine

Pour renforcer la puissance économique du continent africain, le Congrès américain a signé la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA) par le biais de la loi américaine sur le commerce et le développement de 2000, entrée en vigueur, le 18 mai 2000, et depuis sa promulgation, des résultats tangibles continus et un énorme succès, ont été réalisés jusqu’à présent par les membres éligibles tels que le Kenya, le Malawi, le Lesotho, la Guinée équatoriale, le Gabon, le Zimbabwe et la Gambie, entre autres.

Grâce à l’AGOA, les États-Unis ont ouvert leur marché aux produits africains, les textiles prenant la part du lion où ils offrent aux exportateurs subsahariens de vêtements vers le marché américain, un accès en franchise de droits qui est un grand levier sur les membres non éligibles tels que les pays asiatiques, réduisant les coûts de production, ce qui donne au marché américain, une meilleure option pour les produits textiles africains tels que les vêtements pour bébés, les tissus gris, le fil de coton filé, la laine, le coton égrené, etc. Ces produits ont le plus grand potentiel de production compétitive dans les pays d’Afrique subsaharienne.

Soit pour l’exportation directe, soit pour une utilisation dans la production en aval de vêtements destinés à l’exportation vers les États-Unis que d’autres marchés continentaux comme l’Asie et l’Europe, entre autres.

En outre, la demande de textiles et de vêtements africains augmente à l’échelle mondiale et les motifs africains sont de plus en plus reconnus comme des pièces véritablement à la mode et emblématiques. Les maisons de couture internationales intègrent de plus en plus d’influences africaines dans leurs dernières collections.

L’exemple qui vient de l’Éthiopie

Les principales entreprises textiles chinoises intensifient leurs plans d’approvisionnement et d’investissement en Éthiopie à la suite d’une visite dans ce pays africain d’une délégation de représentants de l’industrie organisée par le Centre du commerce international. Au cours des vingt dernières années, la Chine est devenue une source de financement de plus en plus importante dans les économies africaines, y compris dans le secteur manufacturier éthiopien, jeune mais à croissance rapide.

En 2018, la Chambre de commerce chinoise des textiles (CCCT) a conclu des accords d’approvisionnement et exploré des partenariats d’investissement avec des partenaires éthiopiens d’entreprises textiles locales et des dirigeants de l’Association éthiopienne de l’industrie du textile et du vêtement, ainsi qu’avec des responsables gouvernementaux de haut niveau.

Les tensions commerciales actuelles entre les États-Unis et Pékin ont été citées comme une incitation supplémentaire pour les entreprises chinoises à investir en Éthiopie, avec des difficultés croissantes associées à l’exportation depuis la Chine.

Paysage concurrentiel

En termes de part de marché, peu d’acteurs majeurs dominent actuellement le marché. Cependant, avec les progrès technologiques et l’innovation des produits, les petites et moyennes entreprises accroissent leur présence sur le marché en obtenant de nouveaux contrats et en exploitant de nouveaux marchés. Parmi les principaux acteurs, on cite CIEL Textile Ltd ;  Almeda Textile Factory Plc ; Edcon ; Truworth ; Gelvenor Textiles.

Concurrence chinoise : une sérieuse menace pour l’Afrique

La concurrence asiatique a fait beaucoup de mal à une industrie textile africaine prenant doucement ses marques après les indépendances. Comme au reste du monde d’ailleurs avec la fin de l’accord multifibres (AMF) en 2005 qui imposa pendant 32 ans des quotas d’importation de la production asiatique en Europe et en Amérique. Suite à la fin de ces limitations, l’industrie textile endure le déferlement chinois que l’on connaît.

Cette situation de libre-échange a fragilisé de nombreux pays comme l’Afrique du Sud avec 150 000 emplois perdus en 15 ans ou le Maroc et le Lesotho qui ont vu certaines usines délocalisées vers le continent asiatique. Au Burkina Faso, sur les 46 usines de filature fonctionnelles en 2003, seules une dizaine d’usines sont aujourd’hui en état de marche.

L’autre face de la concurrence chinoise consiste en la production de tissu wax pas cher mais souvent de mauvaise qualité, contrefaite, introduite parfois de façon illégale dans les marchés locaux. Les fripes d’Europe « Tombola » à Kinshasa, « la fripe » au Cameroun.

Depuis les années 1980, les fripes de seconde main des pays Occidentaux sont envoyées dans les pays du Sud, notamment en Afrique, inondant le marché local. Ce système, en contribuant à diffuser la mode occidentale et à habiller les plus pauvres, a influé la production locale et son expansion. L’industrie textile africaine demeure dans une phase de conquête et de développement avec un but ultime : enfin profiter aux populations locales.

Des opportunités naissent et attirent les investisseurs face à des conditions favorables (production du coton, coût bas de la main d’œuvre, proximité avec l’Europe). Il appartient aux différents acteurs du continent de trouver des solutions face à une concurrence asiatique forte tout en préservant l’intégrité de ses terres et de sa population.

La menace liée à la fin des quotas

Dans toute l’Afrique, les fabricants et exportateurs de textiles ont du mal à se remettre des conséquences de l’entrée en vigueur en janvier 2005 de nouvelles règles commerciales. Ces règles, négociées à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ont libéralisé un domaine d’activité protégé pendant plus de 30 ans en éliminant les quotas dans les pays développés. Ces quotas avaient eu pour effet indirect de créer un excellent marché pour les textiles et vêtements fabriqués dans les pays africains pauvres et autres pays en développement.

L’abandon progressif du régime des quotas a déjà coûté à l’Afrique plus de 250 000 emplois en quelques années, selon la Fédération internationale des travailleurs des industries du textile, de l’habillement et du cuir (FITTHC). La plupart des emplois ont été supprimés au Lesotho, en Afrique du Sud, au Swaziland, au Nigéria, au Ghana, à Maurice, en Zambie, à Madagascar, en Tanzanie, au Malawi, en Namibie et au Kenya.

Lors d’une récente réunion du bureau africain de la Fédération internationale (FITTHC) qui s’est déroulée au Cap (Afrique du Sud), les participants ont enjoint les gouvernements africains d’organiser d’urgence une conférence à l’échelle continentale pour examiner l’avenir des secteurs du vêtement, des textiles et de la chaussure.

Cette réunion devrait permettre aux gouvernements, syndicats et investisseurs de formuler des stratégies face à la crise actuelle, afin d’accroître la productivité, d’attirer les capitaux et d’améliorer les conditions de travail.

L’ancien régime des quotas, connu sous le nom d’Arrangement multifibres (AMF), limitait les exportations de textiles et de vêtements vers les plus grands marchés du monde – États-Unis, Canada et Union européenne (UE) – dans le but de protéger les producteurs des pays industrialisés de leurs concurrents plus performants d’Asie.

Ce faisant, ce régime a involontairement avantagé les petits exportateurs de textiles des pays en développement, moins gênés par les restrictions ou bénéficiant d’accès préférentiels aux marchés de l’UE ou des États-Unis; leurs exportations vers les principaux pays industriels ont prospéré.

L’abandon des quotas risque de chasser des grands marchés ces fabricants, incapables de rivaliser avec la concurrence effrénée de pays comme la Chine ou l’Inde. Les producteurs africains peuvent viser le créneau haut de gamme des marchés étrangers, mettant par exemple en valeur les motifs africains.

Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), la Chine a exporté pour 31 milliards de dollars de textiles de janvier à avril 2005, une augmentation de 18 % par rapport à la même période de l’année précédente. Les exportations de textiles chinois vers les États-Unis et l’Union européenne, désormais affranchies de quotas, ont augmenté de 250 % et 84 %, respectivement.

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