Le suspense semblait durer une éternité, mais il a connu un dénouement heureux pour Christophe Eken, le président sortant de la Chambre de Commerce, de l’Industrie, des Mines et de l’Artisanat (CCIMA) du Cameroun. L’ingénieur de 77 ans, par ailleurs opérateur économique, a été reconduit à la tête de l’institution consulaire pour un cinquième mandat de quatre ans. Le décret de reconduction a été signé, le 19 mai 2025 par le président de la République, Paul Biya. Soit dix mois après l’élection de juillet 2024, qui avait permis aux 160 000 membres de l’organisation consulaire de renouveler leurs représentants.
Jusqu’en 2028, Christophe Eken va donc diriger cette Chambre en dépit du concert de protestations qui a suivi les élections de juillet 2024 à la CCIMA. Le président sortant était vivement critiqué en interne par des voix anonymes, tant pour la forte concentration de pouvoirs autour de sa personne, que pour sa longévité à la tête de la représentation consulaire. Une longévité qui a fini par se muer en inertie, d’après ses détracteurs.
Record de longévité pour l’ingénieur et ancien Centralien
Né, le 07 janvier 1948, ce fils du groupement Baboutcheu-Ngaleu, dans le département du Haut-Nkam, région de l’Ouest Cameroun, passe une majeure partie de sa vie en Europe, où il effectue ses études supérieures. Il fait ses classes préparatoires à l’École spéciale des travaux publics de Paris, et intègre ensuite l’Ecole spéciale de mécanique et de l’électricité de la même ville française, d’où il sort comme ingénieur. Auditeur diplômé de l’École centrale de Paris, il commence sa carrière professionnelle dans le vieux continent, notamment en France et en Hollande, où il travaille dans de grandes entreprises. Cette aventure professionnelle le conduira également en Tunisie et en Côte d’Ivoire.
De retour au Cameroun en 1975, Christophe Eken occupe les fonctions de directeur adjoint de la filiale d’Air Liquide, puis celles de directeur de la Camoa et de la Société africaine des techniques industrielles et de construction (Saticam). Il est ensuite nommé secrétaire général du Groupe Air Liquide en Afrique centrale. Pendant 18 ans, il représente ce groupe au Cameroun. Il représente également pendant 16 ans, le constructeur automobile Mercedez-Benz, via la société Globauto S.A, et fonde Centrale Voyages, une société de transports interurbains aujourd’hui disparue.
Élu à la présidence de la Chambre de Commerce depuis 2008, pour succéder à Claude Juimo Monthe, l’ex-député et adjoint au maire de Bafang (sa ville d’origine) est reconduit en 2012, en 2016 et en 2020. A la fin du présent mandat, en 2028, il aura passé 20 ans à la tête de l’organisme public consultatif et représentatif des intérêts des milieux d’affaires camerounais, notamment dans les domaines du commerce, de l’industrie, des mines et de l’artisanat. Il battra alors le record du français, Maurice Boucher, qui avait présidé la Chambre pendant 18 ans, de 1939 à 1957.
Usine d’abattage automatique et de conditionnement de poulets
Aujourd’hui reconverti dans la transformation agro-industrielle, Christophe Eken, promoteur de la Société des produits avicoles du Cameroun (Spac), a engagé, dans la ville de Bafang, la construction d’une usine multinationale d’abattage automatique et de conditionnement de poulets. Un projet mort-né, financé par un don hors projet du gouvernement japonais, et qui n’a pas survécu aux réalités du marché, à en croire Louis Paul Motaze. Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), en 2011, lorsqu’il préside l’inauguration de ladite unité industrielle, Louis Paul Motaze avait expliqué aux députés que les produits de la Spac étaient vendus plus cher que les poulets importés, au regard des coûts de la production.
Accompagner la jeunesse africaine
En avril 2022, tout juste quelques mois après la signature d’un accord avec le secrétaire général de l’ICC, en octobre 2021, Christophe Eken est élu pour un mandat de trois ans (2022-2024) à la présidence de la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones (CPCCAF), un réseau de la francophonie économique créé le 11 mai 1973, et regroupant 31 pays francophones dont 25 en Afrique, 160 chambres consulaires et deux millions de ressortissants ou entreprises impliquées.
Le soutien des PME du continent est inscrit au cœur de ses priorités. Il veut travailler avec les membres du réseau pour « les aider à mieux accompagner leurs entreprises, renforcer leurs capacités et compétences, et surtout, aider nos jeunes à intégrer la nouvelle dynamique numérique pour qu’ils puissent faire de la production numérique, plutôt que de s’en tenir la seule consommation ». ..
Pour atteindre ces objectifs osés, le nouveau président de la CPCCAF ambitionne de trouver en Europe et dans les pays membres de cette organisation, des partenaires techniques et financiers pour accompagner les jeunes dans la transition numérique et écologique. « Car trouver les financements, c’est donner aux startups et entreprises la capacité d’ancrer les jeunes en Afrique, et qu’ils ne prennent plus le risque d’aller mourir dans la traversée du désert ou en mer », soutient Christophe Eken.
Partenariat Sud-Sud avec la ZLECAF
Le président de la CPCCAF envisage en outre de « mettre en place un réseau de travail partagé, c’est-à-dire, en compagnonnage, grâce à une combinaison d’expériences et d’expertises Nord-Sud, et de plus en plus, Sud-Sud avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) (…) pour qu’en définitive, de plus en plus de PME françaises, africaines et francophones soient actives à l’international, en concluant des partenariats équilibrés », déclare-t-il, en mai 2023, lors d’une interview à Paris, en France, où il prenait part, à Bordeaux, à une tournée de la Fondation Pierre Castel, dont il est membre.
Aussi, Christophe Eken se fixe le challenge d’étendre à l’Afrique les programmes Erasmus, qui touchent plus de 200 000 enseignants et étudiants, et VET Toolbox, qui accompagne les jeunes entrepreneurs. La CPCCAF assurant la supervision de 14 projets financés par le programme Archipelago, dans 12 pays africains (dans la zone sahélienne et la région du Lac Tchad), Christophe Eken n’exclut pas l’option de solliciter un prolongement ou une reconduction de ce programme d’aide financière de l’Union européenne à son expiration, pour financer les 120 jeunes migrants retournés au bercail, et déjà bénéficiaires de la formation conduite par ladite initiative. Sauf que la révolution agricole africaine qu’il soutient de tous ses vœux, comme préalable à toute révolution industrielle du continent, demeure un vœu pieux.
