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Ligne électrique Angola-RDC : un projet à 1,5 milliard $ au cœur de la stratégie américaine en Afrique

Une entreprise américaine, Hydro-Link, a lancé la construction d’une ligne électrique de 1,5 milliard de dollars entre l’Angola et la République démocratique du Congo. Ce projet, prévu pour 2029, vise à connecter les centrales hydroélectriques angolaises aux mines énergivores de la Copperbelt congolaise, afin de pallier les problèmes d’approvisionnement électrique en RDC. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie des États-Unis pour renforcer leur présence économique en Afrique et sécuriser l’accès aux minéraux critiques essentiels aux industries technologiques.

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Un projet d’infrastructure énergétique majeur, d’un montant de 1,5 milliard de dollars, se dessine actuellement entre l’Angola et la République démocratique du Congo (RDC). Il s’agit d’une ligne de transmission électrique de plus de 1 150 kilomètres qui doit relier les centrales hydroélectriques angolaises aux sites miniers du sud-est congolais, dans la région de la Copperbelt. Piloté par Hydro-Link, une filiale de la société américaine Symbion Power, ce projet, prévu pour 2029, peut alimenter jusqu’à 1,2 gigawatt d’électricité, répondant ainsi aux besoins énergétiques colossaux des activités minières congolaises.

L’origine même du projet trouve sa source dans une situation énergétique contrastée entre les deux pays. L’Angola, grâce à ses vastes ressources hydroélectriques, dispose d’un excédent d’électricité propre estimé à environ 1,5 gigawatt, chiffre qui pourrait atteindre 3,5 gigawatts d’ici 2027 selon la Banque africaine de développement. Cette surcapacité est pour l’instant sous-exploitée.

En revanche, la RDC, riche en minerais essentiels, souffre d’un déficit énergétique chronique, notamment dans sa ceinture cuprifère. La région fait face à un manque d’environ 700 mégawatts malgré la présence de nombreuses exploitations minières. Cette pénurie pousse les acteurs locaux à recourir massivement aux générateurs diesel coûteux ou à l’électricité importée, par exemple depuis la Zambie.

Ces contraintes limitent l’expansion industrielle et grèvent la rentabilité des projets miniers, freinant ainsi l’exploitation optimale des ressources naturelles. Dans ce contexte, la nouvelle ligne électrique ambitionne d’établir une connexion directe entre l’excédent hydroélectrique angolais et les besoins énergétiques des mines congolaises. Le but est d’assurer un approvisionnement fiable, potentiellement moins coûteux et plus durable pour les opérations minières de la Copperbelt, qui comptent parmi les plus grandes au monde.

Parmi les bénéficiaires directs figurent des groupes miniers majeurs comme Glencore et Ivanhoe Mines, ainsi que de futures entreprises américaines, dans le cadre d’un accord bilatéral entre Kinshasa et Washington.

Le rôle pivot des acteurs américains

À l’initiative du projet se trouve Hydro-Link, société américaine dirigée par Paul Hinks, un expert de longue date dans le développement et la gestion d’infrastructures électriques. Hydro-Link s’appuie sur un partenariat stratégique avec le groupe suisse Mitrelli, actif en Angola, pour porter ce projet d’envergure. Le financement constitue un élément crucial de cette initiative. Hydro-Link cherche à mobiliser environ 70 % des fonds nécessaires auprès de la Société financière de développement international (DFC), une agence de financement liée au gouvernement américain.

L’entreprise vise aussi le soutien de l’Agence américaine pour le commerce et le développement (USAID) pour les études techniques et environnementales, ainsi que de la Banque américaine d’import-export. À ce stade, la participation officielle des institutions américaines n’est pas encore formellement annoncée, mais l’engagement affiché témoigne d’un intérêt stratégique fort.

Par ailleurs, Hydro-Link entend marquer une forte « empreinte américaine » en mobilisant des fournisseurs et sous-traitants américains pour la réalisation des équipements et travaux, rompant avec la pratique habituelle qui consiste à s’approvisionner en Asie ou en Europe. Ce choix souligne une volonté de générer des retombées économiques aussi bien aux États-Unis qu’en Afrique, et de renforcer le rôle des entreprises américaines dans la région.

Un projet d’intégration énergétique régionale

Cette ligne électrique représente le troisième grand projet d’interconnexion électrique entre l’Angola et la RDC, après ceux menés par le marocain Somagec et un consortium formé par Trafigura et ProMarks. L’ensemble vise à exploiter le potentiel énergétique excédentaire de l’Angola pour combler les déficits de son voisin congolais. Les planificateurs avancent que ce projet ne se limite pas à l’approvisionnement des mines. Il pourrait aussi contribuer à l’intégration énergétique régionale, à la création de milliers d’emplois locaux et à l’extension de l’accès à l’électricité dans les communautés rurales situées le long du tracé.

Par conséquent, il s’inscrit dans une dynamique plus large d’amélioration des infrastructures et de développement économique au sein de la région. Derrière l’investissement, la portée stratégique est notable. Cette initiative s’inscrit dans une offensive économique américaine visant à renforcer la présence des États-Unis en Afrique centrale, région jusque-là largement influencée par la Chine. Dans un contexte mondial marqué par la compétition pour les ressources naturelles et les voies commerciales, Washington cherche à consolider ses liens avec les pays de la région en conjuguant diplomatie et investissement privé.

Le 27 juin 2025, à Washington, un accord important a été signé entre la RDC et les États-Unis. Ce pacte ouvre aux Américains l’accès aux droits miniers congolais sur plusieurs minéraux stratégiques, notamment le cobalt, le cuivre, le tantale et le lithium. Ces matériaux sont essentiels pour les technologies de pointe, notamment dans les secteurs des batteries et des énergies renouvelables. Par ailleurs, les États-Unis ont contribué à la médiation d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda visant à stabiliser l’est du pays, une zone historiquement instable.

Ce cadre sécuritaire favorise la mise en place d’un environnement propice aux investissements économiques. Le projet de la ligne électrique est donc étroitement lié à cette dynamique. L’accès à une énergie fiable réduit un obstacle majeur à l’investissement minier, un secteur clé pour Washington qui vise à sécuriser ses approvisionnements en minéraux critiques tout en limitant l’influence concurrente de la Chine.

Une offensive économique multidimensionnelle

La ligne Angola-RDC s’inscrit dans un ensemble d’initiatives américaines récemment annoncées en Afrique centrale. Sur une période de dix jours, Washington a conclu pour 2,5 milliards de dollars de contrats et d’engagements dans la région, selon RFI. Ces projets couvrent divers secteurs, notamment les infrastructures énergétiques, agricoles et numériques. Par exemple, un consortium américain, mené par Amer-Con Corporation, prévoit la construction d’une vingtaine de silos à grains le long du corridor ferroviaire de Lobito, en Angola. Ce projet vise à renforcer la sécurité alimentaire en facilitant la conservation et la logistique des céréales dans la région.

De même, la collaboration entre la société rwandaise Ruzizi III Holding Power Company et l’Américain Anzana Electric Group porte sur un projet hydroélectrique de 760 millions de dollars à cheval entre le Rwanda et la RDC. Ces initiatives viennent en complément de la ligne électrique Angola-RDC et participent à la constitution d’un réseau d’infrastructures énergétiques transnationales. En parallèle, Washington soutient le développement des infrastructures numériques et de cybersécurité en Angola, ainsi que la construction du premier terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) en Afrique de l’Ouest, en Sierra Leone, destiné à l’exportation de GNL américain.

 

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