Le 30 décembre 2025 au Caire en Egypte, Afreximbank et la Banque centrale d’Égypte ont signé un protocole d’accord en vue de la création de la première banque panafricaine de l’or. Une initiative structurante, pensée pour repositionner le continent dans la chaîne mondiale de valeur du métal précieux, dans un contexte de forte volatilité monétaire et de retour en grâce de l’or comme actif refuge.
L’Afrique concentre environ 20 à 25 % de la production mondiale d’or, portée par des pays comme le Ghana, l’Afrique du Sud, le Mali, le Soudan ou encore la Tanzanie. Pourtant, plus de 80 % de l’or africain est encore raffiné hors du continent, principalement en Europe et au Moyen-Orient.
Cette externalisation prive les économies africaines d’une part significative de la valeur ajoutée liée au raffinage, à la certification et au négoce.
Une banque spécialisée pour structurer toute la chaîne aurifère
La future banque panafricaine de l’or ambitionne d’intervenir à chaque étape : financement de l’extraction, développement de capacités de raffinage régionales, stockage sécurisé, évaluation normalisée et accès direct aux marchés.
Selon les estimations du secteur, le manque à gagner lié à l’exportation d’or non raffiné représenterait plusieurs milliards de dollars par an pour l’Afrique, entre marges industrielles et revenus financiers non captés.
L’or occupe une place croissante dans les stratégies des banques centrales. Dans certains pays africains, il représente déjà jusqu’à 15 à 20 % des réserves de change.
La structuration d’un outil panafricain dédié pourrait améliorer la gestion de ces actifs stratégiques, réduire la dépendance aux places étrangères et renforcer la résilience macroéconomique face aux chocs externes.
Des opportunités pour les investisseurs et les acteurs régionaux
Au-delà des États, le projet ouvre des perspectives pour les compagnies minières africaines, les raffineries locales, les institutions financières et les PME de la chaîne aurifère.
Afreximbank, pilier du dispositif, dispose déjà d’un portefeuille d’interventions de plusieurs dizaines de milliards de dollars dans le financement du commerce et des industries stratégiques, un élément clé pour crédibiliser l’ambition économique de cette future institution.
Pour s’imposer face aux hubs établis de Londres, Zurich ou Dubaï, la banque panafricaine de l’or devra respecter les standards internationaux en matière de traçabilité, de conformité et de transparence. La lutte contre la contrebande et les circuits informels, qui amputent fortement les recettes publiques, sera un test décisif pour la réussite du projet.
Si les contours opérationnels restent à préciser — capitalisation, capacités de raffinage, volumes traités — l’initiative marque une inflexion stratégique majeure : celle d’une Afrique qui cherche à passer du statut de fournisseur de matière première à celui d’acteur structurant du marché mondial de l’or.
