prometal

Afrique : le continent à la conquête de sa souveraineté numérique, à travers des Data Centers

Avec une croissance annuelle estimée à 11,79 % d’ici 2030, le marché africain des centres de données s’annonce comme l’un des secteurs technologiques les plus dynamiques du continent. Porté par l’amélioration des infrastructures de connectivité, des politiques incitatives et l’essor de l’intelligence artificielle, il attire déjà de grands investisseurs mondiaux et locaux.

10 Min Lecture

Suivez-nous sur nos chaînes   chaîne Telegram Invest-Time chaîne WhatsApp Invest-Time chaîne TikTok Invest-Time

Encore marginal, il y a quelques années, le secteur des data centers en Afrique rentre dans une nouvelle phase de croissance. Si le continent ne représente aujourd’hui que moins de 1% de la capacité mondiale en matière de centres de données, les perspectives à moyen terme sont prometteuses. À l’horizon 2030, ce marché pourrait peser 6,81 milliards de dollars, contre 3,49 milliards en 2024, selon le rapport « Africa Data Center Market Landscape 2025-2030 », publié en mars 2025 par Research and Markets. La capacité des centres de données opérationnels sur le continent devrait, quant à elle, atteindre environ 1,3 gigawatt (GW) contre 400 mégawatts (MW) actuellement. L’essor du marché des data centers en Afrique repose d’abord sur des politiques volontaristes des États.

Plusieurs gouvernements ont lancé des programmes ambitieux pour moderniser leur infrastructure numérique, et attirer les investissements. Le Maroc, par exemple, avec sa stratégie « Digital Morocco 2030 », a mobilisé 1,1 milliard de dollars pour améliorer ses services numériques, et se hisser parmi les 50 pays les plus avancés en matière de technologies digitales. Cette stratégie repose notamment sur l’extension des services d’administration en ligne, le renforcement de la cybersécurité, et la création d’écosystèmes propices au développement technologique.

À l’instar du Maroc, d’autres pays comme le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud misent sur l’attractivité numérique pour devenir des hubs technologiques régionaux. Ces initiatives gouvernementales sont souvent accompagnées de mesures fiscales incitatives destinées aux acteurs privés. Un data center est une infrastructure où des équipements informatiques (serveurs, systèmes de stockage, réseaux) sont centralisés pour gérer, stocker et traiter des données. Ces centres sont fondamentaux pour améliorer la connectivité Internet : Les data centers soutiennent le haut débit et réduisent la latence grâce à des infrastructures proches des utilisateurs. En favorisant l’adoption du cloud computing, ils permettent aux entreprises locales d’utiliser des solutions cloud sécurisées.

Attirer des investissements étrangers

 Les entreprises mondiales comme Amazon Web Services et Microsoft s’associent déjà à des data centers locaux. Avec l’explosion des services en ligne, des applications mobiles et des fintech, les data centers sont devenus indispensables. En 2025, plusieurs pays africains se distinguent par leurs efforts pour développer ces infrastructures critiques. Teraco Data Environments (Afrique du Sud), avec plus de 200 MW, est le plus grand centre de données du continent. Sa plateforme Africa Cloud Exchange connecte directement aux géants du cloud mondial. Africa Data Centres Johannesburg, par exemple, avec 120 MW de capacité, connectivité optimisée grâce aux câbles SEACOM et WACS.

Au Maroc, Datapark (Rabat), avec 40 MW de capacité, offre de services cloud et cyber sécurité, il occupe une position stratégique entre Europe et Afrique. Par ailleurs, il existe d’autres Data center comme ; Liquid Intelligent Technologies (Kenya), avec 50 MW, une infrastructure régionale avec interconnexion à l’Asie et l’Europe. Rack Centre (Nigeria), avec 60 MW et une extension récente, normes de sécurité Tier III. MainOne (Nigeria), avec 50 MW, propriété d’Equinix, avec   une connectivité directe avec le câble MainOne. Data Cloud DC (Ghana), avec 20 MW et des solutions multi-cloud et technologies écologiques. Raxio (Ouganda), avec 10 MW, conçu pour les PME locales, certifié Tier III. PAIX Data Centres (Sénégal), un projet en cours à Dakar qui vise le leadership régional. IXAfrica (Kenya) : un acteur émergent qui cible les charges de travail en IA. Ces projets témoignent de l’émergence progressive d’un réseau panafricain de data center.

Des investissements privés en forte progression

Face à ce potentiel, de nombreux acteurs privés internationaux intensifient leur présence sur le continent. Le géant américain Equinix a annoncé en février 2024, un investissement de 390 millions de dollars en Afrique de l’Est pour construire de nouveaux centres. Africa Data Centres, filiale du groupe Cassava Technologies, a récemment acquis un terrain à Casablanca, et prévoit d’étendre ses activités en Tunisie et en Égypte. De son côté, le groupe panafricain PAIX Data Centres a lancé la construction d’une installation à Dakar, début 2025.

Cette dynamique s’accompagne aussi de projets hyperscale, adaptés aux exigences de l’intelligence artificielle et du cloud computing. En Afrique du Sud, Teraco, filiale de Digital Realty, a entamé la construction d’un centre hyperscale de 71 000 m² à Johannesburg, baptisé JB7, avec une capacité de 40 mégawatts. En 2025, les data center africains ne se contentent pas de suivre les tendances mondiales : ils redéfinissent les standards grâce à leur innovation, leur adaptabilité et leur durabilité. Avec une connectivité croissante, des solutions adaptées aux réalités locales, et un engagement pour l’environnement, ces infrastructures sont les moteurs du développement numérique de l’Afrique.

Selon une analyse de Mordor intelligence, entre 2016 et 2022, la consommation mensuelle de données en Afrique est passée de 0,6 Go à 2,25 Go par utilisateur. D’ici 2029, elle pourrait atteindre environ 11,3 Go, portée par l’adoption croissante des smartphones, et l’essor des services numériques, tels que le streaming vidéo et les paiements en ligne. La transition progressive vers la 4G, avec l’abandon programmé des réseaux 2G et 3G, devrait faire grimper les vitesses de bande passante jusqu’à 52,5 Mbps d’ici 2029. L’introduction de la 5G, prévue dans 43 pays du continent, devrait renforcer cette dynamique en stimulant davantage la consommation de données.

Les services de streaming comme Netflix, Disney+ ou Amazon Prime séduisent de plus en plus les jeunes Africains. Parallèlement, le nombre d’acheteurs en ligne est passé de 138,9 millions en 2016 à 387,8 millions en 2022, et pourrait atteindre 519,8 millions dès 2025. Des plateformes telles que Jumia, Takealot, Kilimall ou Konga dominent ce marché en pleine expansion.

 Pour répondre à la demande croissante et garantir des services fluides, les entreprises devront renforcer leur infrastructure numérique.  Le nombre de racks devrait ainsi passer de 64 735 en 2022 à 188 643 en 2029, soit un taux de croissance annuel moyen de 15,4 %. Cette évolution devrait également porter la capacité informatique du continent de 518,7 MW à 1 226,2 MW sur la même période.

L’importante croissante des câbles sous-marins

L’essor des centres de données serait impossible sans l’amélioration de la connectivité Internet. L’Afrique accueille aujourd’hui plusieurs stations d’atterrissage de câbles sous-marins à fibre optique, qui permettent un accès rapide et à faible latence aux contenus numériques. L’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya demeurent des points clés de cette infrastructure. En août 2024, la Namibie a rejoint ce réseau en accueillant une station d’atterrissage du câble Equiano de Google, reliant l’Afrique à l’Europe.

La multiplication de ces connexions constitue un levier essentiel pour le développement du numérique, en réduisant les coûts d’accès et en améliorant la qualité de service. Cette connectivité est un prérequis technique pour héberger localement les données, tout en respectant les standards de performance internationaux. Les analystes estiment qu’avec l’essor de l’intelligence artificielle, du cloud computing et des objets connectés, les data center africains évoluent pour répondre aux exigences croissantes de traitement et de stockage. Le rapport de Research and Markets souligne que plusieurs installations adoptent déjà des technologies de refroidissement avancées (liquide-liquide, liquide-air) pour supporter les charges de travail intensives liées à l’IA.

Bien que le continent ne représente encore qu’environ 2,5% du marché mondial de l’IA, des opérateurs comme IXAfrica, Rack Centre ou Digital Realty adaptent leurs infrastructures pour capter cette opportunité. À terme, ces équipements permettront de traiter localement les données générées par les villes intelligentes, les services de santé numérique ou encore les fintechs africaines. L’un des moteurs fondamentaux de la croissance du secteur réside dans les nouvelles réglementations en matière de souveraineté numérique. Longtemps hébergées à l’étranger, les données sensibles africaines tendent à être rapatriées sur le continent. …

En Afrique du Sud, la loi POPIA impose un traitement local, sécurisé et transparent des données personnelles. Cette tendance est appelée à se généraliser avec la montée des préoccupations autour de la cybersécurité, de la confidentialité et de la maîtrise stratégique des données. Les entreprises locales, les administrations et les start-ups ont désormais besoin d’infrastructures locales fiables pour répondre à ces exigences, stimulant la demande de data center sécurisés, certifiés et connectés aux standards internationaux.

Pour en savoir plus...