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Afrique : un vent de nationalisme minier souffle au sahel et en afrique australe

Sous l’effet d’un vent souverainiste, plusieurs États africains rompent avec les multinationales et renationalisent leurs secteurs miniers. Une révolution silencieuse, aux enjeux économiques colossaux.

7 Min Lecture

Un tournant souverainiste impulsé par le Sahel. Depuis 2022, un mouvement sans précédent traverse la ceinture sahélienne. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) affichent une volonté claire : reprendre le contrôle total de leurs ressources minières et énergétiques, longtemps sous influence étrangère.

À Bamako, le ton est donné. Le gouvernement a nationalisé la Société malienne d’exploitation (SOMIFI), jadis dominée par des capitaux étrangers, et a suspendu plusieurs conventions minières jugées léonines.

Il n’est plus question que nos richesses financent le développement des autres pendant que nos peuples s’appauvrissent

a déclaré le ministre malien des Mines, Amadou Keïta. Même son de cloche à Ouagadougou et à Niamey. Ces pays, portés par une dynamique politique anti-néocoloniale, révisent en profondeur leurs contrats miniers. Le Niger, producteur d’uranium stratégique, a exigé une renégociation du partage de revenus avec le géant français Orano (ex-Areva), tandis que le Burkina Faso met désormais en avant un modèle dit de « souveraineté productive », favorisant les sociétés locales et les partenariats public-privé africains.

Des griefs anciens contre les multinationales

Ces ruptures trouvent leur origine dans des décennies de déséquilibres. La plupart des multinationales (françaises, canadiennes, australiennes, chinoises ou russes) ont extrait des milliards de dollars de matières premières sans véritablement contribuer au développement local.

Selon la Banque mondiale, plus de 70 % des pays africains miniers perçoivent moins de 30 % des revenus générés par leurs ressources naturelles. Le Mali, par exemple, tire environ 12 % de son PIB de l’or, mais cette manne profite très peu aux populations. Le Burkina Faso, quatrième producteur africain, subit le même paradoxe : plus de 50 tonnes d’or exportées chaque année pour des recettes fiscales inférieures à 300 millions de dollars.

Les griefs sont nombreux : les contrats opaques et défavorables, souvent signés sous pression, évasion fiscale via les paradis fiscaux et les prix de transfert, pollution environnementale, avec destruction de terres agricoles et peu d’emplois locaux qualifiés, les multinationales préférant importer la main-d’œuvre technique.

Le secteur minier a été conçu pour enrichir les actionnaires étrangers, pas pour industrialiser l’Afrique

, analyse le chercheur sénégalais Abdoulaye Niang, spécialiste de l’économie extractive.

Botswana, Ghana, Zambie… la contagion gagne l’Afrique

Le mouvement dépasse désormais le Sahel. En Afrique australe, plusieurs pays pionniers expérimentent déjà des modèles de contrôle national plus équilibrés.

Le Botswana, longtemps partenaire modèle de De Beers, a obtenu en 2023 un nouvel accord prévoyant le partage égal à 50/50 des diamants extraits par la coentreprise Debswana. Une victoire symbolique pour Gaborone, qui veut désormais créer sa propre filière de taille et de transformation. Le pays a annoncé vendredi 10 octobre 2025 une nouvelle règle obligeant les compagnies minières à céder 24 % des parts de leurs permis à des investisseurs locaux. Entrée en vigueur le 1er octobre, cette mesure vise à renforcer le contenu local dans le secteur minier et s’inscrit dans une tendance croissante au nationalisme des ressources en Afrique australe. Elle fait écho aux décisions prises ces dernières années par trois pays ouest-africains, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES).

En Zambie, le président Hakainde Hichilema a annoncé la réhabilitation complète des mines de cuivre de Mopani sous contrôle public, avant de les rouvrir à des partenaires « stratégiques mais minoritaires ». Quant au Ghana, il impose désormais une participation obligatoire d’au moins 30 % de l’État dans toute nouvelle licence d’exploitation aurifère.

Ce n’est pas une guerre contre les investisseurs, mais une révision des termes de la souveraineté économique », explique l’économiste ghanéen Bright Simons.

Bogoso-Prestea est une ancienne mine d’or rachetée en 2024 par Blue Gold, qui y relève actuellement 5,1 millions d’onces de réserves. Alors qu’elle avait entrepris les premières démarches pour relancer les opérations sur le site, la société a vu son bail minier résilié en septembre 2024 par le ministère ghanéen des Terres et des Ressources. Cette mesure dont les contours restent encore flous, a précédé l’attribution du projet à Health GoldFields, qui en pilote actuellement la remise en service selon son site officiel.

Les enjeux économiques : une manne de 100 milliards $

Le secteur minier africain pèse lourd. Selon le Cabinet McKinsey (2024), les ressources naturelles du continent (or, cobalt, cuivre, uranium, fer, lithium, diamant) génèrent plus de 100 milliards de dollars par an, mais seuls 20 % de ces revenus restent effectivement sur le continent.

La renationalisation des actifs vise donc à accroître la part domestique des bénéfices et à financer la transformation locale : raffineries, usines de batteries, sidérurgie, etc. Au Mali, le gouvernement ambitionne de créer d’ici 2030 une filière intégrée de raffinage d’or. Au Burkina, un projet de fonderie nationale est en cours d’étude avec des partenaires russes et turcs. Mais les défis sont considérables : manque de capitaux, fuite des compétences, infrastructures énergétiques insuffisantes et risques d’isolement diplomatique.

Entre indépendance et pragmatisme

Le nationalisme minier africain une tentative de réécriture du contrat économique mondial. Toutefois, la clé du succès réside dans la gouvernance : transparence des revenus, gestion rigoureuse, lutte contre la corruption et formation des cadres locaux. Sans cela, la « souveraineté minière » pourrait vite se transformer en rente d’État ou en nouveau monopole bureaucratique.

Ce « nationalisme minier » annonce un tournant majeur dans la diplomatie économique africaine. Les États se réaffirment face aux multinationales, rééquilibrent leurs rapports de force et s’inspirent de modèles hybrides (comme le Botswana ou la Zambie) où la souveraineté ne rime plus avec fermeture. Le défi des dix prochaines années sera de transformer ces réformes politiques en croissance inclusive. L’Afrique dispose de 30 % des réserves minières mondiales : le continent n’a plus le droit de rester spectateur.

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