Le Mozambique renoue avec ses ambitions ferroviaires. À la croisée des grands corridors d’Afrique australe, le pays se positionne comme une future plaque tournante du transport régional, portée par une vague d’investissements publics et privés dans les infrastructures ferroviaires. Une stratégie qui s’ancre dans une vision plus large de transformation logistique, de compétitivité portuaire et de croissance économique inclusive. Au cœur de cette dynamique, trois corridors structurants : le corridor de Nacala au Nord, celui de Beira au Centre, et celui de Maputo au Sud.
Chacun de ces axes ferroviaires relie les riches régions minières et agricoles des pays voisins : Malawi, Zimbabwe, Zambie, voire RDC aux ports mozambicains sur l’océan indien. Et avec l’augmentation des échanges régionaux, ces infrastructures deviennent stratégiques pour désenclaver l’intérieur du continent, et faciliter l’accès aux marchés internationaux. L’annonce, fin avril 2025, d’un plan de modernisation ferroviaire de 218,8 millions USD, d’ici 2030 par le ministre mozambicain des Transports, João Matlombe, s’inscrit dans une vision d’ensemble : fluidifier les échanges régionaux, tout en désenclavant l’intérieur du pays.
Lors d’une cérémonie à Maputo, trois nouvelles locomotives ont été inaugurées, premières livraisons d’un programme plus vaste de 15 engins conçus pour circuler entre le Mozambique et ses voisins : Afrique du Sud, Zimbabwe, Eswatini, Malawi. Ce plan ambitieux prévoit notamment : le doublement de 25,5 kilomètres restants de la ligne stratégique Ressano Garcia, reliant Maputo à l’Afrique du Sud ; l’achat de 30 voitures passagers et 250 wagons pour le transport de minerais, en réponse à la demande du secteur extractif ; la modernisation des ports de Beira et Nacala, dans le cadre d’un vaste programme de renforcement des corridors logistiques.
En parallèle, selon les informations du gouvernement mozambicain, le groupe émirati DP World investit 165 millions USD pour porter la capacité annuelle du terminal à conteneurs du port de Maputo de 255 000 à 530 000 EVP. Le projet prévoit l’extension du quai à 650 mètres, son approfondissement à 16 mètres, ainsi que l’installation de grues STS et RTG pour accueillir les navires post-Panamax.
Une montée en puissance face à la crise Sud-africaine
Ces investissements ne sont pas anodins : ils visent clairement à profiter des difficultés logistiques persistantes de l’Afrique du Sud, dont le système portuaire et ferroviaire est englué depuis plus d’une décennie. Résultat : une partie du trafic régional est détournée au profit des corridors alternatifs. Le port de Maputo en est l’exemple le plus frappant : son trafic est passé de 5 millions de tonnes en 2003 à plus de 30 millions en 2024. Cette dynamique bénéficie aussi aux corridors secondaires. Le projet de réhabilitation du tronçon ferroviaire Beira–Machipanda, vital pour le Zimbabwe, avance avec l’appui de bailleurs internationaux.
Le corridor de Nacala, lui, poursuit sa montée en puissance avec l’exportation du charbon, via un port en eau profonde, un projet piloté par Vale, puis repris par le gouvernement. Pour les autorités mozambicaines, l’objectif est clair : bâtir un écosystème logistique intégré, capable de desservir efficacement l’hinterland régional (Afrique du Sud, Eswatini, Zimbabwe, Malawi, Zambie). Un positionnement stratégique qui, à terme, pourrait changer la donne en matière de logistique dans la région.
Mais, ce pari logistique n’est pas sans risque. Les émeutes post-électorales de 2024 ont causé plus de 14,4 millions USD de pertes au réseau ferroviaire, dont 13,38 millions de fret non transporté, et endommagé du matériel récemment acquis. Les effets du changement climatique pèsent aussi lourdement : en 2023, le cyclone Freddy a infligé plus de 8,5 millions USD de dégâts, dont 6,1 millions sur le système ferroviaire Sud. Par ailleurs, le modèle économique du transport de passagers reste fragile, avec plus de 85% du financement assuré par l’État. Une dépendance problématique dans un contexte de tensions budgétaires récurrentes, affirment les experts.
Un marché régional en expansion
L’ambition du Mozambique s’appuie sur des perspectives économiques favorables. Selon le rapport « Unlocking Southern Africa’s Trade Potential in 2025 and Beyond », publié par Reload Logistics, la région australe devrait enregistrer une croissance de 4,2% dans les prochaines années, portée par les exportations de matières premières et la modernisation des infrastructures. Cette dynamique encourage les investissements dans les corridors logistiques.
La Namibie poursuit les travaux sur son terminal à conteneurs, et développe le corridor Trans-Kalahari (1500 km) pour relier le Botswana à la côte atlantique. L’Afrique du Sud, de son côté, a lancé en 2024 un programme de refonte logistique de plusieurs milliards de dollars pour maintenir son leadership. Cette renaissance ferroviaire du Mozambique repose sur un modèle mixte : partenariats public-privé, coopération avec la Chine, le Brésil ou le Japon, mais aussi l’appui technique d’institutions comme la BAD ou l’Union européenne. Dans un contexte où la logistique représente jusqu’à 40% du coût des exportations pour certains pays africains, l’optimisation du rail apparaît comme un levier de compétitivité majeur.
Le Mozambique a déjà réduit le temps de transit entre ses mines et ses ports, et les volumes exportés par rail ne cessent d’augmenter. Le pays s’inspire du modèle Sud-africain, mais entend tracer sa propre voie : un hub logistique africain, adossé à une infrastructure ferroviaire robuste, capable de transformer les échanges régionaux, et d’attirer davantage d’investissements étrangers.
