Présentée comme une « production anticipée », cette mise en service partielle interviendrait près de deux ans avant la date initiale de livraison complète, prévue en 2028. Une ambition jugée élevée pour un projet industriel de cette envergure, pour plus d’une raison.
Un calendrier ambitieux pour une infrastructure lourde
La raffinerie de Kribi au Cameroun est conçue comme une installation modulaire de 30 000 barils/jour, intégrée à un complexe de stockage et de logistique pétrolière. Or, selon plusieurs experts du secteur, la mise en service même partielle d’une raffinerie nécessite l’achèvement de chaînes techniques critiques : unités de distillation, systèmes de sécurité, réseaux de transport, alimentation énergétique et dispositifs environnementaux.
« Une raffinerie ne fonctionne pas à la carte. Même un démarrage partiel suppose que l’essentiel des infrastructures de base soit déjà opérationnel », confie un ingénieur pétrolier basé à Douala, sous couvert d’anonymat.
À ce stade, peu d’informations publiques permettent de confirmer que ces prérequis seront réunis d’ici 2026.
Des incertitudes sur le financement effectif
Sur le plan financier, le projet est évalué à environ 115 milliards de FCFA, avec des besoins additionnels liés aux infrastructures connexes. Si des annonces ont été faites concernant la mobilisation de financements bancaires, aucun bouclage financier définitif et public n’a encore été confirmé.
Or, dans l’industrie pétrolière, les retards de financement constituent l’une des principales causes de glissement de calendrier. La hausse des coûts des matériaux, la volatilité des marchés énergétiques et les exigences accrues en matière de conformité environnementale pourraient également renchérir le coût global du projet.
Un contexte industriel peu favorable
L’histoire récente du raffinage au Cameroun invite par ailleurs à la prudence. L’arrêt prolongé de la Sonara depuis 2019, toujours en attente d’une remise en service effective, illustre les difficultés structurelles auxquelles le pays est confronté dans la gestion d’infrastructures pétrolières complexes.
Dans ce contexte, certains analystes estiment qu’un démarrage anticipé pourrait relever davantage d’une communication stratégique visant à rassurer les partenaires et les autorités, que d’une certitude opérationnelle. Selon des informations fournies par notre confrère Investir au Cameroun, le plan viserait un début d’opérations correspondant à environ un tiers de la capacité finale annoncée, fixée à 30 000 barils par jour. Un premier niveau d’activité qui permettrait de couvrir environ 22 % de la demande nationale en diesel et en essence avant la mise en service de l’ensemble des unités.
Une dépendance à des facteurs exogènes
La réussite d’un démarrage en 2026 dépendra aussi de facteurs extérieurs au promoteur :
- délais d’importation et d’installation des équipements spécialisés
- disponibilité de la main-d’œuvre hautement qualifiée
- délivrance des autorisations techniques et environnementales
- stabilité de l’approvisionnement en brut
Autant de paramètres susceptibles de provoquer des retards difficiles à maîtriser, surtout dans un contexte international marqué par des tensions sur les chaînes d’approvisionnement industrielles.
Une projection encore fragile
Si la perspective d’une production de 10 000 barils/jour dès 2026 est séduisante sur le papier, elle repose pour l’instant sur des hypothèses encore fragiles, en l’absence d’indicateurs tangibles sur l’état d’avancement réel du chantier.
Entre ambition et prudence
Le projet de raffinerie de Kribi demeure stratégique pour la souveraineté énergétique du Cameroun. Mais entre l’ambition affichée et la réalité industrielle, l’écart reste important. D’ici à la confirmation concrète de cette échéance de 2026, le démarrage partiel annoncé par Cstar apparaît davantage comme un objectif que comme une certitude, dans un secteur où les délais sont souvent plus longs que prévu.
